Sixième aux derniers Mondiaux, la slalomeuse Laurence St-Germain veut poursuivre sa progression tout en gardant un pied dans la salle de classe.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

À ses débuts en Coupe du monde en 2015, Laurence St-Germain se cachait parfois dans sa chambre d’hôtel pour faire ses devoirs. L’étudiante en sciences informatiques à l’Université du Vermont ne craignait pas vraiment les reproches de ses entraîneurs. Mais elle ne voulait sous aucun prétexte prêter flanc à la critique en cas de contre-performance sur les pentes.

Quatre ans plus tard, personne ne remettrait en question son pari de conjuguer études et ski alpin de haut niveau. D’abord, elle n’est plus seule de son camp. Ensuite, ses succès sur les planches sont indéniables.

Championne nationale de slalom, St-Germain a connu sa meilleure saison en 2018-2019. Treizième au classement cumulatif de la Coupe du monde dans sa discipline, elle a terminé sixième aux Championnats du monde d’Are, en Suède. Elle a conclu son parcours sur le circuit de la NCAA par un grand coup, remportant coup sur coup le géant et le slalom des championnats nationaux à Stowe, station locale de ses Catamounts.

Ce sera probablement l’un des plus beaux souvenirs de ma carrière. Entre ma sixième place aux Mondiaux et mes deux victoires aux nationaux de la NCAA, je ne peux quasiment pas dire lequel est plus significatif pour moi.

Laurence St-Germain

Au printemps, elle a également obtenu son baccalauréat en sciences informatiques, après une pause d’études d’un an pour se concentrer sur les Jeux olympiques de PyeongChang, où elle a fini 15e en slalom.

À 25 ans, son diplôme en poche, St-Germain aurait pu se consacrer au ski à temps plein. Elle y a pensé. Mais quelque chose la retenait. Pour différentes raisons, elle a pris moins de plaisir à ses dernières années en informatique. Ses notes en ont un peu souffert. Elle s’imaginait mal vouer la totalité de sa vie professionnelle à ce domaine.

En évaluant ses options, elle est tombée sur le génie biomédical, une branche qui jumelait son intérêt pour la santé et le corps humain et sa formation en informatique. Ce baccalauréat n’est offert qu’à Polytechnique. Depuis le début de la session, elle part donc de son Saint-Ferréol-les-Neiges natal pour suivre un cours de mathématiques au pavillon Lassonde de l’Université de Montréal, en haut du mont Royal. La Presse l’a retrouvée là, mercredi après-midi, pour une entrevue à quelques pas de la salle de classe.

À sa première tentative, la nouvelle étudiante n’a pas été admise en génie biomédical, un programme fortement contingenté. Elle passe donc par le baccalauréat en génie électrique, où elle doit faire une mise à jour en chimie et ce cours de maths.

St-Germain convient qu’elle ne se facilite pas la vie. Elle a séjourné plusieurs semaines en Italie et au Chili au cours de la saison morte pour de l’entraînement sur neige.

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

Laurence St-Germain

Ça me stressait un peu de ne pas faire d’école. C’est sûr que ça me tient occupée, mais on a quand même beaucoup de temps [libre] sur la route. J’aime étudier, j’aime apprendre.

Laurence St-Germain

Après des études à temps plein dans le Vermont, elle n’a suivi que deux cours pour la session d’automne. Elle s’ajustera au besoin pendant l’hiver, avec l’intention de postuler de nouveau en génie biomédical au printemps prochain.

« Le cours de chimie se fait à distance et pour les maths, je demande les notes à des collègues de classe, je lis le livre et je fais mes exercices. C’est assez simple. À date, les profs m’aident beaucoup, même si le système est plus compliqué que dans une petite école comme au Vermont. »

« Un peu déçu » que sa protégée poursuive ses études, son entraîneur Luca Agazzi sait que cette formule lui a toujours bien souri, souligne la principale intéressée. Le contexte est aussi différent en 2019 : quatre des huit membres de l’équipe féminine nationale vont à l’université. Chez les hommes, Erik Read, brillant septième à Kitzbühel le 27 octobre, a également tracé le chemin pour les Trevor Philp et Simon Fournier à l’Université de Denver.

