Le Suisse Didier Cuche a su dompter le tracé extrêmement raide de la Face de Bellevarde pour obtenir à 34 ans la première médaille d'or de sa carrière, mercredi, dans le super-G masculin des championnats du monde de ski alpin de Val d'Isère.

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Le vétéran, sans victoire cette saison en Coupe du monde, a dévalé la piste en une minute 19,41 secondes pour reléguer à 0,99 seconde l'Italien Peter Fill, alors que la médaille de bronze est revenue au Norvégien Aksel Lund Svindal, relégué à 1,02 seconde du Suisse.

«Il fallait la jouer tactique, a déclaré Cuche. J'étais bien, spécialement dans le mur, j'ai poussé pour prendre de la vitesse malgré cette pente incroyable et cette neige dure.»

Cuche a obtenu son meilleur résultat depuis 11 ans dans les épreuves majeures. Lors des Jeux olympiques à Nagano en 1998, il avait obtenu l'argent dans cette même discipline du super-G. Il avait seulement ajouté ensuite une médaille de bronze en slalom géant lors des Mondiaux d'Are en 2007.

«Je suis peut-être comme le bon vin, plus je vieillis meilleur je suis», a dit le Suisse.

Double tenant du titre de la Coupe du monde de descente, Cuche a surgi au Jour J, alors qu'on attendait plutôt son compatriote Didier Défago, impérial dans les épreuves de vitesse cette saison, avec des succès en descente sur les mythiques pistes de Wengen et Kitzbuehel. Mais sur le tracé pentu aux virages serrés, qui a contraint les concurrents à mettre les skis en travers dans quelques courbes en épingle, Défago a fini seulement huitième, à 1,69 seconde.

John Kucera, de Calgary, a été le meilleur Canadien, avec une sixième place en 1:21,07. Le Québécois de Mont-Tremblant Erik Guay s'est contenté de la 19e place en 1:22,39 et Robbie Dixon, de Whistler, du 20e rang en 1:22,51. Manuel Osborne-Paradis, de Vancouver, n'a pas complété le parcours.

Kucera était heureux d'avoir obtenu le meilleur résultat de sa carrière à des championnats du monde, bien qu'il visait un podium.

«C'est un bon résultat, dont je suis satisfait, a-t-il dit. J'ai bien skié aujourd'hui. J'ai attaqué dès le départ. Quand tu es au plus fort de la lutte, tu ne peux être trop déçu.»

Guay l'était, lui, déçu.

«Il n'y a pas grand-chose que je peux retenir de cette course, a affirmé le Québécois. Le résultat ne correspond pas à ce que j'espérais.

«Nous n'avons pas eu beaucoup d'entraînements en super-G dernièrement et nous n'avions jamais vu un parcours comme celui-là en Coupe du monde. Nous ne pouvions donc pas le comparer à un autre et personne ne savait vraiment à quoi s'attendre», a-t-il expliqué.

Outre une Coupe du monde à chacune des deux dernières saisons, la piste Bellevarde a en effet accueilli sa dernière épreuve d'envergure aux Jeux olympiques d'Albertville, en 1992. Le tracé, très abrupt, a la réputation d'être l'un des plus difficiles au monde.

Bode Miller, qui aime le ski engagé, a d'ailleurs fini 12e à 2,43 du vainqueur après avoir pratiquement chuté dans un virage à gauche. L'Américain a estimé que cette piste est faussement sélective.

«Je n'aime pas quand un titre de champion du monde est attribué à celui qui a produit le meilleur ski défensif», a déclaré Miller. Ses compatriotes Marco Sullivan et Ted Ligety, le champion olympique 2006 du combiné, sont partis à la faute.

Miller a quand même rendu hommage à Cuche.

«C'est un skieur très tactique. Il sait être sur la défensive, mais avec un maximum de glisse et de contrôle», a-t-il noté.

Le champion du monde en titre du super-G, l'Italien Patrick Staudacher, qui avait brillé sur la piste d'Are beaucoup plus civilisée que celle barbare de Val d'Isère, a lui aussi manqué sa course, avec un retard de 2,61 secondes.

«Il (Cuche) était un cran au-dessus de nous, voire deux crans», a estimé l'Italien Christof Innerhofer, quatrième de la course.

Svindal a félicité Cuche pour son ski tout en toucher tout au long des 1770 mètres d'une piste glacée présentant un dénivelé de 650 mètres.

«C'est difficile, mais en tant que meilleurs skieurs du monde, nous devrions être capable de le faire», a dit le Norvégien.

Benjamin Raich, l'un des rois du slalom, a su tirer son épingle du jeu sur ce tracé tortueux en finissant cinquième.

«C'est raide, c'est glacé, c'est bosselé, a dit Raich. Il fallait rester propre. J'ai commis une grosse faute au milieu du parcours qui m'a coûté la médaille d'argent.»

Le Croate Ivica Kostelic, meneur du classement général de la Coupe du monde de ski alpin, a déclaré forfait pour ce super-G en raison d'un mal de dos. Il pourrait participer à la descente samedi.