(Tokyo) Une main hésitante, un témoin qui ne s’y dépose pas avec fluidité. Un autre passage un peu mal ficelé.

Simon Drouin
Simon Drouin La Presse

Drapeau unifolié sur les épaules, les relayeurs canadiens ont passé de longues minutes à observer les reprises du relais 4 x 100 m, tard vendredi soir. Comme pour comprendre ce qui avait pu clocher.

Devant eux, dans les gradins, les nombreux membres de la délégation italienne chantaient et dansaient après cette autre médaille d’or improbable de Marcell Lamont Jacobs et des siens. Même les journalistes se sont joints à la fête.

Le jeune Filippo Tortu n’a pas fait honneur à son nom et s’est déployé pour devancer le Britannique Nethaneel Mitchell-Blake par un petit centième (37,50 s, contre 37,51 s).

PHOTO CHARLIE RIEDEL, ASSOCIATED PRESS

L'Italien Filippo Tortu

Andre De Grasse, lui, avait reçu le témoin au cinquième rang, derrière la Chine et la Jamaïque. Le champion olympique du 200 m a accéléré, mais n’a pas eu assez de temps pour remonter les deux premiers.

Le Canada a gagné le bronze en 37,70 s. De Grasse a ainsi remporté sa sixième médaille en six finales olympiques. Il est aussi devenu l’athlète olympique masculin le plus médaillé de l’histoire au Canada, dépassant Phil Edwards. Seule Penny Oleksiak le dépasse avec sept.

Malgré ce moment historique, un autre, la déception prédominait dans le camp canadien.

PHOTO NATHAN DENETTE, LA PRESSE CANADIENNE

Andre De Grasse n'a pas été en mesure de rattraper Nethaneel Mitchell-Blake pour la 2e place. Le Canada termine 3e du relais 4 x 100 m.

Les gars et moi-même, on en voulait plus. On pensait qu’on avait une chance de gagner l’or.

Andre De Grasse

« Mais je suis super reconnaissant de monter sur le podium pour la sixième fois, a poursuivit De Grasse. Si vous m’aviez dit que je serais monté sur le podium une sixième fois à ce stade-ci [de ma carrière], c’est simplement fou. C’est un rêve qui devient réalité pour moi et je suis juste reconnaissant envers ces gars. »

Aaron Brown, le premier relayeur, a qualifié son coéquipier de « plus grand de tous les temps ». « Il mérite ses fleurs. Il se présente à chaque championnat, peu importe comment il va durant la saison. Tu sais qu’Andre De Grasse va se présenter et gagner des médailles. Je lui lève mon chapeau. C’est mon homme. »

La prochaine fois, a espéré Brown, ils réussiront à mettre De Grasse en meilleure position pour décrocher la victoire. Son passage de témoin avec Jerome Blake a été particulièrement laborieux, ce qui a coûté de précieux centièmes, pour ne pas dire dixièmes, aux Canadiens.

« Peut-être la différence entre l’argent et le bronze », a estimé Bruny Surin, médaillé d’or à cette épreuve il y a un quart de siècle à Atlanta.

Les Canadiens sont passés à six centièmes du record national établi à Rio en 2016, qui lui-même faisait tomber la vieille marque d’Atlanta. Ils avaient remporté le bronze à la suite de la disqualification des Américains pour avoir mordu le couloir. Ces derniers n’étaient pas de la finale à Tokyo après une contre-performance en demi, à la grande indignation de Carl Lewis.

PHOTO NATHAN DENETTE, LA PRESSE CANADIENNE

Andre De Grasse, Brendon Rodney, Aaron Brown et Jerome Blake

Brendon Rodney, troisième relayeur, a rappelé qu’il avait attrapé la COVID-19 lors d’un camp en Louisiane plus tôt cette année, ce qui a réduit les occasions de s’exercer aux passages de témoin. De Grasse n’y était pas puisqu’il attendait la naissance d’un troisième enfant pour le couple.

Brown, aussi, n’avait pas l’habitude de partir premier. « J’ai peut-être eu trois échanges avec Jerome. La chimie n’était pas aussi fluide qu’elle l’est normalement avec cette équipe. »

Ça aurait pu être pire : les Japonais, médaillés de bronze à Rio, ont totalement raté le premier échange, ce qui a mis un terme à leur course et provoqué un minidrame national.

À 26 ans, Andre De Grasse se projette déjà vers les prochains JO en 2024. « Trois en trois à Rio, trois en trois ici, je suis super content de mes six médailles. Je vais essayer de continuer à m’améliorer de jour en jour et penser à essayer de le refaire à Paris dans quelques années. »

Se disant « épuisé » et « brûlé », il avait surtout hâte de rejoindre les siens après la cérémonie à laquelle il compte participer. « Ça va être un vol de 18 heures pour revenir. Je suis juste content de rentrer à la maison. Ma famille et mes enfants me manquent. Je vais prendre ça relax, jouer au père et avoir du fun avec mes enfants. »

Avec six médailles, deux pour chacun, il n’y aura pas de chicanes.