On peut comprendre que Thomas Bach et René Fasel aient longtemps cru à un bluff de Gary Bettman. Après tout, le tournoi olympique de hockey a été un retentissant succès de 1998 à 2014. Les meilleurs joueurs du monde ont lutté avec entrain pour la médaille d'or et cela a donné un spectacle formidable. Comment pouvaient-ils sérieusement croire que la LNH se retrancherait dans ses terres plutôt que de participer au plus grand show de sports d'hiver de la planète ?

Philippe Cantin LA PRESSE

Mais voilà, c'est arrivé. Le Comité international olympique (CIO) et la Fédération internationale de hockey sur glace (FIHG) ont donc devisé un plan B en catastrophe. Cela a donné le tournoi de PyeongChang, qui sera vite effacé de nos mémoires, ne laissant en héritage qu'une question quiz : quel pays a battu le Canada en demi-finale ? Dans 10 ans, si vous n'avez pas oublié qu'il s'agit de l'Allemagne, vous aurez l'air d'un fin connaisseur !

Après cette défaite bien méritée, les joueurs canadiens ont au moins eu la bonne idée de rebondir dans le match de la médaille de bronze. Ils ont défait la République tchèque 6-4, ce qui a remis un sourire à leur visage. Rater le podium aurait été franchement embarrassant.

Pour beaucoup d'entre eux, cette médaille représente le moment fort de leur carrière. Et voir leur bonheur après le match m'a réconcilié un moment avec ce tournoi. 

Après de joyeuses accolades sur la patinoire, ils se sont mis en route vers leur vestiaire en poussant des cris de joie. Nous avions là, je vous l'assure, un groupe très heureux.

« Avant le match, on s'est dit qu'on avait la chance de gagner une médaille, a lancé Maxim Lapierre. Bon, ce n'est peut-être pas celle qu'on souhaitait au départ. Mais dans 10 ou 20 ans, quand on se souviendra de tout ça avec nos familles, on sera fiers. Ç'a été un parcours spécial pour nous tous. On ne s'attendait jamais à venir aux Jeux olympiques. »

Durant sa carrière dans la LNH, Lapierre a connu de beaux moments, atteignant la demi-finale de la Coupe Stanley avec le Canadien et la finale avec les Canucks de Vancouver.

« C'était beaucoup d'émotions, mais à quelque part, ça fait partie du cheminement d'un joueur de hockey. Alors qu'ici, c'est totalement différent. Cette participation aux Jeux est arrivée comme une surprise. C'est un honneur d'avoir lutté pour une médaille olympique. »

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Les Canadiens ont amorcé ce match contre les Tchèques avec beaucoup plus de détermination que celui de la veille contre l'Allemagne. Ils étaient plus engagés, annonçant leurs ambitions dès le départ. S'ils avaient joué de cette façon en demi-finale, au lieu de laisser les Allemands prendre une avance de 3-0, le résultat aurait peut-être été différent.

« On voulait ajouter au nombre de médailles remportées par le Canada à PyeongChang, a expliqué Maxim Noreau. Et on est fiers de ça.

- Est-ce le plus gros accomplissement de ta carrière, Maxim ?

- Tout à fait ! J'ai vu mes parents dans les gradins en train de pleurer. C'est quelque chose de spécial... »

Comme tous ses coéquipiers, Noreau a eu besoin de quelques heures pour se remettre du choc causé par la défaite contre l'Allemagne. Toute l'équipe a compris que cet échec inattendu avait fait jaser au Canada. « Ç'a été dur de se réveiller ce matin et de réaliser qu'on ne participait pas à la finale, a ajouté le défenseur montréalais. Mais les gars ont eu la bonne attitude pour la suite des choses. »

En effet. Et c'est tant mieux ! Car s'il avait fallu que l'équipe subisse un deuxième revers d'affilée et rate le podium, le souvenir olympique aurait été moins agréable. « On ne voulait pas avoir de regrets dans 20 ans, a-t-il poursuivi. On voulait partir d'ici avec une médaille. »

Noreau a été l'un des meilleurs joueurs du tournoi et mérite d'être choisi dans l'équipe d'étoiles. Les dernières années ont été frustrantes pour lui. Même s'il a été un meneur dans toutes les équipes dont il a porté les couleurs, en Europe et dans la Ligue américaine, il n'a jamais obtenu de véritable chance dans la Ligue nationale.

« Je suis tout de même vraiment content de jouer en Europe, a-t-il ajouté. Ça m'a amené ici aux Jeux olympiques et j'ai pu remporter une médaille de bronze. Je n'ai pas de regrets. »

Plus loin, le défenseur Rob Klinkhammer a fait écho à ce sentiment. « Je suis maintenant un médaillé olympique et je n'arrive pas à y croire. »

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La finale du tournoi aura lieu ce soir (heure de l'Est) entre l'Allemagne et les Athlètes olympiques de Russie. Peu importe la qualité du match qui nous attend, une question s'impose : le CIO et la FIHG peuvent-ils sérieusement envisager la répétition d'une compétition semblable à Pékin dans quatre ans ? Si c'est le cas, aucune excuse ne tiendra. Les Jeux d'hiver doivent présenter un tournoi de hockey avec plus d'éclat.

Voilà pourquoi Bach et Fasel doivent réfléchir dès maintenant à une solution de rechange ou encore accepter les exigences de Bettman. Quand le Championnat du monde junior suscite plus d'intérêt que le tournoi olympique, c'est le signe d'un problème réel.

À moins, bien sûr, que les vedettes de la LNH ne fassent pression sur leur association pour inclure la participation olympique dans la prochaine convention collective. Mais voilà le genre de demande susceptible d'être abandonnée dans le sprint final des négociations, quand chaque côté met un peu d'eau dans son vin pour en arriver à un règlement.

En attendant, Bettman s'amuse, expliquant que le tournoi olympique de hockey devrait être présenté durant les Jeux d'été. Son manque de sensibilité pour les grandes traditions de ce sport demeure tout de même étonnant.

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Tous les joueurs et entraîneurs ont posé pour la traditionnelle photo d'équipe.