Marie-Philip Poulin se prépare pour ses quatrièmes Jeux olympiques et elle se pince encore quand elle réalise la chance qu’elle a de pouvoir passer l’année à se préparer avec ses coéquipières.

Publié le 20 janvier
Alexis Bélanger-Champagne La Presse Canadienne

Hockey Canada a l’habitude de regrouper ses joueuses à Calgary lors des années olympiques afin de peaufiner leur préparation. La vingtaine de hockeyeuses sélectionnées passe ainsi l’hiver dans un environnement professionnel.

« C’est un processus magique. Nous pouvons nous entraîner à temps plein, a raconté Poulin lors d’un récent entretien téléphonique avec La Presse Canadienne. Ce seront mes quatrièmes Jeux. Ça va vite quand vous aimez ce que vous faites. J’en profite beaucoup. »

Poulin a deux médailles d’or olympique et une d’argent à son palmarès. Elle a marqué cinq buts en trois finales olympiques. Aujourd’hui âgée de 30 ans, la hockeyeuse originaire de Beauceville est capable de prendre un peu de recul en revenant sur son long parcours et mettre les choses en perspective.

« Ma famille m’a beaucoup aidée dans ma carrière, a souligné celle qui est ambassadrice du Fonds d’aide de la fondation de Hockey Canada. Il y a beaucoup de personnes qui m’ont aidée à performer. J’en suis très reconnaissante. C’est difficile à mettre en mots. »

Parmi les personnes qui ont aidé Poulin dans son parcours, il y a sa coéquipière de longue date Lauriane Rougeau et ses parents, Monic Levasseur et Pierre Rougeau, qui l’ont accueillie à Montréal en 2007.

« Je sortais de la Beauce. Je n’avais pas grand-chose, a raconté Poulin. Il y a toute une deuxième famille qui m’a aidée à Montréal à poursuivre mon rêve de faire partie de l’équipe canadienne. Je n’aurais pas été capable de faire ça sans elle. »

Rougeau et Poulin se côtoyaient déjà l’été depuis quelques années, au sein d’une équipe féminine qui sillonnait la province pour participer à des tournois.

« Quand est venu le temps pour elle de prendre une décision pour son avenir, elle a pensé à Montréal, a expliqué Rougeau, qui a notamment participé aux Jeux de 2014 et 2018 aux côtés de Poulin. Mes parents ont parlé à ses parents pour suggérer de venir habiter chez nous afin de l’aider avec l’école et le hockey. C’est ce qui est arrivé.

« Ç’a été très difficile pour elle parce qu’elle ne parlait pas anglais et qu’elle est allée au secondaire et au cégep en anglais. Mais nous voyons aujourd’hui que ç’a été la bonne décision pour elle. »

Poulin a aussi rejoint les rangs des Stars de Montréal, dans la Ligue canadienne de hockey féminin, à son arrivée dans la métropole.

« Il y a des joueuses comme Kelly Sudia, Lisa-Marie Breton-Lebreux et Brittany Privée qui ont pris Marie-Philip sous leur aile, qui l’ont aidée à se sentir à l’aise, a souligné Rougeau. Ce n’était pas évident. Elle avait 16 ans et elle jouait contre des femmes professionnelles de 25-30 ans. C’était un autre défi pour elle. Ça l’a aidée dans son développement, et aussi comme leader. Elle a appris d’elles et s’est épanouie comme joueuse. »

Poulin a été nommée recrue par excellence de la LCHF cette saison-là. Aujourd’hui, elle est capitaine de l’équipe canadienne de hockey féminin.

Soif de revanche

Les États-Unis ont mis fin au long règne du Canada aux Jeux olympiques en 2018, triomphant en fusillade à Pyeonchang. Poulin l’admet sans détour, cette défaite a laissé un goût amer dans la bouche des Canadiennes, qui avaient triomphé lors des quatre Olympiades précédentes.

Plusieurs athlètes prétendraient avoir tourné la page sur cet échec, mais pas Poulin.

« Ç’a été une défaite crève-cœur. Elle a fait mal, a admis Poulin. Honnêtement, c’est une belle source de motivation et le feu brûle en nous ! »

Les Canadiennes ont assouvi une part de leur désir de revanche en battant les Américaines en finale du Championnat du monde de hockey féminin en août. Dame des grands moments, Poulin a inscrit le but vainqueur en prolongation.

Les deux équipes se sont également affrontées six fois cet automne en guise de préparation pour les Jeux de Pékin. Elles se sont partagé les honneurs des quatre premiers matchs, puis le Canada a remporté les deux derniers duels, chaque fois grâce à des buts de Poulin en prolongation.

Poulin s’était déjà fait un nom avec ses buts vainqueurs en finale des Jeux de Vancouver, en 2010, et de Sotchi, en 2014. Un but de Poulin dans les moments importants semble pratiquement être un automatisme dans le hockey féminin.

« Elle ne voudra jamais le dire comme ça, mais tout le monde sait qu’il y aura des étincelles quand elle est sur la glace, a affirmé Rougeau. Elle est une “gameuse”, elle veut aussi être sur la glace. Vous le voyez dans ses yeux, elle veut vraiment embarquer et faire la différence chaque fois qu’elle est sur la patinoire. »

Poulin a assisté à l’intronisation de son ancienne coéquipière Kim St-Pierre au Temple de la renommée du hockey en novembre. En vertu de ses buts mémorables et l’empreinte qu’elle laissera sur son sport, il est évident que son tour viendra rapidement une fois qu’elle aura accroché ses patins. Mais elle n’est pas pressée de le faire.

« C’est trop loin encore », s’est-elle exclamée à l’idée de recevoir un tel honneur.

Poulin a beau trouver que les années passent vite en faisant ce qu’elle aime, elle n’a pas terminé d’écrire son histoire.

Le tournoi olympique de hockey féminin se mettra en branle, le 3 février, quand le Canada affrontera la Suisse. La finale est prévue le 17 février.