Alexandre Despatie n'avait qu'une question à poser à son entraîneur après son opération subie en Espagne mercredi matin: «Quand est-ce que je peux retourner à l'eau?»

Simon Drouin LA PRESSE

Le plongeur de 27 ans devra s'absenter des bassins pour une période minimale de deux semaines, mais sa participation aux Jeux olympiques de Londres, le mois prochain, n'est pas compromise.

«Merci infiniment pour le support! L'opération s'est bien déroulée et je vous donnerai une mise à jour bientôt», a écrit Despatie en anglais sur sa messagerie Twitter en matinée, avec la mention «le rêve olympique est toujours vivant».

Le directeur des opérations techniques de Plongeon Canada, Mitch Geller, s'est montré lui aussi rassurant lors d'une téléconférence en après-midi. «Les chances sont très minces que ses Jeux olympiques soient en péril d'une quelconque façon, a-t-il assuré. On s'attend à ce qu'il soit à l'extérieur de l'eau pour une période de deux semaines. Si c'est plus long, qu'il en soit ainsi, mais il fera tout en son pouvoir en entraînement en salle et il sera prêt quand il retournera à l'eau. On s'attend à ce que ce soit dans moins de trois semaines, de façon certaine.»

Geller a rappelé les circonstances de l'accident survenu lors d'un entraînement mardi après-midi en prévision du Grand Prix de Madrid. En légère perte d'équilibre avant son envol, Despatie a heurté sa tête sur la planche à la troisième rotation d'un triple saut périlleux et demi retourné.

«C'était vraiment inattendu, a souligné Geller. Il s'agit d'un plongeon très stable et très constant pour lui. En fait, on n'a jamais eu la moindre inquiétude sur sa distance par rapport au tremplin sur ce saut. C'était vraiment une situation inusitée.»

Despatie aurait perdu connaissance pendant quelques secondes avant d'être secouru par des sauveteurs et son entraîneur Arturo Miranda. La violence de l'impact et la surface abrasive du tremplin ont produit une profonde lacération en haut du front, juste à la racine des cheveux.

Après avoir reçu les premiers soins, le double médaillé olympique a été transporté à l'hôpital.

Prévue mardi soir, l'opération sous anesthésie générale a été reportée à mercredi matin, l'ampleur de la blessure nécessitant l'intervention d'un chirurgien plastique. Des points de suture internes et externes ont été requis pour replacer le cuir chevelu et refermer la plaie d'une dizaine de centimètres.

Despatie n'a pas subi de fracture ni de commotion cérébrale. Il sera gardé en observation au moins une journée.

À son retour à Montréal, il se concentrera sur l'entraînement en salle. Geller estime que l'accident aura un «effet» sur sa préparation olympique, mais qu'il pourra se concentrer sur des éléments spécifiques qui pourraient lui être utiles. «Il peut travailler sur ses repères visuels et son orientation spatiale», a-t-il souligné.

Geller a rappelé avait l'habitude de rebondir quand «il est placé dans un coin. C'est ce qui le distingue du peloton», a indiqué le directeur.

Des bandages étanches pourraient lui permettre de retourner à l'eau plus rapidement, a rappelé la championne olympique Sylvie Bernier, chef de mission adjointe à Londres. Le légendaire plongeur américain Greg Louganis en avait fait usage après s'être frappé la tête sur le tremplin en préliminaires aux JO de Séoul, en 1988, en route vers une médaille d'or.

«Connaissant Alexandre, résilient comme il est, surtout depuis les cinq dernières années, j'ai l'impression qu'il va remonter sur le tremplin et qu'il va refaire sa figure comme avant. La question est de savoir quand il va pouvoir remonter sur le tremplin et dans quel était va être.»

La première épreuve de Despatie, le 3 m synchronisé, sera présentée le 1er août.

En fin d'après-midi, Christiane Despatie, la mère d'Alexandre, avait reçu une photo de son fils, le visage presque complètement bandé. «C'est l'homme invisible! a résumé Mme Despatie. Il a des bandages sous le menton, derrière la tête, jusqu'aux sourcils. Il avait mis une paire de lunettes soleil, pour ne pas avoir l'air trop fou j'imagine!»

Plus tôt dans la journée, Mme Despatie a été rassurée par une courte conversation téléphonique avec son fils. «Il récupérait encore, sa voix été faible, comme je lui ai rarement connue. La seule chose qu'il a pu me dire c'est qu'il avait mal à la tête et qu'il s'en faisait au sujet des gens autour de lui. Je lui ai dit : prends soin de toi et ne te soucie pas de ton entourage.»

À titre préventif, Despatie doit rencontrer un spécialiste du cerveau la semaine prochaine. Mme Despatie prévoit lui servir de chauffeur puisqu'il lui sera interdit de conduire pendant quelques jours. «Au moins, le moral semble bon», a-t-elle conclu.