Le gouvernement ivoirien recherchait lundi les «responsabilités» à l'origine du drame survenu dimanche au stade Houphouët-Boigny d'Abidjan, où une bousculade a fait 19 morts, dont les familles brisées par le chagrin ont commencé à récupérer les corps.

AGENCE FRANCE-PRESSE

Dans la matinée, le Premier ministre Guillaume Soro présidait une «réunion de crise», destinée à «faire un premier bilan» et à «situer exactement les responsabilités», a indiqué à l'AFP son porte-parole Sindou Meïté.

Les ministres de l'Intérieur Désiré Tagro et du Sport Dagobert Banzio, les responsables de la police et de la gendarmerie ainsi que le président de la Fédération ivoirienne de football (FIF), Jacques Anouma, devaient y participer.

La bousculade qui a eu lieu dimanche après-midi avant le match de football Côte d'Ivoire-Malawi a fait 19 morts et 132 blessés, selon le bilan donné par le gouvernement.

Le ministre de l'Intérieur a expliqué cette bousculade par le fait que «les gens restés dehors voulaient absolument entrer» dans l'enceinte sportive.

«Les supporters sont venus très nombreux et ceux qui étaient dehors étaient à ce moment-là plus nombreux que ceux qui étaient à l'intérieur du stade», a-t-il affirmé.

Rénové très récemment, le stade, d'une capacité de 35 000 places, était bondé lors de la rencontre. Des milliers de supporters restaient aux abords.

Lundi matin, des dizaines de badauds, adultes et écoliers, s'arrêtaient un moment devant les entrées du stade.

Le portail métallique du virage sud était cassé et l'un de ses battants posé à terre, tandis que celui du virage nord semblait intact.

Près de cette entrée, des paires de chaussures abandonnées témoignaient du drame, ainsi que des papiers d'identité - scolaires notamment - ou des bouts de papier marqués du nom d'un disparu.

Selon des témoignages de vigiles travaillant dans le stade ou à proximité, les spectateurs ont forcé le passage à ces deux accès et les premiers à pénétrer dans l'enceinte sont presque aussitôt tombés dans des escaliers tout proches et ont été piétinés par ceux qui les suivaient.

Beaucoup de ces supporters avaient des tickets et étaient scandalisés qu'on leur refuse l'entrée, ont précisé ces témoins, affirmant que des membres des forces de l'ordre laissaient passer les personnes contre un peu d'argent.

«C'est toujours comme ça que ça se passe!», a assuré à l'AFP un vigile.

Selon une source médicale et plusieurs témoins, la police aurait usé de gaz lacrymogènes pour disperser les nombreux spectateurs forçant le passage.

La presse ivoirienne s'interrogeait lundi sur les circonstances de cette bousculade meurtrière, se demandant notamment pourquoi le match s'est poursuivi alors même que des supporters avaient déjà succombé.

Entre désespoir et fatalisme, les familles des 19 morts ont commencé dans la matinée à récupérer les corps de leurs proches à la morgue principale de la ville.

«Tout ce que Dieu fait est bon», lâchait Moussa Doumbia, dont le petit frère de 10 ans est mort dans le drame.

En larmes, Aminata Doumbia, qui a aussi perdu son petit frère Djaninin Kouyaté, 14 ans, se demandait comment annoncer cette nouvelle à leur mère.

Les blessés se trouvent actuellement au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Treichville et à celui de Yopougon, un autre quartier populaire de la ville, ainsi qu'à l'hôpital militaire.