Comme tout le monde, Alex Harvey a été choqué de voir les images de l'Autrichien Max Hauke, l'air piteux devant les policiers qui le filmaient, une aiguille dans le bras, reliée à une poche de sang.

SIMON DROUIN LA PRESSE

« Voir ça, sérieusement, ça donne quasiment des frissons. Je me faisais des images dans ma tête, j'avais lu un peu là-dessus, le livre [du cycliste] Tyler Hamilton, mais de le voir, c'est comme surréaliste. Leur hôtel est là, je suis passé devant en joggant hier soir... »

Assis à la salle à manger de son hôtel, après le relais vendredi après-midi, Harvey n'en revenait pas encore des derniers développements entourant le raid survenu mercredi aux Championnats du monde de Seefeld.

Jeudi soir, une courte vidéo montrant Hauke, en plein processus de dopage sanguin, a d'abord été diffusée par la télévision norvégienne, avant de faire le tour du monde. L'extrait, probablement un élément de preuve pour un procès criminel à venir, a été retiré vendredi, et la personne à l'origine de la fuite, démise de ses fonctions.

Mais pour Hauke, et par extension son pays, qui se faisait une fierté d'accueillir les Mondiaux de ski nordique, le mal était fait.

Harvey, lui, s'en réjouissait.

« La honte, être embarrassé, c'est l'une des plus grosses punitions que tu peux avoir. Sa face est partout dans le monde du ski. Tu vois ça et tu te dis : "ayoye, il est là-bas, cr... Il se mettait ça dans le bras la veille de la course !" »

- Alex Harvey

En plus de Hauke et de son compatriote Dominik Baldauf, qui sont aussi des cadets de la police, le Kazakh Alexey Poltoranin et les Estoniens Karel Tammjarv et Andreas Veerpalu ont été arrêtés et suspendus indéfiniment, par la fédération autrichienne pour les deux premiers et par la Fédération internationale de ski pour les trois autres. Ils ont tous été relâchés après avoir admis s'être dopés, selon les procureurs.

Une quarantaine de poches de sang et du matériel associé au dopage ont été saisis, selon le journal allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung, dans le cadre de cette rafle, qui a mené à l'arrestation du médecin allemand Mark Schmidt. Impliqué dans plusieurs sports, ce dernier était le médecin de l'équipe cycliste Gerolsteiner à l'époque où l'Autrichien Bernard Kohl a subi un test positif au Tour de France 2008.

« Je suis content que leur face sorte, a poursuivi Harvey. Sérieusement, les Autrichiens ne sont pas si bons que ça. Ils font ça dans quel espoir ? Poltoranin, c'est aussi croche, mais il a fait de l'argent dans la vie. Les Autrichiens font ça et, là, c'est une honte nationale. Tant pis pour eux, tant mieux pour nous. »

Le dopage sportif étant considéré comme une forme de crime financier en Autriche, les athlètes s'exposent à des peines de prison pouvant aller jusqu'à trois ans, selon certains médias. « C'est plus gros qu'être suspendu, a estimé le champion mondial du 50 km. Tu es poursuivi au criminel. Pour une fois, le système gagne, j'ai l'impression. »

Plus tôt dans la journée, Harvey avait eu une conversation par FaceTime avec sa mère, Mireille Belzile, médecin du sport. Celle-ci lui a raconté qu'à l'époque où elle accompagnait son ex-mari Pierre Harvey sur la Coupe du monde, la réinjection de sang se pratiquait au vu et au su de tout le monde par certains.

« Elle m'a dit que, chez les Finlandais, c'était monnaie courante dans les années 80. Tu marchais dans le couloir de l'hôtel, et ils se faisaient des transfusions sanguines la porte ouverte... L'une des Finlandaises se faisait surnommer Bloody Mary. C'était légal. C'était ton sang que tu t'injectais. Maintenant, la méthode est interdite. »

En conférence de presse, l'Estonien Tammjarv a admis avoir commencé le dopage sanguin aux Mondiaux de 2017 sur la recommandation de l'entraîneur Mati Alaver, qui lui a présenté le Dr Schmidt. Il l'a ensuite revu à Berlin et à Francfort. Veerpalu et son père, Andrus, double champion olympique qui a subi un test positif avant de s'en tirer en arbitrage, ont fait faux bond à Tammjarv, qu'ils devaient accompagner devant les journalistes.

Le Norvégien Trond Nystad, à la tête du ski de fond autrichien depuis 2016, a pour sa part démissionné, dégoûté par les derniers événements. Les Mondiaux de Seefeld se termineront dimanche sous un gros nuage noir.

« Les jambes étaient légères »

Malgré des ennuis techniques en classique, Alex Harvey est satisfait de son dernier test avant le 50 kilomètres de dimanche. Chargé de la première portion du relais 4 X 10 km, le fondeur de Saint-Ferréol-les-Neiges visait surtout à faire un effort intense dans un peloton relevé. À l'aise en montée, il n'a pas été en mesure de répondre à l'attaque du Russe Andrey Larkov dans le troisième et dernier tour d'une course disputée sous la pluie battante. « Je me sentais bien, mais dans les faux plats en double poussée, je ne sais pas pourquoi, je manque de timing, comme ça a été le cas toute l'année, a analysé l'auteur du septième temps. Sinon les jambes étaient légères, c'est ça le positif. » Le quatuor canadien, complété par Scott Hill, Evan Palmer-Charrette et Len Valjas, a terminé au 12e rang, à plus de sept minutes des gagnants, une légère déception.

Klaebo se moque d'Ustiugov

Annoncé comme un duel à finir entre Johannes Hoesflot Klaebo et Sergey Ustiugov, qui s'étaient colletés la semaine dernière au sprint par équipes, le relais s'est finalement conclu sans suspense. Le Norvégien a déposé le Russe sans réponse dans la descente avant le tour ultime, menant son pays à un 10e titre consécutif dans cette épreuve de prestige. « Klaebo s'est amusé avec moi comme avec un petit enfant », a reconnu Ustiugov, vidé après l'effort. Ce sont les Français qui ont célébré le plus fort, grâce au sprint ultime de Richard Jouve, qui lui a permis de devancer son rival finlandais.