(Tokyo) « Fébrile », « très nerveuse », Laurence Vincent Lapointe mesurait l’ampleur du moment.

Simon Drouin
Simon Drouin La Presse

Pas seulement parce qu’elle disputait sa première course internationale en plus de deux ans. Aussi parce que le canoë féminin faisait ses débuts aux Jeux olympiques, un baptême qu’elle attendait depuis son premier titre mondial en 2010.

« Même si on essaie de ne pas y penser, ça vient toujours te trotter un peu dans la tête, surtout sur la ligne de départ. OK, est-ce que je peux juste penser à la course ? »

Quand le signal a été donné, elle y est parvenue.

La canoéiste de Trois-Rivières a remporté relativement facilement sa vague de qualifications pour passer directement en demi-finales du C1 200 m, mercredi midi, au Canal de la forêt de la mer de Tokyo.

Vincent Lapointe a enregistré le deuxième temps des cinq vagues. Après un bon départ, la sextuple championne mondiale a dû résister au retour de la Russe Olesia Romasenko, deuxième en 46,126 s.

« Dès le début, j’ai vu que j’avais pris de l’avance un peu. Ça allait bien. Je me suis juste concentrée sur rester forte jusqu’à la fin. »

Dans des conditions « pas idéales », en raison d’un vent trois quarts dos, elle a franchi la distance en 45,408 s.

« C’est beau dire : il y a un vent de dos. Mais si le vent de côté modifie un peu notre direction, ça ralentit. Honnêtement, je n’arrivais pas avec un chrono en tête. Je me disais juste : je veux bien ramer, faire une bonne course, c’est tout. Je suis satisfaite. Je n’ai pas fait un mauvais chrono. J’ai le deuxième temps de pas très loin. »

L’Américaine Nevin Harrison, 19 ans, a facilement dominé la deuxième vague de qualifications, enregistrant un chrono de 44,938 s, le meilleur de la journée. Seule représentante des États-Unis en canoë-kayak de vitesse à Tokyo, la jeune femme a gagné le dernier titre mondial en jeu en 2019 à l’âge de 17 ans, un record de précocité dans la discipline.

Vincent Lapointe s’attend à une « course excitante » contre l’Américaine, à qui elle ne s’est jamais mesurée.

« [Le chrono], ça ne veut rien dire. On n’était pas dans la même course. C’est dans la demi et la finale qu’on va voir comment ça va. »

Le cauchemar du test antidopage positif

Habillée d’une veste réfrigérante, la Québécoise de 29 ans a pris une chaise et cherché de l’ombre avant de répondre aux questions. Elle avait retardé son point de presse pour effectuer son retour au calme sur l’eau. Manifestement, chaque détail compte pour la multiple championne mondiale.

Sacrée pour la première fois en 2010, Vincent Lapointe rêvait depuis longtemps de cette toute première épreuve olympique en canoë féminin.

Ce désir a bien failli tourner au cauchemar à l’été 2019 quand un test antidopage positif au ligandrol, une substance interdite, lui a valu une suspension provisoire de la fédération internationale. Elle a donc raté les Championnats du monde quelques semaines plus tard en Hongrie.

Après une longue bataille judiciaire, le Tribunal arbitral du sport l’a exonérée de tout blâme en janvier 2020, acceptant la justification de la Canadienne : la petite quantité de ligandrol s’était retrouvée dans son organisme à la suite d’une relation sexuelle avec son ex-copain.

Le printemps dernier, Vincent Lapointe a raté sa sélection directe pour Tokyo en terminant deuxième derrière sa compatriote Katie Vincent aux Essais nationaux en Colombie-Britannique. L’Ontarienne a réussi le meilleur temps de sa vague (46,391 s) pour accéder elle aussi directement aux demi-finales de jeudi.

PHOTO MAXIM SHEMETOV, REUTERS

Katie Vincent

Canoë-Kayak Canada a cependant attribué un quota de kayak au canoë féminin à la suite d’un barrage présenté à la fin du mois de juin au bassin olympique de Montréal. Vincent Lapointe a eu le meilleur sur les kayakistes Lissa Bissonnette, qui croyait sa place pour Tokyo garantie un mois plus tôt, et Courtney Scott.

Vincent Lapointe n’a donc su qu’à la dernière minute qu’elle pourrait prendre le départ dans la capitale nippone.

Ma préparation mentale a été tellement complète qu’en arrivant ici, au lieu de capoter, j’ai juste fait : c’est ça que je devais faire et c’est tout. Je réalise que je suis aux Jeux, je suis extrêmement excitée à cette idée, mais je le gère bien !

Laurence Vincent Lapointe

La Canadienne soutient avoir été bien accueillie par la majorité des autres concurrentes, qui ne l’avaient pas vue depuis sa suspension.

« J’ai prouvé que je pouvais être ici. J’ai tout fait pour y arriver dans les dernières années. Je le mérite. Si quelqu’un est toujours fâché, je n’y peux rien. Je vais faire de mon mieux. »

De Jonge stoppé

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Mark de Jonge

Vincent Lapointe et Vincent sont les deux seuls membres de l’équipe canadienne qui ont directement atteint les demi-finales, mercredi. Sans surprise, les kayakistes Mark de Jonge, Nicholas Matveev (K1 200 m) ainsi que Vincent Jourdenais et Brian Malfesi (K2 1000 m) ont dû passer par les quarts de finale. Deuxième de sa vague, Matveev a assuré sa place en demi-finales. Troisième de la sienne, De Jonge, médaillé de bronze à Londres, s’est tristement arrêté à cette phase. À Tokyo, l’ancien double champion mondial se concentre cependant sur le K4 avec Matveev, Simon McTavish et Pierre-Luc Poulin, dont les qualifications seront disputées vendredi. Jourdenais et Malfesi attendaient leur départ au moment de publier.