Maxence Parrot est le premier à le reconnaître : il n’est plus le même. Le cancer qu’il a combattu en 2019 l’a changé comme athlète, mais aussi comme personne.

Publié le 30 janvier
Marc Delbès La Presse Canadienne

Il y a toutefois un aspect de la personnalité du planchiste de Bromont que la maladie n’a pas transformé et c’est son esprit compétitif. Le médaillé d’argent en slopestyle aux Jeux de PyeongChang se présente donc à son troisième rendez-vous olympique avec la ferme intention de monter cette fois sur la plus haute marche du podium à Pékin.

Mais il entend surtout profiter pleinement de l’expérience, même si l’évènement se déroulera dans un contexte de mesures sanitaires strictes où les athlètes auront une liberté de mouvement très limitée hormis leurs compétitions. Une perspective qui n’empêchera pas Parrot de vivre le moment à 100 %.

« Avant (mon cancer) je prenais la vie pour acquise, je vivais beaucoup dans le futur, a récemment expliqué l’athlète de 27 ans en visioconférence en marge des X Games à Aspen, au Colorado. Aujourd’hui, j’apprécie chaque petite chose qui arrive dans ma journée, j’apprécie encore plus ma passion.

« Je prends aussi plus de temps pour moi et j’ai appris à dire non. Je disais oui à tout le monde avant et j’avais un horaire de fou. Je fais davantage les choses qui me tentent de faire. Je respire plus maintenant. »

Un aléa de la vie

Le diagnostic de cancer — un lymphome de Hodgkin — qu’il a reçu en décembre 2018 est tombé comme un coup de massue. Pour un jeune homme à qui tout avait réussi jusque-là, la pilule a d’abord été difficile à avaler. Pour lui, c’est comme si on l’obligeait à mettre sa vie en suspens pendant quelques mois.

Une fois qu’il a accepté l’idée qu’il lui faudrait faire une croix sur sa saison, le temps de se soumettre aux 12 traitements de chimiothérapie en l’espace de six mois, Parrot s’est attaqué au défi de guérir, avec le lot d’incertitudes l’accompagnant.

« Je ne savais pas si les traitements fonctionneraient ou comment mon corps réagirait, s’est rappelé Parrot. Il y avait beaucoup d’inconnues. Avec mon préparateur mental, nous nous sommes concentrés sur la bataille à livrer au jour le jour au lieu de voir la situation dans son ensemble. »

Au fil de ses traitements aux deux semaines, il a connu des périodes sombres où sa détermination et sa résilience ont été poussées à l’extrême. Il est passé en quelques semaines du statut d’athlète de haut niveau en superbe forme physique à celui de patient affaibli, sans énergie et ayant besoin d’une quinzaine d’heures de sommeil par jour.

Une source de motivation inattendue est venue ranimer la flamme de la compétition en lui ce printemps-là lorsqu’il a appris que les X Games prévus en Norvège étaient reportés au mois d’août. C’est devenu pour lui l’objectif qui allait l’aider à compléter ses traitements de chimiothérapie et à reprendre l’entraînement en vue d’y participer et… de les gagner.

On connaît la suite. Deux mois après son dernier traitement, il a effectué son retour à la compétition en remportant haut la main l’épreuve de grand saut (big air) à Oslo.

Parrot espère que son expérience servira de source d’inspiration à tous ceux qui traversent de durs moments en raison de la maladie. Son exemple de résilience et de persévérance lui a valu le prestigieux prix Laureus du retour de l’année et la médaille de l’Assemblée nationale du Québec en 2021.

L’or dans sa ligne de mire

Avec le recul, Parrot estime qu’il est aujourd’hui un meilleur athlète.

« J’apprécie encore plus mon sport aujourd’hui. Chaque fois que je mets mes pieds sur ma planche, j’ai un gros sourire de contentement et ça se transmet à l’entraînement par la suite. Tout est plus positif. »

Après une récolte de quatre médailles en 2018, les planchistes canadiens font encore figure de sérieux candidats au podium à Pékin, avec outre Parrot le retour des Sébastien Toutant (médaillé d’or, grand saut), Mark McMorris (bronze, slopestyle) et Laurie Blouin (argent, slopestyle).

Et cette fois-ci, il n’est pas question de se contenter d’une médaille d’argent pour Parrot, un espoir de podium en grand saut et en slopestyle.

Mon objectif est de viser l’or, mais si je ne l’obtiens pas, je n’aurai aucun regret, car j’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir. C’est important de ne pas avoir de regrets, peu importe le résultat.

Maxence Parrot

Assuré de sa qualification olympique depuis la fin de la dernière saison, Parrot a choisi de se préparer pour les Jeux en limitant les compétitions au profit de l’entraînement. Il a disputé une seule Coupe du monde cette saison – 4 au grand saut à Steamboat, au Colorado début décembre. Et il s’est fait un point d’honneur d’aller aux X Games à Aspen plus tôt ce mois-ci.

« Les dernières Coupes du monde, les sauts étaient plus petits, donc pas vraiment similaires à ce que nous allons avoir aux Olympiques. Je ne voyais pas ces compétitions comme un avantage. Je me suis donc concentré sur ma préparation et les X Games s’inscrivaient bien en ce sens, avec des gros sauts et un parcours similaire à ceux de Pékin. »

Le multiple médaillé des X Games y a remporté la médaille d’argent au grand saut et s’est classé 7 en slopestyle plus tôt ce mois-ci.

Depuis ses débuts, celui qu’on surnomme « The Kid » est reconnu pour repousser constamment les limites de son sport avec des figures toujours plus audacieuses. Il s’est démarqué au fil des saisons, réalisant notamment le premier switch quadruple underflip dans une épreuve de big air en 2017.

Nous surprendra-t-il une fois encore à Pékin ?

« Peut-être, vous allez voir.

« Ça dépend toujours du moment présent, de la stratégie, de ce que les autres feront, du parcours. Il y a beaucoup de choses qui entrent en jeu. Je ne dévoile jamais rien avant d’être sur le saut. »

Une chose est sûre, il est emballé par le site des installations du grand saut.

« C’est un site en ville (à Pékin), il est super bien construit. De tous les grands sauts en ville que j’ai faits dans ma vie, c’est le plus beau. Je vais avoir beaucoup de plaisir à y performer. »

L’épreuve de slopestyle messieurs sera présentée les 6 et 7 février au Parc de neige de Genting de la zone de Zhangjiajkou. La compétition de grand saut est prévue les 14 et 15 février sur le site de Shougang de la zone de Pékin.