(Zhangjiakou) Olivier Léveillé entretenait de grands espoirs pour son premier 50 km à vie.

Mis à jour le 19 février
Simon Drouin
Simon Drouin La Presse

Au réveil samedi, le fondeur refusait les barrières malgré ses 20 ans, ce qui en faisait l’un des cinq plus jeunes sur la ligne de départ avec deux Chinois, un Croate et un Brésilien. Un podium ? Pourquoi pas ? De manière plus réaliste, il se voyait se glisser parmi les 15 premiers.

La veille, il avait eu le « grand champion » Alex Harvey au téléphone pour discuter stratégie, attitude et alimentation en vue de la traditionnelle épreuve de clôture des Jeux olympiques, remportée par le Russe Alexander Bolshunov, samedi après-midi, au centre national de ski de fond de Zhangjiakou.

Quatrième du 50 km en 2018 à PyeongChang, le retraité de Saint-Ferréol-les-Neiges lui a dit d’avoir du fun et d’apprendre un maximum.

Rien ne s’est passé comme prévu. D’abord, le froid et les grands vents ont incité la Fédération internationale de ski à reporter d’une heure le départ de la course disputée en pas de patin. La distance a également été amputée de près de 22 km.

Largué du peloton de tête dès la première des quatre boucles de 7,1 km, Léveillé a dû travailler d’arrache-pied et braver les rafales pour sauter d’un groupe à l’autre jusqu’à la fin de l’épreuve. Il a effectué une remontée jusqu’à la 27e place, s’arrachant le cœur pour reprendre le Finlandais Remi Lindholm dans la dernière ligne droite.

PHOTO ODD ANDERSEN, AGENCE FRANCE-PRESSE

Alexander Bolshunov s’est offert une troisième médaille d’or à Pékin.

Dans l’aire d’arrivée, le représentant du club de ski de fond Orford s’est appuyé sur ses bâtons pour retrouver son souffle. C’est là que la réalité l’a frappé. Malgré ce deuxième résultat parmi les 30 premiers en Chine, il était presque anéanti.

À la première question de La Presse, le jeune homme s’est mis à pleurer. « Je ne te mentirai pas, ça a été une journée dure en émotions », a lâché Léveillé avant de se plier pour retenir des sanglots.

Entre le cinquième et le sixième kilomètre, un rival a planté son bâton dans son ski par accident, le cassant franchement à vingt centimètres de la spatule. Tant bien que mal, il s’est déplacé sur un kilomètre, glissant sur une planche en gardant l’équilibre grâce à ses bâtons. Heureusement, Félix-Antoine Vézina, son technicien attitré, se tenait un kilomètre plus loin, avec deux skis à portée de main.

« J’ai été vraiment chanceux et je ne pourrai jamais assez le remercier », a raconté Léveillé, qui n’avait jamais vécu un tel incident.

Relégué au tout dernier rang, l’athlète originaire de Sherbrooke a donc amorcé sa remontée. Chaque fois qu’il a rejoint un groupe, il n’a eu d’autre choix que de prendre la tête pour regagner du terrain.

J’ai essayé de sauver les meubles le plus possible, mais dans des conditions difficiles comme aujourd’hui, avec des rafales au-dessus de 30 km/h, c’était rough, remonter tout seul. J’ai croisé des gens, mais je n’étais pas nécessairement avec le monde de ma force. J’ai dû être en avant et toujours travailler.

Olivier Léveillé

Le sprint contre le Finlandais pour une 27e position anecdotique témoignait de sa rage de bien faire. « Je ne vais pas abandonner avant la ligne », a dit celui qui a rallié l’arrivée un peu plus de quatre minutes après Bolshunov. « Cependant, ç’a été plus difficile mentalement, comme on peut le voir en ce moment. Pendant la course, j’ai donné mon max. Je me sentais super bien et j’avais les skis pour me battre pour un top 15, c’est certain. Top 15, top 20, je ne sais pas le chiffre exact, mais j’ai fini 27e et j’ai fait la course tout seul. »

Médaillé de bronze aux Mondiaux juniors de l’an dernier, Léveillé a réussi les meilleures performances individuelles canadiennes aux Jeux de Pékin. La suite s’annonce prometteuse.

« Je suis super fier de mes Jeux en général, a-t-il dit. J’ai été émotif un peu aujourd’hui juste parce que c’est terminé. C’était la dernière course. Je suis super fier d’avoir accompli deux top 30 alors que tout le monde est au sommet de sa forme. […] Je suis fier de mes Jeux. J’ai prouvé que j’avais ma place ici et que je vais être à surveiller aux prochains. »

L’« espace mental » de Rémi Drolet

Son coéquipier Rémi Drolet était lui aussi très émotif à la fin de l’épreuve. Après une 35place (+ 4 min 54,4 s) qu’il a mal digérée, il a pu discuter quelques minutes de façon virtuelle avec son père dans la cabine « Le moment de l’athlète ». Celui-ci s’était levé au petit matin en Colombie-Britannique pour suivre la prestation de son fils.

PHOTO CHRISTOF STACHE, AGENCE FRANCE-PRESSE

Le fondeur Rémi Drolet (à gauche) a terminé en 35place de l’épreuve.

« C’était vraiment le fun de pouvoir le voir parce que je sais que c’est un de mes plus grands fans », a raconté Drolet avant de s’arrêter de longues secondes pour reprendre contenance.

« Je suis content qu’il soit toujours là à me soutenir, à écouter les courses au milieu de la nuit parce qu’il est content de me suivre. Je suis très chanceux d’avoir un père comme lui. »

Le fondeur de 23 ans a tracé un bilan sévère de ses premiers JO. À part au relais, il sent qu’il n’a jamais été en mesure d’aller au bout de lui-même. Comme s’il était incapable de pousser quand la situation de course l’exigeait.

« Ça n’aurait rien changé que je sois dans la meilleure forme au monde, mon espace mental n’était pas assez bon, estime Drolet. C’est dur de dire ça, mais je pense que j’ai besoin de sortir de ces Jeux-là et de tout internaliser ce qui s’est passé. »

Ç’a quand même été inspirant d’être ici, mais ç’a été dur pour moi d’avoir des performances qui n’étaient pas celles que je voulais.

Rémi Drolet

Drolet souhaite maintenant « retrouver la joie du ski » sur le circuit de la Coupe du monde.

Grande vedette des épreuves de ski de fond, Bolshunov a décroché une cinquième médaille à Zhangjiakou, sa troisième d’or. Comme au 15 km, il est sorti pour accueillir le dernier concurrent, le Grec Apostolos Angelis, arrivé plus de 22 minutes après lui.

Le match contre Johannes Høsflot Klæbo ne s’est jamais matérialisé. Le Norvégien double médaille d’or en sprint s’est arrêté avant la mi-course, éprouvé par des maux de ventre. Le Russe Ivan Yakimushkin a gagné l’argent. À son premier départ à Pékin après avoir été cloué en Italie par la COVID-19, le Norvégien Simen Hegstad Krüger a décroché une médaille de bronze inespérée.