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Chantal Machabée: les sceptiques ont été confondus

Chantal Machabée se réjouit des avancées qui ont été... (Photo André Pichette, La Presse)

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Chantal Machabée se réjouit des avancées qui ont été faites pour les femmes dans le domaine des médias sportifs.

Photo André Pichette, La Presse

Chantal Machabée n'avait que 24 ans lorsqu'on lui a confié les rênes du tout premier bulletin de l'histoire de RDS. Presque trois décennies plus tard, alors qu'elle est l'une des figures les plus connues de la télévision québécoise, voilà qu'on lui consacre une première biographie, sous la plume du journaliste Guillaume Lefrançois. Rencontre.

Désavantage numérique: le sous-titre du bouquin n'est pas fortuit.

Depuis ses débuts à 17 ans comme statisticienne bénévole chez les Patriotes du cégep de Saint-Laurent jusqu'à son affectation à la couverture du Canadien de Montréal - la consécration à ses yeux -, Chantal Machabée a toujours gravité dans des milieux essentiellement, voire entièrement, masculins.

Pourtant, sa biographie n'est pas le récit d'un combat constant, mais plutôt l'histoire d'une passionnée de sports qui a su faire sa place et saisir les chances qui s'offraient à elles. En confondant de nombreux sceptiques au passage, il est vrai. «Évidemment qu'au début, c'était difficile, convient-elle en entrevue. Mais j'en ai toujours tiré bien plus de positif que de négatif. Ça n'a pas été un chemin de croix!»

De Vancouver à Montréal en passant par Detroit, en voiture, au téléphone ou dans la cour arrière de la maison à Terrebonne... Le livre a en quelque sorte pris vie au rythme incessant du métier que pratiquent sa protagoniste et son auteur. Pendant un an et demi, Chantal Machabée s'est confiée à Guillaume Lefrançois dès que les deux trouvaient un rare moment dans leur horaire. Comme celle dont il écrit la vie dans son premier livre, Lefrançois suit les activités du Canadien sur la route, dans ce qui est l'une des affections les plus prestigieuses en journalisme, mais aussi l'une des plus difficiles.

«C'était un peu comme jaser à un ami», résume Chantal Machabée, qui ajoute avoir eu «100% confiance» en son collègue... et s'être aperçue qu'elle en avait pas mal plus long à raconter qu'elle ne l'aurait cru.

En découle un livre écrit à la manière d'un témoignage à la première personne, que l'auteur espérait le plus accessible possible.

«Ça n'intéressera pas seulement les fans du CH et de RDS, promet Guillaume Lefrançois. Quand j'écris sur le Canadien, je veux toujours atteindre le plus de monde possible, et je voulais que ce soit la même chose pour le livre.»

Sheldon, le Baron et les autres

Le livre relate bien sûr la vie de Chantal Machabée. On y découvre une femme toute en simplicité, dont l'amour pour le sport n'est peut-être surpassé que par celui qu'elle éprouve pour ses deux fils aujourd'hui adultes. On y raconte au passage l'histoire de RDS et celle du sport québécois des années 80 à aujourd'hui, en plus d'ouvrir une fenêtre sur la vie de journaliste de beat.

Les sujets les plus légers y côtoient les plus difficiles. Chantal Machabée aborde d'ailleurs de front les méchancetés et les multiples rumeurs infondées qui ont circulé à son sujet. Elle évoque notamment la fausse relation avec le défenseur Sheldon Souray que lui a jadis prêtée un animateur de radio anglophone, de même que les menaces dont elle a fait l'objet. Dans les deux cas, ses patrons ont pris sa défense.

Ces anecdotes ne remplissent toutefois qu'une dizaine de pages. Et c'est très bien ainsi, selon la principale concernée, qui ne cherchait pas à publier un «règlement de comptes».

D'ailleurs, les quelques personnes au centre d'épisodes malheureux ne sont pas nommées dans le livre, à la demande de celle qui «n'aime pas la chicane» et qui préfère affronter ses détracteurs face à face.

«Si on s'arrête à ça, on n'avance pas. Je pourrais écrire un livre entier sur les conneries que j'entends. Avant, ça me rentrait dedans, mais aujourd'hui, je passe rapidement à autre chose.»

«Mais c'était important qu'on le raconte parce que c'est une réalité de notre métier, précise néanmoins Guillaume Lefrançois. Chaque métier a ses bons et ses mauvais côtés. Le nôtre vient avec les trolls. C'est à nous de le gérer, et Chantal le gère admirablement bien!»

Encore cette semaine, Chantal Machabée confie s'être fait accuser d'avoir déjà entretenu une relation intime avec le commentateur Alain Chantelois. Ce qui a suscité l'hilarité dans la salle de rédaction de RDS - notamment auprès du Baron lui-même.

«Mais des bons gars, il y en a un maudit paquet, insiste Chantal Machabée. C'est pour ça que je tenais avant tout à rendre hommage, dans le livre, à ceux qui m'ont ouvert des portes, qui ont cru en moi.»

Changements de mentalité

Il n'empêche que les choses ont passablement changé pour les femmes qui couvrent le sport professionnel, à commencer par l'attitude des athlètes eux-mêmes.

«Un joueur qui se promenait tout nu et me lançait des boulettes de tape, on en a déjà ri, mais aujourd'hui, il se ferait suspendre», souligne Chantal Machabée.

Une anecdote assez franche tirée du livre illustre d'une manière surprenante l'évolution des pratiques au sein même des salles de rédaction. Dans ce qu'il décrit lui-même comme un «choc culturel», Guillaume Lefrançois écrit qu'au cours des premières années de RDS, des caméramans baissaient leurs pantalons (sous-vêtements inclus) pour déstabiliser les animateurs au moment d'entrer en ondes et les faire pouffer de rire.

Une pratique qui, à n'en point douter, entrerait dans la catégorie des agressions lorsque vue à travers une lunette de 2018.

Chantal Machabée - Désavantage numérique... (PHOTO FOURNIE PAR LES ÉDITIONS HURTUBISE) - image 2.0

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Chantal Machabée - Désavantage numérique

PHOTO FOURNIE PAR LES ÉDITIONS HURTUBISE

«Quand j'ai relu ce passage, je me suis dit: oh my God, je ne sais pas si ça va passer! s'esclaffe Chantal Machabée. Ce n'est pas la même époque, pas le même humour, il n'y avait pas d'agression là. On était une gang de jeunes dans la vingtaine qui aimaient se faire rire, that's it. Mais vous pouvez être sûr qu'aujourd'hui, les gars se retrouveraient au bureau des ressources humaines, et vite!»

Elle se réjouit néanmoins des avancées qui ont été faites pour les femmes dans son domaine, même si elles sont encore passablement moins représentées que les hommes. À ce sujet, elle cite l'exemple de sa collègue Elizabeth Rancourt, de TVA Sports, qui a retrouvé son poste à temps plein sur le beat du Canadien après une année de congé de maternité. Et elle estime que pour l'heure, à talent égal et à connaissances égales, une femme sera embauchée dans un réseau de sports avant un homme.

«Les fans n'ont plus de préjugés», tranche Chantal Machabée, qui croit que la parité pourra un jour être atteinte à l'écran. Et, selon elle, on entendra des voix féminines à la description ou à l'analyse des matchs de la LNH avant longtemps.

Il n'en tient maintenant qu'aux stations de leur donner leur chance. Comme un réseau naissant l'a fait avec une jeune passionnée en 1989.

Chantal Machabée - Désavantage numérique

Guillaume Lefrançois

Éditions Hurtubise

270 pages




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