Une année complète sans jouer au hockey. Une participation au week-end des Étoiles de la LNH. Presque deux années de compétitions annulées par la pandémie de COVID-19.

Publié le 22 janvier
Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

Le cycle olympique menant aux Jeux de Pékin n’a été de tout repos pour aucune hockeyeuse sur la planète. Mais il a certainement été encore plus particulier pour la gardienne de but Ann-Renée Desbiens.

À quelques jours des Jeux, ses deuxièmes, mais ses premiers comme probable partante de l’équipe canadienne, elle se dit « finalement sur la pente montante sur des montagnes russes ». On comprend pourquoi.

Il est bon de se rappeler qu’après les Jeux de 2018, à PyeongChang, la native de Charlevoix croyait bien avoir tiré un trait sur ses années de hockeyeuse élite. Le cycle 2014-2018 et sa prolifique carrière dans la NCAA, à l’Université du Wisconsin, l’avaient laissée « mentalement fatiguée », avait-elle expliqué à La Presse en janvier 2020*. Elle envisageait, à l’époque, un « plan B ». Elle a donc terminé sa maîtrise en comptabilité et travaillé comme entraîneuse spécialisée.

Cela lui a donné le temps de s’ennuyer de la compétition. Elle a donc ressorti ses jambières avec, dans le viseur, une invitation à Pékin. Or, le hockey féminin, qui évoluait déjà largement dans l’ombre de son volet masculin, a vu ses institutions foudroyées par la COVID-19.

De nombreuses compétitions ont été annulées, notamment le Championnat du monde 2020. Celui de 2021 a bien failli passer à la trappe, mais il a été sauvé in extremis.

Les 24 derniers mois ont donc été consacrés très majoritairement à de l’entraînement, surtout à Montréal au centre d’excellence 21.02, puis à Calgary, après la centralisation de la sélection nationale.

À la fin de l’été, le Canada, propulsé par le but gagnant de Marie-Philip Poulin en finale, a remporté l’or au Mondial. Puis s’est amorcée la « série de la rivalité », tournée de neuf matchs contre les États-Unis. La série a été réduite à six rencontres après que les Canadiennes eurent affronté une éclosion de COVID-19 au sein de leur équipe.

Bref, l’analogie n’est pas exagérée lorsqu’Ann-Renée Desbiens parle du parcours « sinueux », même « tordu », qui l’a menée jusqu’à aujourd’hui.

Malgré tout, « je ne voudrais pas l’avoir fait différemment », dit-elle – encore qu’elle se serait bien sûr passée de la pandémie.

Elle estime que les épreuves lui font « apprécier encore plus le fait d’y retourner ».

« Quand ce n’est pas facile, on s’en souvient différemment. Ça rend l’expérience encore plus mémorable. »

En bonne posture

À quelques jours de son départ pour la Chine, Desbiens se dit satisfaite de sa « position » dans l’équipe.

Même si elle refuse de se décrire comme la numéro 1 de la formation, elle a certainement monté les échelons après avoir été la troisième gardienne à PyeongChang.

PHOTO JONATHAN ERNST, ARCHIVES REUTERS

Ann-Renée Desbiens en action dans la série de la rivalité contre les États-Unis, le 15 décembre 2021, à Maryland Heights, au Missouri

Et les signes ne mentent pas. Elle a défendu le filet canadien dans cinq des sept matchs du plus récent Mondial, y compris en demi-finale et en finale. Elle a alors vaincu deux fois les éternelles rivales américaines, et encore deux fois dans la série de la rivalité.

Danièle Sauvageau, entraîneuse bien connue, la décrit ouvertement comme l’une des trois meilleures gardiennes du monde.

Desbiens ne veut rien bousculer et insiste sur le fait qu’avec Emerance Maschmeyer et Kristin Campbell, qui en seront toutes les deux à leurs premiers Jeux, elle partage une relation basée sur l’entraide. Ultimement, « ce qu’on veut toutes les trois, c’est gagner une médaille d’or ».

Sur une base personnelle, elle se sait « certainement plus calme » qu’il y a quatre ans, plus à même de se concentrer sur ce qu’elle « peut contrôler ». Elle prend désormais ses décisions « sans regret ».

Elle dit en outre avoir gagné en confiance, ce qui tombe à point nommé alors qu’elle arrive comme la gardienne la plus expérimentée du groupe et qu’elle évoluera derrière une défense plus jeune qu’à PyeongChang ; seules deux défenseures ont déjà vécu l’expérience olympique.

Elle croit aussi avoir amélioré ses qualités athlétiques, notamment celles liées à la position de gardienne de but. Et, à 27 ans, elle estime avoir « encore du potentiel pour [s’]améliorer ».

Car, prévient-elle, un sourire dans la voix, « cette fois-ci, j’ai l’intention de continuer après ».

*Lisez « Ann-Renée Desbiens : “On n’est pas habituées à ça !” »