Le Canada l'a découvert quand il a remporté le titre mondial du sprint par équipe avec son ami Alex Harvey, à Oslo, en 2011.

Simon Drouin LA PRESSE

Sans que ce soit souligné plus qu'il ne le faut, il a enchaîné avec une saison de rêve, enfilant six podiums en un mois et demi pour conclure au deuxième rang du classement général, derrière le Suisse Dario Cologna, numéro un mondial depuis trois ans et grand favori des Championnats du monde qui s'ouvrent aujourd'hui à Val di Fiemme.

Devon Kershaw, lui, fait figure de négligé en Italie. «Les trois ou quatre dernières années ont été merveilleuses. Cette année, c'est un peu différent», a soupiré le fondeur de 30 ans en enlevant ses skis, hier matin, à l'issue d'une ultime séance d'entraînement avant sa première épreuve aux Mondiaux, le sprint individuel classique (finales à partir de 6h45, HNE).

Même un baiser volé par sa blonde Kristin, membre de l'équipe norvégienne qui passait par là, ne semble pas l'avoir apaisé.

«Un peu différent», c'est un euphémisme. Pour dire les choses plus crûment, il est à pied. Il a perdu le punch qui le distinguait dans les courtes montées. Sa 21e place au classement général résume bien sa saison. «Une année vraiment mauvaise pour moi», a-t-il convenu un peu plus tard.

Trop de vitesse

Que s'est-il passé? Kershaw rechigne un peu à revisiter le passé. À la veille des Mondiaux, ça se comprend. Il a quand même son idée. Porté par ses succès, il croit avoir un peu trop poussé la note lors des stages pré-saison avec son ami Harvey. Plus spécifiquement lors des sorties à grand volume et à basse intensité. «La vitesse était trop grande. On était trop excités! Je sais que c'est un petit truc, mais quand tu fais ça pendant des mois et des mois, ça finit par s'accumuler.»

Puis, une semaine avant le début de la saison, il a glissé dans un escalier extérieur et s'est déchiré un ligament à une cheville. «C'était une déchirure majeure», a révélé son entraîneur Justin Wadsworth. «Au sein de l'équipe, on a tenu ça discret. Peu de gens ont su à quel point c'était sérieux.»

Le début du calendrier de la Coupe du monde laissait peu de place à la récupération, avec deux étapes en Scandinavie suivies par celles de Québec et de Canmore. Le Canada a été la seule équipe à déployer un effectif complet aux quatre endroits.

»Un désastre»

Avec le recul, Wadsworth reconnaît avoir commis une erreur. «C'était une recette pour un désastre, a dit l'entraîneur-chef de l'équipe canadienne. On le savait en partant et on a pensé sauter une compétition, même une au Canada. Mais si on avait fait ça, ç'aurait été un désastre aussi... Les gars étaient morts.»

Sur le plan personnel, Kershaw a aussi difficilement vécu sa séparation avec Chandra Crawford, sa copine depuis près de 10 ans. Il a quitté leur maison de Canmore et sent qu'il vit dans ses valises depuis ce temps. «Tu ne dors pas à 100%, tu es souvent triste. Ça prend beaucoup d'énergie, a-t-il détaillé. Pour être un bon fondeur, tu as besoin de toute ton énergie. Chaque chose compte.»

Ce n'est pas un hasard si Crawford, championne olympique en 2006, a choisi de mettre un terme à sa saison prématurément pour refaire ses forces en vue des JO de Sotchi.

Renverser la vapeur

Kershaw espère encore renverser la vapeur. Il se motive comme il peut avec ses huitièmes places en sprint lors des Coupes du monde de Sotchi et Davos, plus tôt ce mois-ci.

Sur le plan individuel, il mise tout sur le 50 km classique, lors de la dernière journée de compétition. Il s'est volontairement exclu du skiathlon de samedi, avec l'espoir d'obtenir l'occasion de défendre son titre au relais sprint avec Harvey, le lendemain.

Pour l'heure, ce scénario paraît le plus probable. Len Valjas, le troisième homme dans l'équation, a en effet repris l'entraînement seulement hier après avoir passé trois jours au lit, terrassé par un streptocoque à la gorge.

«On a toujours dit que ce sont les championnats du monde qui comptent cette année, a rappelé Kershaw. Alors on a 10 jours pour retrouver la magie pour une ou deux courses...»