La vie d’Audrey Leduc se déroule à toute vitesse depuis qu’elle a fait tomber le record canadien du 100 mètres vieux de 36 ans, le 20 avril.

Quelques jours plus tard, la coureuse de Gatineau a embauché deux agents, l’un pour veiller à ses intérêts sur les circuits de compétition, l’autre pour l’aider à décrocher et à négocier des ententes de commandites.

Depuis, cinq entreprises ou organisations canadiennes se sont déjà associées à la sprinteuse de 25 ans, qui disputera ses premiers Jeux olympiques à Paris. La prochaine étape sera de s’entendre avec un équipementier (chaussures et vêtements) pour un contrat de portée internationale.

Mardi, quelques heures avant le dévoilement de l’équipe canadienne d’athlétisme, Leduc a publié une vidéo sur les réseaux sociaux dans laquelle elle fait la publicité des soutiens-gorges de sport québécois TOPTOP OUTFIT. On la voit sur une piste offrir ses encouragements à une jeune athlète.

Voyez la vidéo

« C’est une marque qui fait la promotion de l’activité physique chez les jeunes filles », a expliqué Nicolas Métayer, agent marketing de Leduc avec la firme torontoise Envision Sport & Entertainment, qui représente également les intérêts du sextuple médaillé olympique Andre De Grasse.

« Ils font des tops de sport pour les adolescentes pour qu’elles se sentent bien en faisant de l’éducation physique. Audrey va devenir ambassadrice de la marque. »

Le tournage de cette publicité est l’un des rares moments que pouvait offrir la coureuse en plein sprint final vers Paris.

Jusqu’aux Jeux olympiques, on ne peut pas l’embarquer sur un plateau pendant une journée complète parce qu’elle n’a pas le temps. Si on prend une journée de congé où elle est censée profiter d’une bonne récupération pour ses entraînements, et qu’elle passe la journée sur ses jambes, ça ne marchera pas.

Nicolas Métayer, agent marketing d’Envision Sport & Entertainment

Ces choix sont faits en coordination avec l’athlète et son entraîneur Fabrice Akué. Cette entente avec TOPTOP est de « courte durée » puisque le contrat avec un équipementier s’accompagnera assurément d’une clause d’exclusivité. Tout au plus, des entreprises autorisent un deuxième logo sur les vêtements. « Certaines le permettent, d’autres pas, a noté Métayer. Ces marques veulent embaucher une athlète pour l’avoir à elles. »

Ces paramètres sont l’apanage de l’autre agent de Leduc, Paul Doyle, un Américain dont la firme, Doyle Management Group, veille aux intérêts d’une pléthore d’athlètes américains, canadiens et d’autres pays. Il est entre autres l’agent de De Grasse. Son rôle est de placer ses protégés dans les grandes rencontres d’athlétisme – avec bourses de présence à la clé pour les plus connus – et de trouver des contrats avec les fabricants de chaussures, l’élément le plus lucratif dans un sport comme l’athlétisme.

Elle doit se sentir à l’aise

Doyle Management est l’ultime responsable du pacte avec un équipementier, mais il travaille en collaboration avec Envision. « Si on a une marque québécoise qui veut le deuxième logo et qu’ils ont le budget pour le justifier, c’est sûr que je vais le dire à Paul : considère le revenu potentiel de ce deuxième logo », a exposé Métayer.

« Notre job à chacun est de proposer des options à Audrey. Ensuite, elle teste les produits. Elle doit se sentir [à l’aise]. Si la meilleure entente est avec untel, mais qu’elle n’aime pas les souliers, je suis désolé, mais elle ne signera pas. »

Métayer a rencontré un représentant d’une entreprise de chaussures connue en marge des sélections canadiennes, où Leduc a remporté les 100 et 200 m. Elle doit d’abord faire l’essai de ses produits. Les discussions se poursuivent, mais l’agent québécois ne pouvait dire si un accord sera conclu avant les JO.

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Audrey Leduc

Huit mois avant les Jeux de Rio, en 2016, De Grasse avait signé un contrat de plusieurs années avec Puma d’une valeur globale de 11,25 millions US. Alors âgé de 21 ans, le Torontois avait réussi le doublé 100-200 m aux championnats de la NCAA et gagné deux médailles de bronze aux Mondiaux. Huit ans plus tard, le sprinteur canadien est toujours le porte-étendard de la marque au félin notamment endossée par Usain Bolt.

En plus de TOPTOP, quatre entreprises et organisations canadiennes ont conclu des partenariats avec la nouvelle reine de la vitesse au Canada.

Bien fait ici est un OBNL réunissant des enseignes et des associations professionnelles qui encourage l’achat de matériaux de construction et d’articles de quincaillerie fabriqués au Canada. En tant qu’ambassadrice, Leduc sera appuyée financièrement par l’organisation dont le PDG, Richard Darveau, est lui-même un compétiteur en athlétisme dans la catégorie des maîtres.

Peakhill Capital, un gestionnaire d’actifs immobiliers commerciaux, Brix, une entreprise de l’Outaouais qui produit un gel énergétique à base de sirop d’érable, et Marcil Lavallée, un cabinet de comptabilité et fiscalité d’Ottawa et de Gatineau, sont devenus des commanditaires dans les dernières semaines.

« Avec les partenaires olympiques, on n’a pas pu avoir de succès parce que le succès d’Audrey est arrivé trop tard, a mentionné Nicolas Métayer. Toutes les campagnes sont tournées, signées et approuvées [depuis longtemps]. […] Mais si elle continue sa progression, qui a été assez fulgurante dans la dernière année, c’est là qu’on peut aspirer à des ententes un peu plus grosses. »

L’agent affirme avoir « de bonnes discussions avec deux grandes entreprises québécoises » qui souhaitent commanditer l’étudiante à la maîtrise en administration des affaires à l’Université Laval. « Audrey, on n’a pas besoin de la coacher du tout. Elle a tout pour réussir », s’est-il enthousiasmé.

À moins d’un mois de la cérémonie d’ouverture des JO, la priorité d’Audrey Leduc est cependant de courir le plus vite possible dans la Ville Lumière. Pendant ce temps, elle continue de porter ses propres chaussures et shorts et sa camisole du club d’athlétisme de Gatineau.