Chloé Dufour-Lapointe n’a pas reconnu le numéro quand son téléphone a sonné, mardi dernier. C’était Peter Judge, directeur général de Freestyle Canada.

Publié le 24 janvier
Simon Drouin
Simon Drouin La Presse

« Comment ça va ?

– Ben… correct.

– Peut-être que tu vas mieux te sentir après ceci… »

La skieuse acrobatique s’est mise à pleurer. Après « trois, quatre jours assez stressants et nébuleux », elle a enfin obtenu la confirmation qu’elle participerait à ses quatrièmes Jeux olympiques, à Pékin, le mois prochain.

Si la qualification de sa sœur cadette Justine était entendue, la sienne ne tenait qu’à un fil.

Jusque-là, la spécialiste des bosses était la première remplaçante d’une équipe féminine qui comptait 14 membres. Elle s’accrochait néanmoins à l’espoir : une blessure, la COVID-19, sait-on jamais. Elle a également songé à soumettre sa cause à un arbitre, a expliqué son entraîneur.

Finalement, elle s’est qualifiée de plein droit. La Fédération internationale de ski (FIS) a confirmé que la participation du Canada à la nouvelle épreuve par équipes de saut acrobatique lui permettait de gonfler son équipe de 30 à 32 athlètes.

Chloé Dufour-Lapointe a donc obtenu son billet, tout comme sa coéquipière Sofiane Gagnon, qui était deuxième remplaçante.

« Quand je l’ai su, ç’a été un soulagement, mais aussi une grande fierté », a témoigné la Montréalaise de 30 ans en entrevue, lundi matin.

Je me suis battue jusqu’à la fin. J’avais ma place aux Jeux. J’étais quand même la Canadienne la mieux positionnée au classement FIS. J’ai fait mon chemin petit à petit. Derrière tous les résultats qui sortaient ou pas, je n’ai pas lâché, j’ai continué à croire en mes capacités.

Chloé Dufour-Lapointe

Au moment de l’appel de Judge, Chloé était avec sa petite sœur Justine, avec qui elle effectue un stage de préparation final en Colombie-Britannique. Celle-ci filmait sa réaction, un réflexe depuis qu’elles ont participé à un documentaire familial diffusé sur Canal Vie.

Elles ont tout de suite contacté leurs parents et leur sœur aînée Maxime, qui sera mentore pour l’équipe canadienne à Pékin. Malgré les fuseaux horaires différents, tout le monde a pu se joindre à l’appel.

« On est très unies, a rappelé Chloé. Dans notre famille, on a aussi tendance à célébrer chaque petite victoire. Ça, c’était une grande célébration pour nous. On se voyait aller aux Jeux ensemble. […] On y va encore les trois, d’une façon différente. On est toutes aussi heureuses. »

Après une dernière saison plus difficile, la médaillée d’argent aux Jeux de 2014 a rebondi cet hiver en exécutant à chaque départ une nouvelle manœuvre sur le saut du haut, un désaxé 720 qu’elle a mis du temps à maîtriser.

Le 8 janvier, sa huitième place à la deuxième épreuve de la Coupe du monde de Tremblant, un sommet en plus de deux ans, a été déterminante dans sa qualification pour Pékin. Elle sera la première Canadienne de l’histoire à prendre part à quatre Jeux en ski acrobatique.

« Je suis une grande rêveuse dans l’âme, a souligné Chloé. Le doute est toujours le pire ennemi d’un athlète. Je n’ai pas laissé de place à ça et décidé de simplement y aller avec de la concentration, du plaisir et [la volonté] de tout donner en piste. »

Justine a remporté l’or olympique en 2014, partageant le podium avec Chloé, et l’argent en 2018. La benjamine de 27 ans avait terminé quatrième de la première compétition de la campagne 2020-2021, ce qui lui avait donné un pas d’avance. Elle a renoué avec le top 10 ce mois-ci à Tremblant et à Deer Valley (9e), consolidant ainsi sa position.

L’incertitude entourant le statut de sa sœur a été « éprouvante et super difficile ». « On est humains. Ne pas ressentir ce que l’autre vit, c’est impossible dans notre cas. C’était vraiment déchirant et crève-cœur de penser se rendre là-bas sans elle, après ce beau rêve qu’on cultive depuis déjà quatre ans. Je suis remplie de bonheur et suis soulagée de pouvoir enfin dire qu’on y va les deux. C’est une victoire en soi. »

Ralentie par la COVID-19 au début de l’année, Gagnon, de Whistler, sera donc la troisième partante canadienne.

Kingsbury en meneur

Le champion mondial et olympique en titre, Mikaël Kingsbury, était déjà assuré de sa troisième participation olympique.

Son objectif est de monter sur le podium pour la troisième fois – ce qui serait inédit dans sa discipline chez les hommes –, idéalement sur la plus haute marche, mais il a réitéré qu’il n’en faisait pas une obsession.

« Rendu au point où j’en suis, je sais que je suis capable de le faire », a réagi le bosseur de Deux-Montagnes.

Je ne m’en vais pas nécessairement chercher une autre médaille d’or. Je vais être champion olympique pour le reste de ma vie. C’est une occasion de pouvoir en gagner une autre. Je suis privilégié d’avoir la chance de participer à mes troisièmes Jeux et d’être en position de pouvoir gagner une autre médaille d’or.

Mikaël Kingsbury

Situation inédite pour l’équipe canadienne, Kingsbury ne pourra compter que sur un seul coéquipier, Laurent Dumais, qui a réussi un retour spectaculaire après avoir raté la première moitié de la saison en raison d’une hernie discale.

