Claude Julien a dit une chose importante aux journalistes ce week-end concernant Jesperi Kotkaniemi. Une déclaration de taille pourtant passée inaperçue, ou presque.

Mathias Brunet LA PRESSE

«Nous ne sommes pas pressés à prendre une décision dans son cas. Il n'est pas venu ici pour rentrer à la maison rapidement. Il est venu ici pour mériter un poste avec l'équipe.»

Le premier choix du CH, troisième au total dans la LNH en juin, continue d'impressionner lors des matchs préparatoires. Kotkaniemi progresse de jour en jour depuis le tournoi des recrues et il a bien paru samedi soir au centre du premier trio avec Jonathan Drouin et Joel Armia.

Malgré son efficacité, les avis sont partagés dans son cas chez les fans et les analystes. Certains le trouvent trop frêle... même s'il fait déjà 6 pieds 2 pouces et 188 livres. D'autres affirment qu'il faut l'éloigner de la pression médiatique et le renvoyer en Finlande pour une autre année puisqu'il a seulement 18 ans.

L'argument contractuel a aussi été invoqué. On pourrait «gaspiller» une année de contrat et lui permettre d'atteindre l'autonomie complète un an plus tôt si on le garde dès cette année dans une cause perdante.

Revenons aux déclarations de Claude Julien et servons-nous de l'exemple de Victor Mete l'an dernier. Mete, modeste choix de quatrième ronde en 2016, n'était pas dans les plans au début du camp d'entraînement.

À 5 pieds 9 pouces et 181 (généreuses) livres, il n'avait pas le physique de l'emploi pour occuper si jeune un poste au sein d'un top 4 de la LNH, selon plusieurs observateurs.

Son billet d'avion pour London, où se trouve son équipe junior, avait même été acheté avant le début de son premier match préparatoire.

Comme Kotkaniemi le fait actuellement, Mete, alors âgé de 19 ans, a progressé au fil du camp. On lui a permis de disputer un match préparatoire, puis un autre, et un autre.

Ses performances ont rendu la décision de la direction facile, d'autant plus que les autres défenseurs gauchers, Joe Morrow, Brendan Davidson, Jordie Benn, Mark Streit et Jakub Jerabek en arrachaient.

On l'a inséré dans la formation en début de saison. On pouvait lui permettre de jouer neuf matchs sans que son contrat de première année n'entre en vigueur.

Il en a disputé neuf. On l'a gardé. Avant de le prêter à l'équipe canadienne en prévision du Championnat mondial junior. Mete en est revenu plus fort. À la lumière de ses performances lors du camp cette année, la formule a bien servi le jeune homme.

Revenons au Finlandais. Le Canadien n'est pas vraiment mieux nanti au centre. Il vient de muter par défaut un ailier, Max Domi, au centre du premier trio. Philip Danault représente une valeur sûre au sein du deuxième. Matthew Peca, Tomas Plekanec et Jacob De La Rose sont les candidats pour les deux autres postes.

L'audition de Kotkaniemi pourrait facilement se poursuivre lors des trois prochaines rencontres préparatoires et des neuf premiers matchs de saison régulière.

Le neuvième match du Canadien a lieu à Buffalo le 25 octobre. La direction aurait donc plus d'un mois pour décider du sort de Kotkaniemi, encore davantage si celui-ci rate quelques rencontres. On comprend mieux pourquoi Claude Julien affirme que rien ne presse.

On pourrait même prêter Kotkaniemi à la formation junior de la Finlande pendant les Fêtes si on le juge nécessaire.

Le jeune homme n'a pas encore affronté une équipe complète de la LNH. Les prochaines rencontres nous permettront de voir s'il peut continuer à avoir un impact majeur sur l'équipe et faire du Canadien une formation supérieure.

Le CH ne serait évidemment pas la seule équipe à faire confiance à un jeune de 18 ans. La tendance est à la hausse. L'an dernier, six des douze premiers choix ont disputé au moins un match dans la LNH. Les deux premiers, Nico Hischier et Nolan Patrick, y sont demeurés toute la saison. Hischier était plus chétif encore que ne l'est Kotkaniemi. Il a passé l'hiver au centre du premier trio des Devils du New Jersey avec Taylor Hall.

Cet automne, six des huit premiers choix en juin pourraient entamer la saison dans la Ligue nationale. Rasmus Dahlin, Andrei Svechnikov, Filip Zadina et Brady Tkachuk sont assurés ou presque. À Chicago, Joel Quenneville évoque la possibilité de garder le jeune défenseur Adam Boqvist. Kotkaniemi pourrait être le sixième. Le cinquième choix au total, Barrett Hayton, est toujours au camp des Coyotes, mais il vient de subir une commotion cérébrale.

Parmi les autres choix de première ronde, Evan Bouchard (Edmonton), le surprenant défenseur Ty Smith (New Jersey), Rasmus Sandin (Toronto) et Joseph Veleno (Detroit) sont toujours avec leurs équipes respectives pour l'instant.

En Finlande, Kotkaniemi serait soustrait à la pression médiatique et ne souffrirait pas d'un calendrier chargé comme celui de la LNH. Mais le cordon ombilical d'avec papa, l'entraîneur en chef à Assat, ne serait toujours pas coupé et il se retrouverait à nouveau sur une patinoire olympique.

Il y a Laval, bien sûr, avec Joël Bouchard, mais cette option ne semble pas très prisée par le clan Kotkaniemi. Y a-t-il une clause écrite dans leur entente préalable?

Même s'il reste à Montréal, Kotkaniemi n'a pas à devenir le centre numéro un sur le champ. Laissons Max Domi, Jonathan Drouin et Artturi Lehkonen ensemble sur un deuxième trio. Ne touchons pas au trio de Danault, Tomas Tatar et Brendan Gallagher. Donnons à Kotkaniemi un grand frère à droite, Joel Armia, et un Charles Hudon ou un Paul Byron à gauche. Et laissons-le grandir.

La suite ce soir contre Toronto entre deux formations dépourvues de leurs vétérans, le dernier match sans doute avant d'autres importantes coupures.

Participez à notre pool de hockey

Photo André Pichette, La Presse

Victor Mete n'était pas dans les plans du Canadien au début du camp d'entraînement, l'an dernier.