Terre battue, gazon, terre battue et… dur. La saison en cours en est une particulièrement exigeante pour les joueuses de tennis. En vue des Jeux olympiques et des changements de surface imposés, Leylah Annie Fernandez doit apprendre à s’adapter pour ne pas s’épuiser.

Fernandez a survécu deux tours à Roland-Garros, en mai. Elle s’est inclinée à son deuxième match à Wimbledon, mais entre-temps, elle a atteint la finale du tournoi d’Eastbourne, aussi disputé sur gazon.

Normalement, la Québécoise n’aurait plus à se soucier de la surface sur laquelle jouer, car elle évoluerait sur le ciment jusqu’à la fin de la saison. Or, un détour vers Paris s’impose en cette année olympique.

Avec Bianca Andreescu, Gabriela Dabrowski, Félix Auger-Aliassime et Milos Raonic, elle foulera à nouveau les terrains de Roland-Garros le temps de la parenthèse olympique.

Ces changements de surface soudains et répétés sont plutôt inhabituels. Dans un calendrier de plus en plus chargé, on tend à sous-estimer l’impact réel de ces transitions sur le corps, les articulations et la frappe de balle des athlètes.

« Ce sera un défi très difficile pour le corps, mais en ce moment, je suis en train de parler avec mon préparateur physique pour voir ce qu’on peut faire pour me préparer à ce changement, spécialement pour après les Jeux », a confirmé Fernandez dans une rencontre avec les membres des médias, mercredi.

Habituellement, retomber sur le dur comme à l’Omnium Banque Nationale, qui se tiendra la semaine juste après les Jeux olympiques, ne constitue pas un enjeu. Passer d’une surface très rapide comme le gazon à une surface rapide comme le dur ne demande pas une adaptation particulière.

Or, alterner entre le lent, le très rapide, le lent et le rapide représentera une lourde commande pour bien des joueuses. « On va alterner entre la terre battue et le dur [à l’entraînement] pour que la transition soit un peu plus facile, mais pour le moment, on est en train de planifier les entraînements. »

Pour la deuxième fois

La Québécoise de 21 ans participera à sa seconde expérience olympique. En 2021, à Tokyo, elle avait plié bagage dès le deuxième tour en raison d’une défaite en deux manches contre la Tchèque Barbora Krejčíková.

PHOTO MIKE SEGAR, ARCHIVES REUTERS

Leylah Annie Fernandez aux Jeux olympiques de Tokyo en 2021

Selon l’avis de la gauchère, le tournoi olympique, en matière de prestige, « c’est en haut avec un tournoi du Grand Chelem et un Masters 1000. C’est peut-être même le même niveau ».

Comme le tournoi olympique est quatriennal, la plupart des joueuses tiennent à y participer. Ainsi, le calibre devrait être aussi élevé qu’en tournoi majeur.

La compétition sera très bonne. Ce tournoi est très unique, pas seulement parce qu’il y a d’autres athlètes pour nous soutenir, mais parce que les meilleures joueuses au monde sont là pour compétitionner.

Leylah Annie Fernandez

Lorsqu’on a évoqué son association avec Gabriela Dabrowski pour disputer le tournoi de double féminin, la Québécoise a répondu ne pas avoir « vraiment pensé à ça ». Pourtant, comme elle l’a rappelé, les deux Canadiennes jouent habituellement de l’excellent tennis lorsqu’elles sont jumelées. Depuis mai 2021, elles ont remporté six de leurs huit matchs ensemble. Elles entretiennent d’ailleurs un dossier parfait lorsqu’elles doivent représenter le Canada à la Coupe Billie Jean King.

La paire canadienne représente sans doute le meilleur espoir de médaille à Paris pour l’unifolié. Championne majeure et quatrième joueuse mondiale en double, Dabrowski dispose des atouts nécessaires pour faire en sorte que Fernandez et elle avancent dans le tableau.

Il suffira de retrouver la flamme qui les allume habituellement : « Je pense qu’on va prendre quelques jours d’entraînement pour voir ce qu’on peut améliorer, ce qui fonctionne, parce que le peu de fois où on a joué ensemble à la Coupe BJK, on a très bien joué, mais ça fait longtemps. J’ai hâte de voir ce qu’on peut faire pour ramener une médaille à la maison. »

Les ennuis du calendrier

Fernandez, 25raquette mondiale, priorise néanmoins le tournoi en simple. Elle a déjà disputé plus de 30 matchs dans 15 tournois et évidemment, l’ajout d’une semaine olympique est loin d’être idéal dans un calendrier de 59 évènements déjà bien chargé.

« Je ne pense pas que c’est un tournoi de plus, ça ne nous rend pas mal à l’aise. On est contents. C’est un grand honneur. On essaye de bien accommoder le tournoi dans le calendrier. Les Olympiques, c’est une opportunité », clame Fernandez.

Il ne faudrait cependant pas que Fernandez se blesse et que l’Omnium Banque Nationale perde l’une de ses têtes d’affiche. C’est un risque, mais un risque que la Canadienne est prête à prendre si une médaille olympique est à l’enjeu. « Je suis préparée pour bien gérer ce genre de volume. J’apprends beaucoup sur moi-même, sur le genre de charge que je peux prendre ou le genre de tournois que je peux faire, comment mon corps se sent. »

Elle veut participer à chacun des évènements et elle se prépare en conséquence.

Idéalement, elle aimerait aussi remporter les deux titres. Mais si elle avait le choix entre les deux, lequel voudrait-elle le plus gagner ?

« Je ne sais pas, c’est trop difficile à répondre ! »