Mikaël Kingsbury a déjà écrit son nom en grosses lettres dans le livre des records du ski acrobatique. Pourtant, il n’est pas encore rassasié.

Publié le 24 janvier
Frédéric Daigle La Presse Canadienne

Après avoir remporté neuf globes de cristal consécutifs de 2012 à 2020, être monté sur la plus haute marche du podium en Coupe du monde 71 fois — en 100 podiums ! —, le King des bosses tentera de devenir le premier homme à mettre la main sur une troisième médaille olympique aux Jeux de Pékin.

Après l’argent à Sotchi (2014) et l’or à PyeongChang (2018), il tentera de répéter l’exploit de son compatriote Alexandre Bilodeau en défendant avec succès son titre olympique sur les pentes de Secret Garden, le 5 février prochain.

« Il a une cible dans le dos ; il est poursuivi, estime son entraîneur, Michel Hamelin. On analyse ce que les autres font, mais on s’assure surtout de regarder ce qu’on peut faire pour s’améliorer, afin qu’on soit toujours devant les autres.

« C’est clair que c’est un surdoué parmi les doués, ajoute Hamelin. On en a eu des bons dans le passé : Jean-Luc Brassard, Lloyd Moseley, Janne Lahtela, Dale Begg-Smith, Alexandre Bilodeau. Mais ce n’est même pas comparable à Mik. Ils n’ont possiblement même pas accompli la moitié de ce que Mik a accompli. »

S’il devait monter sur le podium à Pékin, il rejoindrait ainsi la Norvégienne Kari Traa, seule bosseuse à avoir gagné trois médailles aux JO.

« Ça signifierait beaucoup pour moi de gagner une troisième médaille olympique, a confirmé Kingsbury récemment. Je ne veux pas la gagner juste pour me retrouver dans le livre des records. Les statistiques et les records, c’est cool, mais ça ne m’habite pas complètement. Ce n’est pas ça ma motivation. »

Et ses principaux adversaires — le Japonais Ikuma Horishima, le Suédois Walter Wallberg, le Français Benjamin Cavet et l’Australien Matt Graham, identifie Kingsbury — n’ont qu’à bien se tenir : le bosseur de Deux-Montagnes ne ressent pas de pression à l’approche des Jeux.

« Au contraire, je trouve que j’ai moins de pression, car je l’ai déjà fait. Lors de la dernière préparation olympique, je m’en faisais beaucoup parler. C’était la seule médaille d’or qui me manquait. Cette fois, je vois plutôt l’occasion d’en gagner une deuxième.

« Je suis dans une belle position : je vais toujours être champion olympique et je me bats contre des athlètes qui veulent remporter leur premier titre olympique. Je sais ce que c’est d’être en haut du parcours et de pousser pour la victoire.

« Ça va être plus facile mentalement cette fois-ci. Sans dire que ce n’était pas amusant en Corée, je pense que ça va être un processus plus amusant cette fois-ci et j’ai de bons résultats quand je m’amuse. »

Défis

Pour s’amuser, l’athlète de 29 ans a besoin de défis. Même à l’entraînement.

« Défier Mik, c’est un défi en soi, souligne Hamelin. Ce que j’utilise pour défier les autres, ce n’est pas de son niveau. Il faut que j’utilise d’autres trucs. C’est un passionné, un trippeux. Son objectif est de réussir tous les défis que je vais lui lancer. Son désir est de réussir tout ce qui ne l’a pas été jusqu’ici. »

Une chose est certaine : le respect entre les deux hommes est mutuel.

« Michel Hamelin m’a sûrement amené à un autre niveau », laisse tomber Kingsbury au cours de notre entretien.

« On a une relation qui part de loin, explique Hamelin. Je le dirigeais avant d’entraîner Alex Bilodeau, les deux années qu’il a été sur le Nor-Am. J’étais avec lui quand il a été ouvreur de piste (aux Jeux de) Vancouver, avec Philippe Marquis. Je le connais vraiment bien et notre complicité est spéciale. Et travailler ensemble, ça nous ressource. J’aime le diriger et il aime être entraîné par moi. »

L’entraîneur ne laisse rien au hasard.

« On travaille avec Jean-François Ménard, un préparateur mental, et on tente de trouver des objectifs qui ne sont pas que techniques ou tactiques, mais aussi émotionnels. Des façons de respirer, des défis qui ne relèvent pas du ski.

« L’objectif est de ne pas penser. On a un peu l’image d’un pilote de F1 qui roule à 300 km/h : les virages arrivent vite, mais ces gars-là voient les choses arriver plus lentement que les autres personnes. En piste, on veut que Mik bouge vite, mais en haut et en bas de la piste, on veut qu’il bouge lentement, qu’il n’y ait rien de précipité, jusqu’à ce qu’il parte. Le but, c’est qu’il voie les choses plus lentement. »

À l’aveugle

Kingsbury, comme ses compétiteurs, disputera les qualifications en foulant pour la première fois le parcours de Secret Garden. Malgré tout, il croit avoir un avantage sur ses adversaires.

« J’ai toujours été bon sur la neige chinoise. J’ai appris à skier quand j’avais trois ans au mont Saint-Sauveur et c’est la même neige. Je m’attends à ce que la météo soit très constante, très froide. J’aime ça comme ça : c’est facile d’avoir des temps constants et les bosses restent bien dures. »

Lui reste-t-il encore des atouts pour la finale ?

« Je ne veux pas ouvrir mon jeu : les gens savent quels sauts je peux faire. Mais j’ai beaucoup de cartes dans mon jeu. Ma descente double full 1080, c’est celle avec laquelle j’ai gagné le plus souvent et, selon moi, c’est celle qui va gagner les Jeux. Après cela, il s’agira de voir quelle stratégie utiliseront mes compétiteurs.

« Mon 1440 va vraiment bien, je l’atterris constamment. Je suis mieux préparé pour le placer dans n’importe quel type de course. Je travaille sur des 1080 avec des prises de carres. Ce sont les sauts les plus difficiles sur le circuit présentement et si j’ai besoin de les utiliser, je sais que je peux le faire. […] Si j’ai un risque à prendre, si quelqu’un a obtenu 90 points ou plus, je sais que je peux sortir un 1440 ou un 1080 avec un “grab”. C’est vraiment une question de circonstances, mais tout est prêt. Je suis donc dans les souliers que je veux être présentement. »

Mikaël Kingsbury et les autres bosseurs de l’équipe canadienne seront en piste pour les qualifications, le 3 février, au Parc de neige de Genting à Zhangjiakou. Les médailles seront distribuées deux jours plus tard.