Sportivement, St-Germain sent qu’elle a encore progressé durant l’entre-saison. Plus à l’aise sur les plats, la slalomeuse a pu se mesurer à sa partenaire d’entraînement Erin Mielzynski (12e la saison dernière), qui s’illustre davantage dans l’à-pic. « On est vraiment chanceuses ; on profite l’une de l’autre pour se pousser. »

Après avoir atteint tous ses objectifs – et même un peu plus – l’hiver dernier, la Québécoise modère ses visées en vue de la nouvelle saison. Elle sait que les gains seront de plus en plus difficiles à obtenir. Elle aspire à terminer constamment dans le top 10 et à se rapprocher du septième rang de la liste de départ de la Coupe du monde, ce qui lui vaudrait des dossards plus favorables.

C’est probablement l’année où j’ai les plus grandes attentes, mais j’ai réalisé que ça ne donnait rien de viser trop haut. J’étais tout le temps déçue [il y a deux ans]. J’essayais de trop pousser ou de réinventer un peu mon ski. L’année dernière, je voulais simplement faire de mon mieux. C’est ce qui m’a fait avancer.

Laurence St-Germain

Un premier podium ? « Je ne dis pas que c’est impossible, mais il faudrait que ce soit la descente de ma vie. En ce moment, Petra [Vlhova], [Mikaela] Shiffrin et Wendy Holdener sont quand même devant. Ce sera dur de les déloger, mais tout peut arriver en ski alpin, où ça se joue par des centièmes. »

Prête pour son premier départ à Levi, en Finlande, le 23 novembre, St-Germain a néanmoins ressenti un petit coup d’angoisse à la conclusion de son dernier stage à Val Senales, dans le nord de l’Italie, fin octobre.

« Je trouvais que ça arrivait vite. Tout d’un coup que j’ai une mauvaise saison, comment je vais réagir ? Puis j’ai regardé la course à Sölden. Tu vois les filles arriver en bas avec la lumière verte, leur sourire, l’excitation qu’elles vivent dans le finish. Juste avec ça, j’ai tellement hâte de commencer. » Et de pouvoir sourire à son tour.

Changements salués

Le matin de l’interview, St-Germain a participé à une conférence téléphonique avec tous ses coéquipiers pour écouter les idées du tout nouveau conseil d’administration de Canada Alpin, formé de 11 chefs de file du monde des affaires et du retraité Erik Guay. Le nouveau président, Tim Dattels, a présenté son souhait de faire du Canada l’une des trois principales nations du ski alpin d’ici les Jeux olympiques de 2026. « Il a bien expliqué que c’était un projet à long terme, qu’il ne va pas tout changer demain matin. On est toutes très contentes d’avoir de nouvelles personnes vraiment motivées et motivantes. Et de savoir qu’elles veulent mettre les athlètes au centre de l’attention. C’est le fun aussi qu’Erik soit là. Il amènera la vision non seulement d’un athlète, mais aussi d’un athlète de haut niveau. Lui sait ce que ça prend pour être au top. C’est vraiment un bon ajout. »

Des progrès, mais pas de date

Malgré des progrès dans les dernières semaines, Valérie Grenier ne sait toujours pas quand elle pourra recommencer à skier. « On espère encore revenir sur neige en décembre, selon comment ça se passe dans les prochaines semaines », a indiqué la Franco-Ontarienne, mercredi dernier, en marge de la Rencontre au sommet Telus, activité de financement pour les trois fédérations québécoises de sport de glisse. « En ce moment, je me sens de mieux en mieux dans le gym. Mais [mardi], j’ai essayé de pousser un peu plus lourd, et mon genou est beaucoup plus tendu aujourd’hui. Je devrai être très consciencieuse. » Victime d’une fracture tibia-péroné de la jambe droite lors d’une descente d’entraînement aux Championnats du monde d’Are, en février, l’athlète de 23 ans éprouve des douleurs au genou droit à la suite d’une deuxième opération subie en juin.