C’était une chaude journée de mars 2023 en Californie. Pierre-Luc Poulin, qui s’y entraîne pendant l’hiver québécois, profitait d’un après-midi de congé.

« J’aurais pu me reposer pour le lendemain, quelqu’un aurait pu m’inviter à jouer au basket, à aller à la cafétéria ou à aller prendre un café… J’étais seul et j’ai décidé de retourner sur l’eau. »

Cette décision, aussi banale semble-t-elle, voulait tout dire pour le kayakiste.

Depuis son retour des Jeux olympiques de Tokyo, près de deux ans plus tôt, Poulin se questionnait sur les raisons qui le poussaient à continuer de pratiquer son sport. « C’est une réflexion que j’avais au quotidien dans ma tête, de me dire : pourquoi je suis ici ? »

Poulin n’avait toujours vécu que pour les Jeux de Tokyo. Au gym, il repoussait toujours plus ses limites. Même chose dans son kayak. Dans sa tête, il n’y avait que Tokyo. Il a réalisé son rêve quand il a participé au 500 m à bord du K4 canadien. L’équipe a obtenu une 10place.

Comme toute chose dans la vie, les Jeux ont pris fin. Poulin est revenu à la maison. Après tant d’années de travail, les Jeux de Tokyo étaient soudainement derrière lui.

« Je n’ai jamais pensé à Paris. Après Tokyo, tu as des rencontres avec ta fédération qui te parle du prochain cycle, de comment elle voit les choses. Moi, je me disais : mais pourquoi ? Tokyo, c’est fini. »

Les mois ont passé, Poulin a repris l’entraînement. Mais quelque chose clochait. Il a connu de bonnes performances ; en août 2022, Poulin et le K4 canadien ont réussi une cinquième place aux Championnats du monde de canoë-kayak. C’était là le meilleur résultat de l’histoire du pays dans la discipline.

Mais là encore, il y avait un bémol dans la tête du Québécois.

« Cool, on a fini cinquièmes, mais pourquoi ça n’a pas pu arriver à Tokyo ? », a-t-il pensé.

« Tout revenait toujours vers Tokyo. »

PHOTO YVES GRÉGOIRE, L’ITINÉRAIRE, ARCHIVES LA PRESSE

Pierre-Luc Poulin (troisième à partir de la gauche) à l’entraînement à Montréal

« Je l’aime, mon sport »

Cette journée-là de mars 2023, donc, le natif de Lac-Beauport profitait de son après-midi de congé. Il s’est levé de son lit, a pris son équipement et est allé sur l’eau. Les conditions n’étaient pas parfaites ; il y avait des vagues, comme la plupart des jours. Il faisait chaud.

« Regarde-toi, a songé Poulin. Tu avais congé l’après-midi, tu aurais pu faire mille et une choses, tu es en Californie, et tu as quand même décidé d’aller sur l’eau. »

C’est à ce moment qu’il a eu le déclic : « C’est parce que j’aime ça et que je suis bien là », a-t-il réalisé.

« J’étais comme : je l’aime, mon sport. Je l’aime vraiment beaucoup. »

Et puis soudainement, tout a pris un sens.

« C’est ça, la raison pour laquelle je veux me rendre à Paris. »

Un signe de la vie

Cette journée de mars n’est pas la seule chose qui ait aidé au cheminement « après-Tokyo » de Pierre-Luc Poulin.

À son retour de la capitale japonaise, en août 2021, le Québécois travaillait dans le monde de la finance. Sauf qu’il ne s’y sentait pas lui-même. Au fond de lui, il savait que ça n’était pas fait pour lui. Un beau jour, il s’est rendu à l’évidence.

« Pierre-Luc, est-ce que tu t’imagines être dans ce bureau-là et d’avoir juste ça dans ta vie, de te lever le matin et de mettre un habit-cravate ? », s’est-il interrogé.

La réponse a été non.

« À ce moment-là, j’ai réfléchi : la réponse est non, accepte-le, mais qu’est-ce que tu fais maintenant ? Il y avait un million de possibilités. Je n’avais pas envie d’avoir un million de choses à considérer. »

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

Pierre-Luc Poulin

Encore une fois, le déclic s’est présenté de façon tout à fait inattendue, lors d’un dîner au Château Frontenac avec son grand-père. À travers la fenêtre, Poulin a vu passer deux bateaux-remorqueurs.

« J’étais comme : c’est tellement beau et ça doit tellement être le fun ! Avec l’intelligence artificielle aujourd’hui, vu que j’ai pensé à ça, j’ai eu des photos de ça sur mon Instagram ! », s’exclame-t-il en riant.

Il a contacté un capitaine de bateau montréalais qui est très actif sur les réseaux sociaux. Un appel et une longue jasette d’une heure plus tard, il était convaincu. Aujourd’hui, les deux hommes sont collègues chez Groupe Océan, au port de Montréal.

« Moi, dans la vie, s’il y a quelque chose qui m’appelle, j’ai tendance à répondre. Ça m’a appelé pour quelque chose, donc let’s go. »

« C’est extraordinaire, lâche Poulin. Ils [m’ont aidé] grandement à me rendre aux Olympiques. Leur slogan, c’est : va à pleine puissance [go full force]. Ils conduisent des bateaux puissants. C’était un signe de la vie. J’ai trouvé un endroit où je suis bien. »

Sur l’eau, évidemment.

Le cadeau

Les années qui ont suivi les Jeux olympiques de Tokyo ont donc été, il va sans dire, « difficiles » pour Pierre-Luc Poulin. Non seulement il a dû trouver les réponses à des questions existentielles, il a aussi changé d’emploi, de ville, de préparateur physique et d’entraîneur.

« La 20 entre Montréal et Québec, pas de radio, rien, juste à réfléchir, je l’ai fait plus qu’une fois. Il fallait que je sois dans ma tête. Et regarde aujourd’hui. »

Aujourd’hui, les choses se sont placées dans tous les aspects de sa vie.

Poulin compte profiter des Jeux olympiques de Paris différemment. « Ça fait 22 ans que je fais du kayak, dont 13 en haute performance, et mon but à Paris, c’est de prendre tout l’amour que j’ai eu pour ce sport-là, qui m’a fait grinder, m’entraîner fort et vouloir briller, et de le mettre dans la même performance.

« Ça, c’est le plus beau cadeau que je pourrais avoir à Paris. »

Qui est Pierre-Luc Poulin ?

Âge : 28 ans

Lieu de naissance : Québec

Ville d’attache : Lac-Beauport

Derniers palmarès internationaux :

Jeux olympiques : Tokyo 2020 – 10e (K4 500 m)
Championnats du monde de l’ICF : 2019 – 14e (K4 500 m)

Dates de ses compétitions à Paris : Du 6 au 10 août