Pas plus tard que jeudi dernier, Alex Harvey ne fermait pas la porte à une participation aux Jeux olympiques de 2022. Lundi, il confirmait pourtant au Journal de Québec sa décision de se retirer dans six semaines, au terme de la saison actuelle.

Simon Drouin LA PRESSE

«Je ne voulais pas que ça sorte, j'essayais de faire en sorte que ça ne sorte pas, je jouais le jeu», se défendait-il, mardi après-midi, assis dans le café de son hôtel à Seefeld, à proximité des pistes des Championnats du monde de ski nordique.

Ces Mondiaux en Autriche seront donc ses derniers. L'athlète de 30 ans le sait depuis au moins le début janvier, s'en doute depuis l'été.

«Au milieu de l'été, ma décision était pas mal prise, a-t-il précisé. Je n'étais pas encore sûr, mais je penchais pas mal vers ça. Je voulais attendre à la fin de la saison pour le dire en personne aux gens qui me soutiennent, mes commanditaires, le staff ici aussi.»

Début janvier, sa défaillance au Tour de ski, suivie de son retour précipité à la maison, a cristallisé ses intentions. Peu après avoir posé ses sacs à Saint-Ferréol-les-Neiges, il a confirmé à sa fiancée qu'il repartait pour une dernière fois. Il a averti quelques proches, dont sa mère, Mireille Belzile, et son père, Pierre, «plus émotif», tous deux «contents pour [lui]».

«Ils sont contents que je prenne une décision. Que je la prenne là. Ils voient que j'ai encore du plaisir. On est à la veille de [voir cela] commencer à descendre.»

Harvey a encore une fois évoqué les nombreux départs récents de ses coéquipiers et amis. À part Len Valjas, seuls de nouveaux venus l'entouraient cette saison. Et encore, les effectifs étaient le plus souvent réduits en Coupe du monde. Devon Kershaw, le partenaire de son premier titre mondial en 2011, n'était plus là pour lui servir la soupe dans les moments difficiles.

«C'est moins trippant que ce l'était, c'est sûr. On était une gang de gars tellement soudés, tissés serrés. Tout ça facilite le fait d'être sur la route. Ce n'est plus la même chose.»

Sa décision prise, il pensait peut-être vivre une espèce d'épiphanie à l'entraînement, un peu comme le biathlonien Jean-Philippe Le Guellec, qui avait connu son meilleur hiver après avoir annoncé sa retraite en 2014. Finalement, rien.

«Pour moi, les Mondiaux, c'était déjà un grand moment. J'étais déjà très concentré sur l'entraînement.»

Il a bien eu une petite pensée la semaine dernière à Davos après ses dernières séances de musculation et intervalles d'intensité (6 X 2 minutes, acide lactique au maximum). «C'était les dernières fois que j'allais me faire pousser autant que ça.»

Son entraîneur, Louis Bouchard, s'était bien gardé de questionner son protégé jusque-là. Au fond de lui, il espérait qu'il continue pour au moins une saison. Mis au parfum que l'histoire s'apprêtait à sortir, il s'en est enquis auprès de Harvey, qui lui a confirmé sa retraite imminente.

Détachement

Lundi soir, avant que la nouvelle ne s'ébruite, le meilleur fondeur canadien de tous les temps l'a fait savoir aux techniciens et aux quatre coéquipiers avec qui il partage un condo face à la gare de train de Seefeld. Son agent s'est occupé des partenaires commerciaux à la maison.

Sandales aux pieds, en concordance avec le temps printanier qui règne dans le Tyrol autrichien, Harvey a accueilli avec un certain détachement la petite tempête créée par l'article publié dans les médias de son commanditaire principal.

Il voit aussi comme une «opportunité» la possibilité de se retirer chez lui, au terme des finales de la Coupe du monde présentées sur les plaines d'Abraham, du 22 au 24 mars. La conférence de presse officielle doit avoir lieu deux jours plus tard.

«Même si le début de saison a été difficile, ça n'a pas été si mal que ça, a-t-il souligné. Je ne veux pas avoir de souvenirs trop amers d'une dernière saison. Je pense que pour moi, c'est le bon moment de me retirer.»

Ne pas lire ici que Harvey a abdiqué pour les Mondiaux, tant s'en faut. Sa forme progressant depuis quelques jours, il voit deux excellentes occasions de se battre pour le podium: au skiathlon de 30 km, samedi, et au 50 km style libre du 3 mars, épreuve dont il est le champion en titre.

«J'ai l'impression que ces deux courses sont plus ouvertes que jamais», a noté celui qui ne se considère pas parmi les favoris, comme en 2015 et 2017. « Je suis plus un outsider, mais je pense qu'on est tous des outsiders pour le 30 et le 50.»

Ça s'annonce plus compliqué pour le sprint individuel style libre de jeudi, où l'accession aux rondes éliminatoires, réservées aux 30 premiers, est loin d'être gagnée. Le double médaillé mondial en sprint a raté le coche à ses quatre derniers départs. «Le plus dur sera de me qualifier mais, après, c'est le genre de parcours qui me convient bien.»

La question de sa retraite étant maintenant réglée, Harvey n'aura plus qu'à finasser sur les pistes.