***(Note: cette chronique est prévisible et son contenu pourrait offenser certains lecteurs, nous préférons vous en avertir.)

Mathias Brunet

Il faut être à Montréal pour qu'un chroniqueur de hockey sente le besoin de défendre un gardien de 26 ans qui vient de remporter l'or aux Jeux olympiques avec une fiche presque parfaite de 5-0, une moyenne de 0,59 et un taux d'arrêts de .973, héritant au passage du titre de gardien par excellence du tournoi olympique.

Si Carey Price avait porté un autre uniforme que celui des Canadiens, les fans rêveraient d'un tel gardien. Mais aujourd'hui, un trop grand nombre de ses détracteurs cherchent encore des excuses pour diminuer ses performances.

Jouait-il derrière une extraordinaire défensive? Certes. Mais un gardien a autant besoin de sa défense que la défense a besoin de son gardien. Le Canada n'aurait probablement pas éliminé les États-Unis en demi-finale n'eut été du brio de Price, qui a arrêté 31 tirs.

Celui-ci a d'ailleurs eu à garder un taux de concentration extrêmement élevé tout au long du tournoi car jamais ses coéquipiers ne lui ont donné une avance confortable. ll fallait des nerfs très solides car le moindre but aurait eu des conséquences potentiellement catastrophiques.

En finale, contre la Suède, c'était 1-0 jusqu'à la fin de la deuxième période et 2-0 jusqu'à la neuvième minute de la troisième. Un but des Suédois aurait pu ébranler les Canadiens. Sinon, avec Price devant le filet, ils ont gagné tous leurs autres matchs par deux buts ou moins, 3-1 contre la Norvège, 2-1 en prolongation contre la Finlande, 2-1 contre la Lettonie et 1-0 contre les USA. Ils ont donc donné à Price un coussin de seulement onze buts en cinq matchs. Leur gardien, lui, en a accordé seulement trois...

On a encore à Montréal une fixation sur les gardiens "qui volent des matchs" depuis les exploits de Patrick Roy qui, ironiquement, a essuyé sa part de critiques sauf durant les quelques mois de conquête, en 1986 et 1993. Ça explique pourquoi les performance de Jaroslav Halak pendant quatre semaines lors des séries en 2010 ont frappé l'imaginaire et ont valu à Price le statut de gardien mal-aimé après l'échange de Halak. Pourtant, celui-ci a terminé le tournoi olympique sur le banc lors des derniers matchs et les Blues cherchent encore à obtenir un gardien de premier plan à l'aube des séries.

Les arrêts de Price semblaient faciles à Sotchi. Avec raison, il possède une vitesse phénoménale et sa technique est presque parfaite à l'heure actuelle. Combien de tirs l'ont frappé directement sur le plastron?

Évidemment, Price n'a jamais rien gagné. Seulement un Championnat mondial junior, une Coupe Calder à 20 ans dans la Ligue américaine et une médaille d'or olympique. Pas de Coupe Stanley encore? Price commence à peine à atteindre son apogée. Reste à améliorer le club devant lui car il ne pourra tout faire seul.

Un jour, peut-être, lorsqu'il aura pris sa retraite et qu'il reviendra au Centre Bell nous visiter, saura-t-on tous apprécier son talent. Comme un autre mal-aimé à une toute autre époque, Ken Dryden, jamais reconnu à sa juste valeur au cours de sa carrière, mais dont le numéro 29 flotte désormais dans les hauteurs du Centre Bell.