Changement de pays, pause de compétitions internationales, blessures, pandémie… La patineuse artistique Laurence Fournier-Beaudry et son partenaire, Nikolaj Sørensen, ont fait preuve de ténacité afin de réaliser leur rêve olympique.

Publié le 26 janvier
Katherine Harvey-Pinard
Katherine Harvey-Pinard La Presse

Le dernier cycle olympique de Laurence Fournier-Beaudry n’a pas été simple.

« Honnêtement, je pense qu’il n’y a vraiment rien qui arrive pour rien, nous dit la Montréalaise au bout du fil. Dans notre parcours, il y a tellement de choses qui sont arrivées, mais ça a forgé notre caractère. »

Remontons à 2018. Fournier-Beaudry et son partenaire danois, Nikolaj Sørensen, portent les couleurs du Danemark sur la scène internationale et réussissent à obtenir leur place en danse aux Jeux olympiques de PyeongChang. Mais Fournier-Beaudry étant incapable d’obtenir sa citoyenneté danoise, le duo se voit privé d’y participer cette année-là.

Refusant d’abandonner le rêve olympique, celui qu’il caresse depuis longtemps, le tandem décide de quitter le Danemark afin de représenter le Canada. Pour ce faire, il doit prendre une pause de compétitions internationales pendant un an, de janvier 2018 à janvier 2019.

Les deux athlètes, habitués de parcourir les patinoires du monde entier, élaborent des scénarios pour se garder motivés et continuer de progresser.

On est très chanceux parce que le calibre est assez fort à l’intérieur du Canada et il y a beaucoup de patineurs. On avait accès à des compétitions nationales.

Laurence Fournier-Beaudry

« On a décidé de voir notre année comme une année internationale, explique Laurence Fournier-Beaudry. On se disait : telle compétition nationale représente telle compétition internationale sur notre calendrier habituel. On percevait notre progression à l’entraînement. »

Blessures

Les choses vont bien par la suite. Le couple obtient une troisième place à ses premiers Championnats canadiens et se qualifie pour la Coupe des Quatre Continents et les Championnats du monde au Japon.

Mais juste avant les Championnats du monde, en mars 2019, Fournier-Beaudry fait une très mauvaise chute lors d’une simulation et atterrit sur son genou, qui devient « gros comme une balle de baseball ». Le duo décide de participer à la compétition d’envergure malgré la douleur de la patineuse. Il termine 10e, son meilleur résultat.

Quelques mois plus tard, comme la douleur est toujours là, Fournier-Beaudry décide de consulter un médecin. Son partenaire, qui a soudainement mal au genou lui aussi, l’y accompagne.

« La médecin a fait une radiographie de nos deux genoux, relate-t-elle. Elle m’a dit que je n’avais aucun problème. […] Il fallait seulement lui donner du temps. Pour Nikolaj, elle a demandé de faire une résonance magnétique (IRM) parce que ça n’avait pas l’air beau sur la radiographie. »

Finalement, c’est Sørensen qui a besoin d’une opération au ménisque et d’une greffe de cartilages dans le genou.

« Notre saison commence, il a mal au genou, mais on est des athlètes et on est souvent habitués d’être blessés, de l’endurer et de passer à travers », raconte la femme de 29 ans.

« On a eu une super belle saison considérant sa douleur, poursuit-elle. On a eu de super bons résultats dans toutes nos compétitions, nos premières médailles dans les Grands Prix à l’extérieur du pays. On avait notre premier Grand Prix en Chine et Nikolaj n’était plus capable de faire un croisé par en avant, il avait trop mal. Il n’a pas patiné pendant une semaine. »

Le couple compétitionne malgré tout en Chine en novembre 2019 et s’empare de la troisième place.

À son retour au pays, Sørensen doit absolument se faire opérer. Une mauvaise nouvelle, à quelques mois seulement des Championnats du monde à Montréal et en plein cycle olympique.

Pendant la rééducation de son conjoint, Fournier-Beaudry s’entraîne seule tous les jours.

« Je me disais dans ma tête : “Le plus je peux soutenir le couple, le mieux on va être quand il va être capable de revenir sur la glace”, se souvient-elle. C’était la seule chose que je pouvais contrôler. […] On a réorienté nos cours et on a fait beaucoup de cours de danse hors glace que Nikolaj pouvait suivre. »

Puis est arrivée la COVID-19, qui a eu les conséquences que l’on connaît tous sur les athlètes…

Les Jeux, enfin

Enfin, oui. Après toutes ces péripéties, Laurence Fournier-Beaudry et Nikolaj Sørensen prendront part aux Jeux olympiques. « Je pense que je vais y croire le jour où je vais mettre les pieds à Pékin », lance la patineuse.

« Quand je regarde en arrière, ce sont les moments les plus difficiles qui ont fait en sorte que j’ai accompli des choses », ajoute-t-elle.

Le couple se dit fin prêt à vivre cette aventure. Avec les couleurs du Canada sur le dos, qui plus est. Nikolaj a d’ailleurs obtenu sa citoyenneté le 10 août dernier et son passeport, le 1er septembre.

PHOTO JUSTIN TANG, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Les patineurs Nikolaj Sørensen et Laurence Fournier-Beaudry s’embrassent après l’annonce de leur participation aux Jeux olympiques de Pékin, le 9 janvier dernier.

« Ça fait plusieurs fois qu’on monte sur le podium en tant que compétiteurs canadiens et il y a toujours ce beau moment-là où les drapeaux montent dans les airs, souffle Fournier-Beaudry. Je viens toujours les yeux pleins d’eau parce qu’après tout ce que j’ai vécu, le parcours que j’ai eu, je ne peux pas croire que je représente le Canada. C’est le plus beau rêve. »

Les partenaires présenteront un programme olympique à leur image, qui combine la personnalité « explosive et colorée » de Sørensen et celle « très adaptative et calme » de Fournier-Beaudry.

Ce programme-là vient chercher tout notre bagage respectif, qui va s’allier pour montrer de nouvelles possibilités.

Laurence Fournier-Beaudry

Et le couple entend profiter à fond de ce qu’il vivra.

« On ne sait jamais ce qui peut se passer d’un jour à l’autre, laisse entendre la patineuse. Cette année, chaque fois qu’on partait pour une compétition, je disais à Nikolaj d’en profiter parce que ça se pouvait que ça soit la dernière. On ne le sait jamais. C’était la même chose quand on a décidé de changer de pays : on ne savait pas si le Canada allait nous accepter. »

« C’est vraiment de se mettre dans l’esprit de profiter du moment, ajoute-t-elle. Pas seulement pour les compétitions, mais aussi tous les jours qui nous y mènent. »