(Zhangjiakou ) « On a eu du fun, on a vraiment eu du fun aujourd’hui ! » Jules Burnotte et son équipe n’ont peut-être pas gagné de médaille au relais en biathlon, mais ils ont réalisé la meilleure performance du Canada dans cette épreuve. La fin de la course, 4 x 7,5 km, a d’ailleurs causé de grandes surprises.

Mis à jour le 15 février
Émilie Bilodeau
Émilie Bilodeau La Presse

Le Québécois Jules Burnotte a pris le 3e relais de son équipe alors que celle-ci se trouvait en 9e position. « Mon premier tour [sur trois], j’ai eu de la misère. J’étais fatigué en ski peut-être à cause de la fatigue accumulée des derniers jours, de l’altitude et du froid. Il a fallu que je cherche creux pour sortir cette performance », a expliqué l’athlète.

Jules Burnotte a raté deux cibles aux tirs couchés. Il a utilisé deux de ses trois cartouches de rechange pour accomplir la tâche. Aux tirs debout, il a été impeccable. Avec un temps de 20 min 38 s, il a pris le 8e rang de son relais.

Un peu avant, Adam Runnalls et Christian Gow, les deux premiers skieurs canadiens du relais, ont eu moins de chance. « J’ai eu des conditions plus faciles qu’eux pour mon relais, explique Burnotte. Pour Adam et Christian, il y avait des bourrasques. Le vent n’était pas constant. »

Contrairement aux courses individuelles où une pénalité est ajoutée au temps final des biathlètes, en relais, les skieurs doivent faire une boucle de 150 m pour chaque cible manquée.

Adam Runnalls a effectué deux boucles et Christian Gow, une.

« Les gars se sont vraiment bien débrouillés », explique Jules Burnotte, qui a regardé la course de ses coéquipiers tout en restant concentré « dans sa bulle ».

Je n’ai pas le choix de regarder la course parce qu’il faut que je sois là au bon moment pour prendre le relais. On a déjà vu des gars finir et il n’y avait personne pour prendre leur relais. Ç’a l’air niaiseux.

Jules Burnotte

À la fin de son 7,5 km, Jules Burnotte a donné le relais à Scott Gow, le meilleur biathlète canadien à l’heure actuelle. L’équipe se trouvait alors en 10e position, mais le Québécois avait réussi à rattraper un petit groupe de skieurs juste devant lui.

« Scott a été l’homme du jour », martèle Jules Burnotte.

Le skieur de Canmore, en Alberta, a réussi à atteindre ses 10 cibles très rapidement. Il a surtout enregistré le deuxième temps de son relais, sur ses skis. Il a remonté de la 10e à la 6e position.

PHOTO JEWEL SAMAD, AGENCE FRANCE-PRESSE

Scott Gow a atteint les 10 cibles devant lui.

Jules Burnotte se trouvait avec des journalistes quand il a vu Scott Gow sur l’écran géant du Centre national de biathlon de Zhangjiakou. « Ça ne se peut pas, ça ne se peut pas », a-t-il répété à voix haute. Il a interrompu son entrevue pour accueillir son coéquipier en retrait du fil d’arrivée. Seules les trois équipes meneuses peuvent attendre les skieurs à l’arrivée.

« Je ne pouvais pas voir les tirs de Scott parce que l’écran était trop loin, mais je l’ai vu sortir du champ de tir et passer devant la boucle de pénalité. Paf, on était rendus sixièmes ! J’étais vraiment content et fier de lui, fier du travail qu’on a réussi à faire tous ensemble. »

Adam Runnalls et Christian Gow, qui étaient partis changer de vêtements pour éviter de prendre froid, sont revenus en vitesse.

« On est réellement une équipe »

Scott Gow a expliqué qu’à la fin de son deuxième tour sur trois, il a croisé son entraîneur qui se trouvait en bordure de la piste. Celui-ci lui a indiqué que l’équipe canadienne était en 6e position, mais que des skieurs se trouvaient juste derrière.

« Il m’a dit de skier vraiment fort pour demeurer en avant d’eux. Ça a rendu ma tâche plus facile parce que je savais exactement pourquoi je me battais », a-t-il expliqué.

« Quand j’ai traversé le fil d’arrivée, j’ai ressenti un gros soulagement. J’étais content d’avoir sorti du gros ski et d’avoir atteint mes cibles, surtout que je savais que les trois gars avant moi avaient fait de bonnes courses. C’est un sentiment incroyable », a dit Gow, une heure après sa course.

L’athlète de 31 ans est conscient que le biathlon, même au relais, reste un sport assez individuel. Les skieurs s’élancent chacun leur tour et leurs résultats sont additionnés.

Mais je pense que ce qu’on fait de mieux en comparaison avec les autres équipes, c’est que nous, on est réellement une équipe. Les quatre gars, on est proches, on se soutient. On est toujours heureux quand l’un d’entre nous a un bon résultat et on est toujours là les uns pour les autres quand on a de moins bonnes journées.

Scott Gow

Le skieur albertain dit qu’il a souvent entendu des commentaires au sujet de l’équipe canadienne sur le circuit de la Coupe du monde. Le quatuor rouge et blanc a la réputation d’être soudé et de bien s’entendre malgré les longs voyages de deux, trois ou quatre mois sur la route, dit Gow.

Même si Jules Burnotte s’entraîne au Québec en été, ça n’empêche pas les gars d’échanger quelques nouvelles pendant les vacances. « Avec les réseaux sociaux, c’est tellement facile de communiquer. On voit ce qu’il publie, il voit ce qu’on publie. On est chacun de notre côté du pays, mais on n’est vraiment pas si loin », affirme Scott Gow.

PHOTO ODD ANDERSEN, AGENCE FRANCE-PRESSE

Le Norvégien Vetle Sjåstad Christiansen franchit, triomphalement, la ligne d’arrivée.

Une fin de course inattendue

Les Russes ont dominé la course absolument toute la journée… sauf au fil d’arrivée. Eduard Latypov a pris le quatrième relais de son équipe avec une avance de 41 secondes sur ses adversaires. En position couchée, le Russe a facilement descendu ses cinq cibles et il a ainsi creusé son écart avec les autres skieurs.

Les tirs en position debout ont toutefois plombé l’équipe russe. Latypov a raté ses cinq cibles et il a été forcé de faire deux boucles de 150 m de pénalité. La Norvège et la France ont alors pris les devants et se sont emparées de l’or et de l’argent. La Russie a pu conserver le bronze.

« Je suis déçu et je m’excuse pour ce qui est arrivé. Nous nous sommes battus pour l’or et nous n’avons pas été en mesure de gagner. Nous le voulions tous. Les gars ont fait tout ce qu’ils pouvaient pour y parvenir et sur mon relais, ça n’a pas marché », s’est désolé le Russe Latypov.