(Saint-Ferréol-les-Neiges) Il y a eu Alex. Il y a maintenant Antoine, Cendrine, Laura et Olivier. Des sept athlètes de l’équipe olympique canadienne de ski de fond, quatre sont des produits du Centre national d’entraînement Pierre-Harvey (CNEPH). Du jamais-vu pour le programme de l’entraîneur Louis Bouchard. Une immense récompense, certes, mais surtout la suite logique des choses pour le programme.

Publié le 24 janvier
Nicholas Richard La Presse

Situé au pied du mont Sainte-Anne, à Saint-Ferréol-les-Neiges, à une cinquantaine de kilomètres au nord-est de la ville de Québec, le CNEPH a vu naître la légende Alex Harvey. Après sa retraite, en 2019, beaucoup de gens se demandaient ce qui allait advenir du centre privé de son fondeur étoile. La réponse : une cuvée record d’athlètes aux Jeux olympiques.

Antoine Cyr et Olivier Léveillé se sont qualifiés pour les Jeux grâce à leurs bons résultats en Coupe du monde. À respectivement 23 et 20 ans, les deux fondeurs en seront à leur première expérience olympique.

Cendrine Browne et Laura Leclair ont quant à elles eu besoin des essais nationaux disputés à Canmore, au début du mois de janvier, pour gagner leur place au sein de la brigade olympique. Browne, 28 ans, en sera à ses deuxièmes Jeux, tandis que Leclair, 25 ans, vivra son baptême olympique. Les quatre s’entraînent sous la direction de Louis Bouchard, qui n’a plus besoin de présentation dans le monde du ski de fond.

Joints par téléphone en Alberta pour discuter de leur nomination olympique, les athlètes du CNEPH, sans exception, ont rapidement fait allusion à la notion d’équipe. À la fierté qu’ils ressentaient de pouvoir vivre ces Jeux avec leurs coéquipiers, leurs amis.

Louis Bouchard s’en est bien sûr réjoui : « Créer une bonne chimie au sein de l’équipe est ma priorité. Je ne vois pas comment je peux amener des athlètes au plus haut niveau s’il n’y a pas une équipe derrière et des jeunes qui se tiennent ensemble, qui s’encouragent et qui se lèvent chaque matin pour aller donner le meilleur d’eux-mêmes, côte à côte. »

Browne n’avait que des éloges pour cette délégation olympique du CNEPH.

C’est incroyable ! Ça prouve que notre Centre national est un excellent programme et qu’on fait les choses comme il faut. C’est vraiment très encourageant, on n’aurait pas pu demander mieux !

Cendrine Browne

Leclair abondait dans le même sens. « Le fait qu’on soit quatre athlètes du CNEPH, ça montre à quel point l’expertise du programme a de la valeur et à quel point il est fort. C’est une fierté de voir qu’on fournit les meilleurs athlètes au Canada. »

Lorsqu’il est parti de son Outaouais natal il y a cinq ans pour s’établir à Québec, Cyr était loin de se douter que son ascension vers les plus hauts sommets du ski de fond allait être à ce point fulgurante.

« C’est en voyant Alex et en m’entraînant avec lui que j’ai compris à quel point la notion d’équipe était importante. Avoir le centre d’entraînement avec nos médecins, nos physios, nos préparateurs physiques et nos entraîneurs, ça change tout.

« Ça nous donne confiance, et je dois beaucoup à mes entraîneurs au CNEPH. Les coéquipiers sont aussi super importants. C’est un sport individuel, mais il faut qu’on s’entraîne en équipe, c’est la clé du succès. C’est exceptionnel, ce qui arrive au Centre. »

Léveillé, qui vient tout juste d’arriver sur le circuit de la Coupe du monde, est déjà extrêmement reconnaissant du travail effectué au CNEPH.

« C’est vraiment une expérience unique où les skieurs sont amenés à un autre niveau. Il faut profiter de la chance d’avoir des installations comme ça au Québec. Dans d’autres sports, il faut voyager pour avoir accès à ce genre de services. Pour performer, il fallait se regrouper, et nous, on a la chance de pouvoir le faire assez près de la maison. »

Des méthodes qui favorisent le développement

Le CNEPH regroupe les meilleurs fondeurs québécois et forme aussi la relève. Chaque athlète peut compter sur l’expertise d’employés qui ont de nombreuses années d’expérience et qui peuvent répondre aux besoins des fondeurs rapidement et efficacement.

