Sébastien Toutant connaît la pression. Sauf que celle-ci a atteint un autre niveau au cours des dernières semaines. Pour décrocher sa place dans l’équipe olympique, le planchiste devait impérativement obtenir d’excellents résultats aux deux Coupes du monde de janvier. Et il y est arrivé.

Mis à jour le 19 janvier
Katherine Harvey-Pinard
Katherine Harvey-Pinard La Presse

« Je me sens comme si j’avais déjà accompli quelque chose avant même d’être rendu aux Jeux », lance Toutant en entrevue avec La Presse.

Quand minuit a sonné, le 1er janvier, l’athlète de 29 ans était en position précaire. Après avoir terminé aux 39e et 23rangs en Big Air aux deux premières Coupes du monde de la saison, il devait coûte que coûte obtenir de bons résultats aux deux suivantes, les dernières avant l’annonce de la composition de l’équipe olympique. Ça commençait à Calgary, le 1er janvier.

Force est de constater que « Seb Toots » n’a pas peur de la pression : il s’est emparé de l’or, rien de moins. Il croyait alors que ce résultat lui assurait pratiquement une place aux Jeux.

« [Mon] équipe disait que j’étais pas mal sûr, à 97 %, mais [finalement], en faisant le calcul, elle s’est rendu compte qu’il y avait bien des variables qu’elle n’avait pas calculées », explique le sympathique rider.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Sébastien Toutant

Il a donc dû concourir sous pression une nouvelle fois il y deux week-ends, à Mammoth Mountain, en Californie. « Je savais un peu ce que les autres gars devaient faire pour me dépasser [au classement], et je savais ce que j’avais besoin de faire pour qu’ils ne me dépassent pas », raconte-t-il.

Toutant n’a pas obtenu le « pointage espéré » (69,18) en finale, mais sa cinquième place était suffisante pour que Pékin passe d’objectif à réalité. C’est mercredi que l’équipe olympique a été annoncée officiellement par Canada Snowboard. « Je n’ai pas volé ma place », dit le principal intéressé.

J’ai dû travailler fort et on dirait que c’est encore plus spécial de savoir que je vais retourner [aux Jeux].

Sébastien Toutant

« Des fois, ta place va être assurée à l’avance, mais tu compétitionnes moins par la suite, ajoute-t-il. Là, je suis dans la compétition. J’ai dealé avec du stress. Je sais à quoi m’attendre pour les Jeux. »

Défendre son titre

Les Jeux de Pékin seront les troisièmes de Toutant. Il a d’ailleurs encore un souvenir très limpide de PyeongChang, où il a mis la main sur la médaille d’or en Big Air.

« C’est un moment marquant dans ma carrière et dans ma vie, évoque-t-il. Je vais toujours m’en souvenir. […] De sentir tout le soutien autour de toi et de réussir à répondre aux attentes, c’est vraiment spécial. Je ne vais jamais oublier ça. C’est sûr que je recherche quelque chose de similaire pour Pékin. »

À Sotchi et à PyeongChang, le Québécois a terminé en 9e et en 11place en slopestyle. Si son objectif principal demeure de défendre son titre en Big Air, une rédemption en slopestyle aurait aussi de quoi le rendre heureux.

« Ce n’est pas pour rien que je compétitionne dans les deux disciplines, c’est parce que j’aime les deux, note-t-il. Mais c’est sûr que le slopestyle, on dirait que j’ai un petit goût amer des derniers Jeux olympiques. J’aimerais réussir à atterrir une descente qui est au niveau de mes attentes. »

D’ici là, le planchiste est de retour à Montréal et il prévoit y rester quelques semaines pour s’entraîner. Il envisage de rejoindre l’équipe canadienne à Whistler ensuite.

« Dernièrement, j’ai été beaucoup sur la route, en voyage, dans mes valises, dit-il. D’être chez moi, de pouvoir m’entraîner à la maison, refocuser avant de faire le parcours vers la Chine, ça va juste faire du bien. »

Et la COVID-19 ?

Tout indique que les Jeux olympiques auront bel et bien lieu malgré l’explosion des cas de COVID-19 partout dans le monde. On devine que la plupart des centaines d’athlètes qui se rendront à Pékin feront tout en leur pouvoir pour ne pas contracter le virus d’ici là. Ou une fois sur place.

« C’est sûr que la COVID est une variable qui ajoute du stress un peu, reconnaît Sébastien Toutant. Moi, je fais un sport quand même risqué. Il y a les blessures, tu peux aussi être malade dans la vie de tous les jours. Mais en général, tu n’as pas à te soucier de faire des tests et penser que tu peux avoir un résultat positif à quelque chose. »

C’est triste de penser que certains athlètes vont avoir un test positif et manquer leurs Jeux. Il y a certains sports où tu ne t’entraînes que pour ça.

Sébastien Toutant

Le planchiste essaie de ne pas trop penser à tout ça, mais il s’assure tout de même de ne pas prendre de risques inutiles d’ici à ce qu’il embarque dans l’avion en direction de la Chine.

« On est rendus, on est prêts. Ce serait vraiment triste que j’aie un test positif. J’ai été vacciné, j’ai eu la COVID-19 l’été passé, je suis encore dans mon six mois [d’immunisation]. Je pense que j’ai pris pas mal toutes les précautions pour mettre les chances de mon bord. »

« J’espère vraiment que je vais rester négatif tout le long », ajoute-t-il.

Parions qu’il n’est pas le seul athlète à lancer ce souhait dans l’univers ces jours-ci.