Quatre jeunes Canadiens ont viré sens dessus dessous le monde du ski alpin européen en se glissant parmi les 10 premiers de la descente de Val-D'Isère, en France, le 7 décembre 1975. C'était la mise au monde des Crazy Canucks.

Alain Bisson LA PRESSE

Lors de cette course, Ken Read, 20 ans, a chipé la première place aux icônes italienne Herbert Plank et suisse Bernhard Russi, et ses collègues Dave Irwin, le vétéran «Jungle» Jim Hunter et Steve Podborski ont pris les 4e, 9e et 10e places.

Jamais jusque-là un Nord-Américain avait-il gagné une course de descente de la Coupe du monde de ski alpin, la discipline chérie du public d'outre-mer et celle qui fait de ses vainqueurs des demi-dieux. Au cours de la décennie qui a suivi, Read, Irwin, Podborski et Dave Murray, qui a remplacé Hunter après la retraite de ce dernier, sont montés 39 fois sur le podium, dont à 14 reprises sur la plus haute marche, et ont terminé dans le top 10 à 107 occasions. Un exploit réalisé l'époque du règne du grand Franz Klammer.

Pourquoi le nom de Crazy Canucks, qui est né de la plume d'un journaliste suisse? «Les Européens ne voulaient pas croire que quelqu'un pouvait les battre et avoir plus de talent qu'eux», raconte Steve Podborski, le plus titré du quatuor avec 20 médailles en saison régulière, vainqueur du globe de cristal du meilleur descendeur de l'année en 1982 et médaillé de bronze aux Jeux olympiques de Lake Placid, en 1980. «Ils ont donc conclu que la seule explication était que nous descendions comme des fous, ce qui n'était pas le cas. Nous poussions nos limites, mais nous n'étions pas fous.»

Podborski explique en partie l'éclosion de la formation canadienne de l'époque par l'esprit d'équipe qui animait ses membres. «Nous étions talentueux, bien sûr, mais nous nous faisions confiance, nous nous aidions lors des entraînements, de la reconnaissance des parcours et pendant les courses. C'était beaucoup plus facile de former un groupe pour affronter les puissances européennes que de le faire isolément», a ajouté l'ex-descendeur lors d'un entretien avec La Presse.

Podborski fait un parallèle entre les Crazy Canucks et les Canadian Cowboys, le nom donné par les Européens à l'équipe de vitesse actuelle formée autour d'Erik Guay, Manuel Osborne-Paradis, Jan Hudek et John Kucera. «J'y vois un travail d'équipe semblable au nôtre», avance-t-il.

Erik Guay, le leader du groupe, reconnaît également une filiation avec les Crazy Canucks. Selon lui, Podborski, Read, Murray, Irwin et Hunter ont été la bougie d'allumage du ski alpin canadien et leur influence est encore manifeste, même plus de 30 ans plus tard.