(Tokyo) L’haltérophilie a eu ses moments de gloire aux Jeux olympiques de Tokyo, mais ils pourraient bien être ses derniers à la grande fête du sport.

James Ellingworth The Associated Press

Au sein de l’équipe canadienne, le triomphe de la Québécoise Maude Charron, qui a décroché l’or chez les 64 kg, a permis à bien des gens de découvrir une discipline méconnue.

À l’échelle internationale, la participation de Laurel Hubbard a permis de franchir une nouvelle étape en matière d’inclusion. Elle est devenue la première femme transgenre à prendre part à une épreuve olympique d’haltérophilie.

Après avoir échoué à ses trois tentatives de soulever la barre, Hubbard a remercié la Fédération internationale d’haltérophilie pour sa vision inclusive et son « soutien extraordinaire ».

D’autres pays ont pu célébrer de rares occasions de médailles comme les Philippines et le Turkménistan.

Mais maintenant que la fête est finie, l’haltérophilie se retrouve seule avec ses vieux démons : le dopage, les guerres intestines et la corruption.

La discipline n’a toujours pas de place confirmée en vue des Jeux de Paris en 2024. Le Comité international olympique (CIO) attend de voir si la Fédération internationale d’haltérophilie va parvenir à instaurer les réformes promises de longue date.

« On fait de notre mieux pour prouver que le sport est propre, pour montrer au CIO que l’haltérophilie a un avenir une fois qu’on se sera réorganisé », a déclaré jeudi à l’Associated Press l’un des deux représentants des athlètes sur le comité de la fédération, Forrester Osei.

Osei a dit avoir parlé au président du CIO, Thomas Bach, à Tokyo, et celui-ci lui aurait affirmé qu’il n’avait pas envie d’exclure l’haltérophilie du grand rendez-vous sportif.

« Il veut seulement voir l’esprit sportif rétabli dans notre discipline et il veut voir que les athlètes sont bien traités », a rapporté Osei.

Dopage

Le dopage est l’un des plus profonds problèmes de l’haltérophilie, tout comme c’est le cas en athlétisme et en cyclisme. La question qui subsiste est : « Est-ce que le public peut croire ce qu’il voit ? »

À Tokyo, la compétition s’est terminée avec un coup d’éclat, mercredi, quand Lasha Talakhadze a battu trois records du monde et levé 488 kilogrammes, soit plus que n’importe qui dans l’histoire du sport.

Le problème, c’est que le Géorgien aux levers explosifs a dû purger une suspension de deux ans, en 2013, après avoir été déclaré positif à un type de stéroïdes interdit.

Dans la même épreuve, le médaillé de bronze Man Asaad, de Syrie, a lui aussi été suspendu dans le passé. De plus, le champion en titre des Jeux panaméricains, le Brésilien Fernando Reis, a été exclu pour avoir échoué à un test antidopage en juin dernier.

Malgré tout, les haltérophiles affirment que le sport a progressé depuis ses années sombres, aux jeux de 2008 et 2012, quand plus de 30 médailles ont été retirées à des athlètes dopés.

D’ailleurs, au moment de son couronnement, la semaine dernière, Maude Charron a rendu hommage à sa prédécesseure Christine Girard, qui aurait dû remporter l’or à Londres en 2012. Girard avait d’abord obtenu le bronze avant de se voir accorder la médaille d’or longtemps après les JO, quand il a été déterminé que les deux premières athlètes étaient dopées au stanozolol.

Pour Charron, le fait de gagner l’or sur place, à Tokyo, est un signe que la discipline a fait du progrès.

Corruption et querelles

Ces problèmes ont grevé le sport durant les 45 années de règne de Tamas Ajan, qui a été secrétaire général de la fédération pendant 25 ans avant d’en devenir président pendant 20 ans. Il a finalement démissionné l’an dernier.

Une enquête menée par le Canadien Richard McLaren a révélé que des cas de dopage avaient été camouflés, que des amendes avaient été payées en billets comptants et que plus de 10 millions avaient disparu des coffres. Ajan a nié toute inconduite à la suite du rapport du professeur de droit.

Le vice-président de la fédération, Nicu Vlad, et l’un de ses administrateurs, Hasan Akkus, ont été suspendus en juin. On les accuse d’avoir entravé des enquêtes pour dopage.

La fédération doit tenir un congrès à la fin août lors duquel des réformes devraient être adoptées à sa constitution. De nouvelles élections au conseil d’administration devraient suivre.