Marc Gagnon est nerveux. Cette phrase, on l’a peut-être déjà écrite dans nos pages il y a 20 ans, quand il s’apprêtait à prendre part à ses troisièmes Jeux olympiques. Croyez-le ou non, mais cette fois-ci, le stress sera décuplé. « J’ai 10 bonnes raisons d’être stressé parce que j’ai 10 [athlètes] que je ne contrôle pas, que je regarde, et j’ai envie qu’ils réussissent. »

Publié le 5 février
Katherine Harvey-Pinard
Katherine Harvey-Pinard La Presse
Jean-François Téotonio
Jean-François Téotonio La Presse

Au moment de répondre à l’appel de La Presse, mardi soir à l’heure de Montréal, Marc Gagnon vient à peine de se réveiller de l’autre côté du globe, à Pékin. « Excusez le délai, c’est le premier matin que je réussis à dormir un peu », nous dit-il.

Pardon accordé.

Le 23 février 2002, à Salt Lake City, Gagnon remportait ses quatrième et cinquième médailles olympiques en carrière. Il devenait alors l’athlète le plus décoré de l’histoire des Jeux d’hiver. Presque 20 ans plus tard jour pour jour, le voilà de retour aux Jeux, cette fois-ci comme entraîneur adjoint de l’équipe nationale de patinage de vitesse courte piste.

« Quand je patinais, je savais ce que j’allais faire, comment j’allais réagir, explique-t-il. Là, je n’ai aucune idée de ce qu’ils vont faire. C’est vraiment stressant. »

Je vois déjà [chez les patineurs] des petites réactions normales et qui me rappellent mes souvenirs. J’ai déjà des rencontres prévues avec eux pour jaser, les rassurer, les ramener sur la bonne voie.

Marc Gagnon

Parlant de souvenirs, le natif du Saguenay en a des tonnes, lui qui a pris part aux Jeux à trois reprises en 1994, 1998 et 2002. Le plus limpide à son esprit demeure la finale du 500 m, en 2002, quand il a remporté l’or et son coéquipier Jonathan Guilmette, l’argent. C’était là « l’aboutissement de 24 ans d’entraînement », raconte-t-il, qu’il a pu vivre avec, à ses côtés, un de ses « bons chums ».

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Marc Gagnon (à gauche) et Jonathan Guilmette ont remporté l’or et l’argent au 500 m, aux Jeux olympiques de 2002.

« Il n’y a jamais rien au monde qui va battre ça », laisse-t-il entendre.

À Pékin, les épreuves de patinage de vitesse sur courte piste auront lieu au Capital Indoor Stadium. C’est entre ces murs que Gagnon a été couronné champion du monde pour la toute première fois, en 1993. Son frère Sylvain a terminé deuxième.

Plusieurs rénovations ont été apportées au bâtiment depuis, de sorte qu’il est difficile pour l’ex-athlète de se situer dans l’aréna. « Déjà, en termes d’orientation, je ne suis pas le meilleur. Si je n’écoute pas le GPS, je ne me rends pas à grand place », lance-t-il à la blague.

« J’ai essayé de visualiser où étaient situés les bancs où on était assis et je n’ai jamais réussi à me représenter c’était où. […] Mais je le sais que c’est là et je suis heureux chaque fois que j’y entre. »

Chimie d’équipe

Voilà déjà un an que Marc Gagnon agit à titre de bras droit de l’entraîneur-chef, Sébastien Cros. Il a auparavant passé six ans comme entraîneur-chef du Centre régional canadien d’entraînement.

« Tous les matins, je me lève et je suis content de m’en venir faire ce que je fais, confie-t-il. Je suis content de venir écouter les jeunes, les aider, rire avec eux autres aussi parce que ça devient une famille. »

Ça n’a rien d’un travail pour moi.

Marc Gagnon

La délégation canadienne a toujours eu la réputation d’être tissée serré aux Jeux. Ça se ressent même sur les réseaux sociaux. Gagnon admire cette chimie qui règne aussi, à plus petite échelle, dans l’équipe de courte piste.

« C’est vraiment une équipe soudée. C’est fou, ils dégagent, quand on les voit passer. Ils sont unis, tous habillés pareil. […] Ils s’entraident sur la glace, ils s’encouragent. Ça me rappelle vraiment mon temps où on était hyper dominants, le Canada. »

En 2018, l’équipe de courte piste a quitté les Jeux de PyeongChang avec cinq médailles, dont trois remportées par Kim Boutin, qui sera en action à Pékin. Mais Marc Gagnon ne se fait aucune attente en matière de podiums. Il espère seulement que l’équipe arrivera à offrir le même genre de performances que lors des deux dernières Coupes du monde de la saison, qui ont eu lieu avant les Fêtes.

« Est-ce qu’ils sont capables de reproduire ça ? Clairement, lance-t-il. On a été un des pays les plus médaillés dans les deux dernières Coupes du monde. Ce n’est pas des coups de chance. »

Mais aux Jeux, il y a un stress additionnel. C’est grand. C’est gros. C’est impressionnant. Et c’est là que Gagnon interviendra, pour rappeler aux patineurs qu’ils ne doivent pas « chercher à devenir Superman ».

« Souvent, ils se perdent dans la grandeur et dans les petits détails pas tellement importants, soutient-il. C’est vraiment de les recentrer sur ce qu’ils ont à faire pour être à leur meilleur. »

Et qui de mieux, pour les aider à y arriver, que celui qui était à leur place il y a 20 ans ?

« On n’a pas d’inquiétude »

Voilà des semaines qu’Omicron fait des ravages partout dans le monde et qu’on se demande si les Jeux olympiques auront bel et bien lieu. Au moment où il a parlé de La Presse, Marc Gagnon et l’équipe de patinage de vitesse étaient à Pékin depuis six jours. Quand on lui demande s’il y a un « stress COVID », l’ex-athlète répond sans hésitation : « Pantoute. Zéro. On n’a pas d’inquiétude. Honnêtement, on sait qu’on est dans une bulle, ici. Tout le monde est testé tous les jours. On fait attention, on garde nos masques. La seule petite précaution supplémentaire qu’on a, c’est quand on patine avec d’autres pays. On garde notre masque parce qu’on fait moins confiance aux autres qu’à nous. »