Après une injection de cortisone, l’athlète de Québec s’est continuellement amélioré à ses quatre derniers départs en Coupe du monde, où il jouait son va-tout malgré la douleur. Il a scellé son billet pour ses premiers Jeux en prenant le huitième rang à la dernière course de Deer Valley, son premier top 10 depuis sa sixième place aux Mondiaux au Kazakhstan, l’hiver dernier.

PHOTO RICK BOWMER, ASSOCIATED PRESS

Mikaël Kingsbury

« Quand j’ai pris le départ de la Coupe du monde à Tremblant, je savais que la tâche serait très difficile. Mik était déjà qualifié et on se battait tous pour les autres places. C’était très serré. Je suis fier de ce que j’ai accompli. »

Québec Air Force

Très complexe, le processus de qualification olympique des épreuves de ski acrobatique concernait cinq disciplines : les bosses, le saut, la demi-lune, la descente acrobatique/grand saut et le ski cross. Elles se partageaient les 32 places disponibles pour le Canada aux Jeux de Pékin – 16 hommes et 16 femmes –, soit le nombre maximal. Un maximum de quatre athlètes par genre et par discipline pouvaient être choisis.

Chapeautée par Canada Alpin, l’équipe de ski cross, dévoilée la semaine dernière, a fait le plein. La médaillée olympique Britt Phelan, de Mont-Tremblant, est l’unique Québécoise sélectionnée. Hannah et Jared, sœur et frère, sont d’Ottawa, mais représentent le club de ski de Mont-Tremblant.

En saut acrobatique, toute l’équipe canadienne est québécoise. Marion Thénault et Lewis Irving étaient déjà qualifiés pour leurs premiers Jeux. Les recrues Flavie Aumond, Naomy Boudreau-Guertin, Miha Fontaine et Émile Nadeau complètent ce contingent aux allures de Québec Air Force nouvelle génération.

Miha est d’ailleurs le fils de Nicolas Fontaine, ancien champion mondial et quadruple athlète olympique qui a été un véritable architecte dans la reconstruction de l’équipe canadienne au centre de Lac-Beauport.

« Dans l’entrée chez nous, on a tous ses cadres avec ses médailles et les dossards olympiques, a relaté Miha, 18 ans. Je lui demandais : va-t-on pouvoir mettre le mien à côté ? C’est le fun de suivre ses traces, mais de le faire à ma manière. Je suis vraiment content. »

En descente acrobatique (slopestyle) et grand saut (big air), les jeunes Olivia Asselin, brillante médaillée de bronze aux X Games le week-end dernier, et Édouard Thérriault, en bronze à la Coupe du monde de Font-Romeu la semaine dernière, virevolteront maintenant sur les modules et rampes de Pékin.

À 17 ans, Asselin sera le plus jeune membre de toute l’équipe olympique canadienne.

« Nous allons envoyer le plus gros contingent de notre histoire avec un total de 24 athlètes qui disputeront 11 épreuves dans 5 disciplines, s’est félicité Peter Judge. Nous sommes enchantés de les voir entreprendre un tel parcours dans le but de poursuivre la fière tradition que Freestyle Canada s’est forgée aux Jeux. »

Le Québec revendique 13 des 32 partants canadiens à Pékin dans les disciplines de ski acrobatique. La plupart des athlètes s’envoleront dès mercredi de Vancouver pour rallier Pékin le lendemain, soit une semaine avant le début des compétitions.

L’équipe canadienne de ski acrobatique aux Jeux de Pékin

Bosses

Chloé Dufour-Lapointe (Montréal, QC)
Justine Dufour-Lapointe (Montréal, QC)
Laurent Dumais (Québec, QC)
Sofiane Gagnon (Whistler, C.-B.)
Mikaël Kingsbury (Deux-Montagnes, QC)
Dean Bercovitch (Whistler, C.-B.)

Entraîneurs

Michel Hamelin (Val-Morin, QC)
Freddy Mooney (Winter Park, CO, États-Unis)
Jim Schiman (Vancouver, C.-B.)

Sauts

Flavie Aumond (Lac-Beauport, QC)
Naomy Boudreau-Guertin (Boischatel, QC)
Miha Fontaine (​​Lac-Beauport, QC)
Lewis Irving (Québec, QC)
Émile Nadeau (Prévost, QC)
Marion Thénault (Sherbrooke, QC)
Jeff Bean (Ottawa, ON)

Entraîneur

Rémi Bélanger (Mascouche, QC)

Slopestyle/big air

Olivia Asselin (Lac-Beauport, QC)
Elena Gaskell (Vernon, C.-B.)
Teal Harle (Campbell River, C.-B.)
Evan McEachran (Oakville, ON)
Max Moffatt (Guelph, ON)
Megan Oldham (Parry Sound, ON)
Édouard Therriault (Lorraine, QC)
Sandy Boville (Barrie, ON)

Entraîneurs

JF Cusson (Sainte-Agathe-des-Monts, QC)
Toben Sutherland (Calgary, AB)

Demi-lune

Noah Bowman (Calgary, AB)
Simon d’Artois (Whistler, C.-B.)
Amy Fraser (Calgary, AB)
Rachael Karker (Erin, ON)
Brendan Mackay (Calgary, AB)
Cassie Sharpe (Comox, C.-B.)
Marc McDonell (Tofino, C.-B.)

Entraîneur

Trennon Paynter (Kimberley, C.-B.)