(Pékin) Depuis 10 jours déjà que ce vin rouge chinois nous faisait de l’œil dans le menu de l’hôtel.

Publié le 15 février
Yves Boisvert
Yves Boisvert La Presse

Faudrait bien essayer les produits locaux, m’a dit dans l’ascenseur Glotte Sensible, sur le ton de « t’es-tu game de faire du parachute ? ».

Était-ce le mal du pays, la fatigue, la déconvenue du relais féminin en courte piste, je ne sais pas, ces choses-là ne s’expliquent pas.

J’ai dit oui, vu qu’on ne vit qu’une fois.

Ce soir, on essaye le vin chinois.

« C’est bon. Mais c’est pas du vin », a déclaré le troisième homme dans l’ascenseur, un collègue français à qui, pourtant, nous n’avions demandé aucune note de dégustation.

Il va de soi qu’un Français en espace restreint entendant parler de vin a une sorte de devoir républicain d’opiner sur toute question vinicole abordée en sa présence. Je n’agis pas autrement quand des étrangers parlent d’épinettes devant moi.

Toujours est-il qu’à notre hôtel, la carte des vins est composée d’une liste de deux options. Le Changyu à 25 $. Et le Changyu d’une cuvée prestigieuse avec des mots français dessus, pour 100 $.

On a choisi la cuvée de base.

« Ça fait la job », a conclu Glotte Sensible, après avoir clairement consacré plus de temps à photographier la bouteille qu’à en analyser le contenu.

Quant à moi, j’oserais dire que c’est très buvable, moyennement concentré, un peu boisé sans rien de vulgaire, mais peut-être un peu trop cuit dans les encoignures, témoignant d’un élevage en climat désertique ou d’une conservation trop proche du compresseur.

Mon maître subtil Jacques Benoit aurait sûrement donné une note avec une décimale qu’il aurait transposée en demi-étoile. Je lui demande souvent mon opinion.

Sachez cependant que la maison Changyu, fondée à la fin du XIXsiècle, quand personne ici ne buvait de vin à part les maîtres coloniaux chrétiens, cette maison, donc, serait le 10e producteur mondial de vin.

La Chine, jusqu’au début des années 1980, ne produisait et ne consommait à peu près pas de vin. C’est un pays de bière et d’alcool fort. Elle est maintenant une grande productrice de vin.

Certains le classent au deuxième rang mondial, mais il faut distinguer raisin (la Chine est le producteur numéro un) et vin. Selon Statista, une source généralement fiable, et Forbes, la Chine est en 10place mondiale du volume de vin produit, le trio de tête étant toujours l’Italie, la France et l’Espagne.

C’est tout de même des milliers d’hectares de vignes qui ont été plantées dans plusieurs régions de Chine, notamment au pourtour du désert de Gobi. Des œnologues réputés sont venus ici comme consultants. Et aux côtés des Changyu de ce monde, dont les meilleures cuvées sont maintenant vendues à Paris, plein de petites maisons se distinguent. Robert Parker, le pape des bulletins de notes vinicoles, a classé 10 vins chinois au-dessus de 90 %. Bettane et Desseauve, critiques français célèbres, ont donné leur bénédiction à 24 vins chinois, leur accordant la note de passage de 13 sur 20 et plus.

Paradoxalement, en Chine, le vin chinois est reçu chez plusieurs nouveaux riches avec snobisme, le vin importé des « vraies » régions d’origine ayant davantage la cote.

Mais quoi qu’on en dise dans les cercles bourgeois de Pékin et dans les ascenseurs olympiques, d’après Glotte Sensible et moi, c’est bel et bien du vin.