(Bekasi) À 23 ans, Desak Made Rita Kusuma Dewi, tentera cet été à Paris, au côté de son camarade Rahmad Adi Mulyono, de gravir les cimes olympiques dans l’épreuve d’escalade de vitesse où les Indonésiens ont fait une entrée fracassante en s’emparant du record du monde.

« À mesure que (l’épreuve) se rapproche, je ne veux penser à rien d’autre. Je me concentre uniquement sur les Jeux olympiques », confie la jeune femme à l’AFP.

Au pied du mur d’escalade de 15 mètres de haut, installé derrière un hôtel à l’extérieur de Jakarta, le front ruisselant de sueur et la respiration difficile, elle vient de boucler une nouvelle séance d’entraînement.

Avec elle, Rahmad Adi Mulyono, également 23 ans, a aussi décroché son sésame pour les JO de Paris et d’autres grimpeurs indonésiens pourraient encore les rejoindre.

PHOTO BAY ISMOYO, AGENCE FRANCE-PRESSE

Desak Made Rita Kusuma Dewi, Hendra Basir et Rahmad Adi Mulyono

Ces dernières années, l’archipel d’Asie du Sud-Est est devenu une puissance inattendue en escalade de vitesse, battant des records et décrochant plusieurs médailles sur la scène mondiale.

Entrée au programme olympique aux Jeux de Tokyo en 2021, l’escalade s’invite pour la deuxième fois aux JO, à Paris, avec les épreuves combinées de bloc/difficulté et de vitesse (5-10 août).

Si les grimpeurs indonésiens excellent sur ce format court et explosif, c’est parce que leur petite stature augmente leur vitesse et leur agilité, selon certains analystes, tandis que d’autres évoquent leur inlassable implication et leur travail d’équipe.

« Si nous avions continué à nous plaindre de notre manque de taille, nous n’aurions jamais pu performer », explique à l’AFP l’entraîneur national indonésien d’escalade, Hendra Basir. « Nous nous concentrons donc sur notre avantage, notre petite taille et notre agilité ».

« Rien à perdre »

Desak grimpe depuis son enfance et est maintenant engagée vers son rêve olympique après avoir remporté l’or dans l’épreuve de vitesse féminine aux Championnats du monde d’escalade en Suisse l’année dernière.

Rahmad Adi Mulyono s’est lui qualifié après avoir remporté un match de qualification contre un autre Indonésien.

« Au début, bien sûr, je culpabilisais, mais avec le temps, je me dis “rien à perdre” », confie-t-il.

Pour prétendre à l’or olympique que l’Indonésie n’a remporté que huit fois, toujours en badminton, les grimpeurs indonésiens s’entraînent d’arrache-pied depuis des années.

« Nous avons traversé un très long processus depuis 2019, depuis la qualification pour les Jeux de Tokyo, sans parler de la pause (due à la COVID-19) », ajoute Hendra.

Les deux grimpeurs peuvent encore être rejoints à Paris par l’ancien détenteur du record du monde, Veddriq Leonardo. Premier homme à être passé sous la barre mythique des cinq secondes, mais dépossédé en avril de son record par l’Américain Samuel Watson, Veddriq tentera de décrocher un sésame lors d’un tournoi en Hongrie à la fin du mois.

S’ils attirent la curiosité, les spécialistes du mur manquent encore de reconnaissance dans ce vaste archipel de 270 millions d’habitants qui se passionne d’abord pour le football et le badminton, seul sport ayant donc rapporté de l’or olympique, avec un premier titre en 1992 à Barcelone. La toute première médaille olympique de l’Indonésie, en argent, remonte à 1988 à Séoul grâce au tir à l’arc féminin.

Lueur d’espoir

L’escalade, qui manque d’infrastructures dans le pays, veut pourtant croire en un destin doré.

« Si Dieu le veut, il y a une lueur d’espoir pour que l’équipe indonésienne remporte l’or aux Jeux olympiques, mais le chemin pour y parvenir a été incroyablement difficile », reconnaît l’entraîneur Hendra.

« Bien sûr, nous espérons que l’escalade de vitesse pourra apporter une belle surprise », a déclaré de son côté à l’AFP le président du Comité national olympique indonésien, Raja Sapta Oktohari.

« Nous possédons une championne du monde. J’espère qu’aux Jeux de Paris-2024, les athlètes indonésiens pourront réaliser un exploit et écrire une nouvelle page d’histoire », a-t-il ajouté, faisant référence à Desak, sacrée l’an passé à Berne (Suisse), devant l’Américaine Emma Hunt et la Polonaise Aleksandra Miroslaw.

Si chez les hommes le titre sera compliqué à atteindre, le record du monde de vitesse de Veddriq (4,90  sec) ayant été battu deux fois en avril par l’Américain Samuel Watson (4,798 sec), Desaq reste elle optimiste.

« J’espère que mon rêve d’entendre l’Indonesia Raya (hymne national) résonner aux Jeux olympiques se réalisera », ajoute-t-elle. « Mon rêve est de remporter une médaille d’or… et d’être la première femme capable de descendre sous les 6 secondes ».