La préparation d'Erik Guay en vue des Jeux olympiques de Sotchi se transforme en course contre la montre. Toujours ennuyé par une blessure au genou gauche, le skieur de 31 ans doit faire une croix sur l'entraînement estival sur neige, une période cruciale pour retrouver ses marques et tester le nouvel équipement.

Simon Drouin LA PRESSE

Tenaillé par la douleur lors de deux journées en ski à Zermatt, en Suisse, Guay est rentré précipitamment au Canada pour subir des examens plus poussés. Mardi, une arthroscopie pratiquée par le Dr Robert Litchfield, à London, en Ontario, a révélé la présence de dommages au ménisque et, surtout, d'une contusion osseuse à la tête du fémur. Cette dernière blessure, cause très probable de la douleur, sera longue à guérir.

«Je ne pense pas que je pourrai être en ski avant au moins le mois d'octobre», a soupiré le descendeur de Mont-Tremblant en entrevue téléphonique, mercredi.»C'est comme un bleu normal que tu pourrais avoir partout sur le corps, sauf que c'est sur l'os, a-t-il expliqué. Ça prend un peu plus de temps à guérir parce qu'il y a moins de circulation sanguine à cet endroit.»

À moins de 200 jours de la cérémonie d'ouverture des JO de Sotchi, la pilule est difficile à avaler. En plus du stage de Zermatt, prévu pour deux semaines, Guay doit rayer celui de Portillo, au Chili, en septembre.

«Je dois le dire: j'étais quand même assez déprimé quand j'ai su ça et que j'ai vu les résultats des résonances», a-t-il laissé tomber quand on lui a demandé si ce recul l'inquiétait. «Je trouvais que tout allait bien en salle. J'étais fort, je faisais pas mal de poids. J'étais optimiste. J'avais hâte de retourner en ski. Là, encore une fois, je dois retourner en rééducation. C'est sûr que c'est dur.»

«Je ne blâme personne»

L'ex-champion mondial se croyait tiré de l'impasse après que cette blessure subie au début du mois de mars, en Norvège, a gâché la fin de sa saison. Un examen par imagerie avait d'abord indiqué une rupture partielle du ligament croisé postérieur et des meurtrissures au ligament collatéral fibulaire, de moindres maux.

Au début de mai, Guay a tenté un premier retour en ski à Sunshine, avant de retraiter après trois jours par mesure de prudence. Il a repris l'entraînement en salle et ses activités sportives au Québec. «Je n'avais jamais mal au genou, a-t-il relaté. Quand je suis retourné en Europe, ce n'était même pas dans mon esprit.»

Or, la douleur est réapparue dès son retour sur les planches à Zermatt, la semaine dernière. Un examen passé en Suisse laissait voir un genou plutôt abîmé. «C'était quand même des conditions assez faciles et assez plates, a souligné Guay. Je savais qu'aussitôt qu'on tomberait dans le glacé et l'à-pic, ce serait pire.»

Avoir su la nature exacte de sa blessure - une contusion osseuse plutôt que des ligaments endommagés - Guay aurait joué de prudence et n'aurait pas reçu d'injections pour disputer les deux dernières épreuves de Coupe du monde, en mars. Il aurait aussi évité les impacts à l'entraînement en salle. «Je ne blâme personne, a-t-il précisé. Comme le dit le Dr Litchfield, trois IRM peuvent vouloir dire trois choses complètement différentes. Jusqu'à ce tu rentres dans le genou, tu ne peux rien savoir précisément.»

Le vétéran connaît bien les impacts d'une contusion osseuse. En 2003, quand il s'était déchiré le ligament croisé antérieur gauche quelques semaines après son premier podium en Coupe du monde, le même genre de contusion l'avait fait souffrir pendant un an et demi.

Il s'était toutefois complètement rétabli de l'opération exécutée par le Dr Litchfield, en route vers 18 autres podiums, un globe de cristal en super-G (2010) et un titre mondial en descente (2011). Le même chirurgien orthopédique avait procédé à une arthroscopie visant à nettoyer son genou droit, le 27 septembre. «Je ne pensais pas être prêt pour le début de saison et finalement, je n'avais pas eu de problèmes et ça s'était super bien passé", a rappelé Guay.

Natation et vélo

Sur le plan technique, il n'aura d'autre choix que de se fier aux commentaires de collègues évoluant sur les mêmes skis que lui. «Mon technicien va rester à l'affût», a-t-il noté.

Sur le plan physique, il rencontrera son préparateur Scott Livingston jeudi à Montréal. En collaboration avec le Dr Litchfield, celui-ci organisera la suite des choses. «J'ai l'impression que je devrai arrêter les poids et haltères et tout ce qui implique des impacts pour au moins un bout de temps, a dit Guay, résigné. Déjà, il m'a dit que la natation et le vélo, c'était super bon pour le genou. Je vais pouvoir en faire en masse aussitôt que je n'aurai plus de douleur.»

Dans un monde idéal, Guay rechaussera les skis à la mi-octobre, en Europe, avant de rejoindre ses coéquipiers de l'équipe canadienne pour un stage final au Colorado, en novembre. "Ça me donnerait à peu près trois semaines de ski au total, a-t-il calculé. Ça devrait être assez pour que je puisse commencer la saison en forme.»