Médaille d’argent au cou, bague de fiançailles toute neuve au doigt et sourire aux lèvres, Jennifer Abel était sereine à son arrivée à la place Nadia-Comaneci, jeudi matin. Elle s’est entretenue avec les médias, sous les yeux admiratifs de quelques enfants qui n’ont pas manqué de la reconnaître alors qu’ils passaient par là avec leurs parents.

Katherine Harvey-Pinard
Katherine Harvey-Pinard La Presse

« En paix », « sereine », « zen », « heureuse », « bien » : voilà quelques qualificatifs employés par Jennifer Abel pour exprimer ce qu’elle ressent, deux jours après son retour de Tokyo. Ça en dit long sur son état d’esprit.

Ces Jeux étaient officiellement les derniers de la plongeuse. C’est ce qu’elle a laissé savoir dans une publication Instagram, quelques minutes avant la conférence de presse.

« Le rideau est tombé, a-t-elle écrit. Ces Jeux olympiques de Tokyo étaient mes quatrièmes et mes derniers. Le voyage olympique a été fabuleux. »

Ce parcours olympique, qui aura duré 14 ans, se termine avec une médaille d’argent remportée au 3 m synchronisé avec sa partenaire Mélissa Citrini-Beaulieu. Mesure-t-elle l’ampleur de tout ce qu’elle a accompli ?

PHOTO DMITRI LOVETSKY, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Le parcours olympique de Jennifer Abel se termine avec une médaille d’argent remportée au 3 m synchronisé avec sa partenaire Mélissa Citrini-Beaulieu.

« Il faut qu’on me le dise. […] C’est difficile de nous le rappeler et de le savoir nous-mêmes. Mais une des choses que j’ai énormément travaillées depuis Rio, c’est accepter qui je suis en dehors de mes médailles et être reconnaissante du soutien que j’ai eu pendant toutes ces années. »

La jeune Jennifer Abel, qui avait 16 ans lors de ses premiers Jeux à Pékin, en 2008, a fait beaucoup de chemin. Elle n’est plus la même personne, ni la même femme, dit-elle.

« Mais il y a toujours cette petite voix de la petite Jen qui était là, qui s’amusait, qui voulait toujours donner plus, poursuit-elle. C’est justement en pensant à elle que j’ai pu survivre à ces Jeux-là, à mon retour de Rio aussi parce que c’était important de me rappeler comment j’ai eu autant de succès et comment je suis arrivée là où je suis aujourd’hui. »

Lorsqu’on lui demande ce qui s’en vient pour elle, la plongeuse est claire : pour l’instant, elle compte encourager ses collègues canadiens qui sont encore en action au Japon. Et se reposer. Pour la suite, on verra.

« Je pense que c’est le temps pour moi d’apprécier le fait d’être zen, parce que ça fait des mois, voire années, que je n’ai pas été aussi zen. Je veux le savourer et ne pas me relancer dans quelque chose tout de suite sur des coups de tête impulsifs. »

« Je me suis mise à pleurer, à trembler »

Quiconque a suivi Jennifer Abel sur Instagram pendant son parcours aux Jeux olympiques a vu les photos de son conjoint, le boxeur David Lemieux, qui n’a raté aucune de ses performances. Quelle que soit l’heure, il était scotché à son écran pour encourager sa douce.

« Il se couchait à 5 h et allait s’entraîner le lendemain à 8 h, relate Abel. C’était assez drôle parce que quand je suis revenue, j’étais sur le décalage horaire, mais lui aussi ! »

Évidemment, Lemieux s’est rendu à l’aéroport pour le retour au Québec de la plongeuse, mardi. Les amoureux se retrouvaient enfin après six semaines à distance.

« J’ai vu David qui était habillé chic, mais je ne comprenais pas pourquoi, raconte l’olympienne. En fait, je me suis juste dit qu’il devait penser que les médias allaient être là. Quand il fait une tournée médiatique, il est tout le temps habillé chic. »

Sauf qu’en plus d’être habillé chic, il cachait dans sa poche un petit écrin…

« On était super contents de se voir, et là, je l’ai vu sortir une petite boîte de sa poche, mais je ne voulais pas regarder… Je ne sais pas, ça s’est tellement passé vite. “Est-ce que ça arrive vraiment ? Non, ce n’est pas ça” », lance-t-elle quand elle décrit ce qui s’est passé dans sa tête à ce moment.

« Après ça, je l’ai vu mettre son genou à terre. Je me suis mise à pleurer, à trembler. Je ne pouvais pas croire que ça se passait. Comme on se l’est dit, c’est une belle façon pour nous de commencer un nouveau chapitre. Ça va être un chapitre aussi beau que celui qu’on vient de vivre. »

Pour ceux qui ne l’auraient peut-être pas encore compris : elle a dit oui.

Au sujet de Benfeito

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Meaghan Benfeito

Éliminée hâtivement en demi-finale du 10 m, jeudi, la plongeuse québécoise Meaghan Benfeito était inconsolable. Jennifer Abel a pu parler à sa collègue au cours des dernières heures. « Comme je le lui ai dit, tout va être correct, relate-t-elle. […] Elle est super forte, elle s’est battue pour être là. Elle a de quoi être fière parce que ça n’a pas été facile pour elle, surtout cette année. Une fois revenue à la maison, qu’elle sera entourée de sa famille et des gens qui l’aiment, je pense qu’elle va se rendre compte que ça n’a pas été sa journée, mais que ce n’est pas une fatalité. C’est ce que je lui souhaite, parce que Meg est une femme formidable. C’est une athlète exceptionnelle aussi. »