C’est par ailleurs cette centralisation des services qui fait que le CNEPH se démarque et qui permet aux athlètes d’atteindre tout leur potentiel. Tous les spécialistes sont au centre depuis au moins de 10 à 15 ans. Bouchard et le médecin de l’équipe y sont quant à eux depuis plus de 20 ans.

« Nos spécialistes sont très bien rodés et sont spécialisés dans le ski de fond. Ils connaissent les blessures dont peuvent souffrir nos athlètes, le genre d’instabilité qui peut leur nuire en fonction de l’exigence de notre sport. Tous ces détails, on les connaît, on n’a pas besoin d’apprendre quoi que ce soit à quiconque, et le suivi auprès de nos athlètes est accru, avancé et rapide. C’est aussi ce qui fait que les athlètes se sentent bien et ce qui leur donne l’impression qu’ils sont au bon endroit », a expliqué l’entraîneur-chef.

Bouchard a aussi spécifié que la création du Centre, au mont Sainte-Anne, n’était pas un hasard. Dans ce grand espace, entouré de montagnes et d’arbres, au bout du rang Saint-Julien, dans une municipalité qui vibre au rythme du ski de fond et où la neige est généreuse, les athlètes du CNEPH peuvent profiter d’un environnement optimal.

En plus de s’adonner au ski de fond grâce aux pistes de qualité et aux dénivelés dignes des plus beaux tracés scandinaves, les athlètes peuvent faire de la course à pied, du vélo de montagne, du vélo de route et surtout du ski à roulettes, l’été, qui a été la grande révolution du Centre. Ce sont Bouchard et Alex Harvey qui ont conçu et bâti cette piste quatre ans avant les Jeux de Sotchi, en 2014, pour représenter le niveau de difficulté avec lequel Alex allait devoir composer aux Jeux.

Aujourd’hui, cette piste est encore un élément central dans la préparation estivale, et c’est l’une des choses qui rend le plus fier son principal initiateur. « La piste représente vraiment la réalité d’une Coupe du monde, a expliqué Bouchard. Chaque jour, lorsqu’ils s’exercent sur cette piste, ils sont exactement dans l’environnement dans lequel ils vont devoir performer en hiver. »

PHOTO NICHOLAS RICHARD, LA PRESSE

Le Centre national d’entraînement Pierre-Harvey est de plus en plus reconnu dans le milieu du ski de fond.

Si les athlètes se sentent si bien au CNEPH, c’est aussi grâce à la planification de Bouchard et à sa préoccupation de leur bien-être. Chaque bloc d’entraînement dure trois semaines. Au bout de ces 21 jours, les athlètes sont encouragés à retourner chez eux, auprès de leur famille, pour au moins 10 jours.

« Avec les années, je me suis rendu compte que c’était exigeant pour les jeunes de rester à temps plein dans le même environnement de compétition. Au bout de 10 jours, si certains ont besoin de rester chez eux 3 jours de plus, on leur donne le droit. Comme ça, lorsqu’ils vont revenir, on va pouvoir leur demander une concentration intense pour les trois semaines qui vont suivre », a ajouté Bouchard.

Le Centre est de plus en plus reconnu dans le milieu du ski de fond. Il est devenu un élément important du programme canadien et un incontournable au Québec. Quatre athlètes issus du CNEPH réaliseront leur rêve et représenteront le mont Sainte-Anne sur la plus grande scène au monde. Le rêve de Bouchard et des Harvey se perpétue.

Les fondeurs qui se présentent au Centre sont par définition des athlètes rendus à une étape importante de leur carrière, selon Bouchard. Une fois regroupés, ils doivent poursuivre les mêmes objectifs et les mêmes buts. C’est ce qui fait le succès du Centre.

Entre les athlètes et les employés, la chimie est au rendez-vous. Le talent ne fait aucun doute. La passion est contagieuse, et le plaisir de skier, indiscutable. À l’aube d’autres Jeux olympiques, le CNEPH poursuit sa mission avec brio, tous les jours.