(Tokyo) Entrés en fanfare dans l’arène olympique, les frères Mickael et Bassa Mawem se sont glissés mardi en finale de l’escalade, nouveau sport des JO de Tokyo, avec un cocktail d’épreuves déroutant pour les purs spécialistes.

Coralie FEBVRE Agence France-Presse

« C’est un format plutôt brutal » comme si « on faisait courir un 100 m et un 1500 m » aux mêmes athlètes, a résumé en zone mixte l’Australien Tom O’Halloran, les doigts brûlés par cet enchaînement dans la moiteur de la capitale japonaise.

À ce jeu, le Français Mickaël Mawem, 30 ans, a pris la tête du classement général en améliorant son record en vitesse (3e) puis en survolant l’épreuve de bloc (1er), s’assurant une place parmi les huit candidats au podium de jeudi avant même l’épreuve de difficulté (11e).

« Ces deux dernières années, après ma qualification, je me suis entraîné juste pour ce jour-là », a-t-il confié, radieux d’avoir pu « tout donner énergétiquement, nerveusement », en prenant « les bonnes décisions au bon moment ».

Vainqueur en 2018 et 2019 de la Coupe du monde de vitesse, son frère Bassa, 36 ans, avait dominé cette première épreuve en gravissant le mur de 15 m de haut en 5 sec 45. Mais il a peiné en bloc (18e) et, surtout, s’est blessé au bras en difficulté (20e), rendant incertaine sa présence en finale.

Sprint vertical

Pour les vingt grimpeurs en lice à Tokyo, l’heure était historique : née dans les montagnes, redescendue en falaise puis réinventée sur les parois urbaines en résine, où elle connaît un succès croissant, l’escalade fait son entrée aux Jeux.

Mais si cette discipline, l’une des rares à défier la gravité, a acquis le statut de « sport additionnel » et l’assurance d’être aussi présente lors des JO-2024 de Paris, c’était avec un quota minimal et un seul podium par sexe.

D’où le redoutable « combiné » conçu pour réunir les trois spécialités présentes en Coupe du monde-vitesse, bloc et difficulté-, si différentes qu’aucun concurrent ne les conjuguait jusque-là à haut niveau.

« Il y a tant de manières différentes de grimper », a rappelé la vedette tchèque Adam Ondra, 5e des qualifications. « Vous pouvez gravir une paroi d’un mètre ou de mille, et ce sera toujours de l’escalade ».

Pour ouvrir le bal, les grimpeurs ont disputé l’épreuve la plus télégénique : la vitesse, sprint vertical fait de puissance et d’automatismes, mille fois répété sur un parcours toujours identique, jusqu’à atteindre sur chaque appui la précision d’un gymnaste.  

Lycéen et voltigeur

Mais la hiérarchie a été bousculée par les quatre passages en « bloc », soit autant de casse-têtes à résoudre en cinq minutes et sans assurage sur un mur de 4,5 mètres de haut, poussant à l’extrême la prise de risques et la créativité.

Et on y a vu toute la palette qu’offre ce laboratoire du mouvement : des successions de jetés, des passages tête en bas, suspendu par la pointe des chaussons, des mains en sang et des chutes à quelques centimètres du bonheur.

Avec Mickael Mawem et le Japonais Tomoa Narasaki (finalement 2e) aux commandes, restait à affronter le Graal des puristes, trait d’union entre la salle et les exploits en falaise : la difficulté.

Conduits au pied de la paroi de 15 m de haut pour la découvrir et la mémoriser, les grimpeurs ont eu six minutes et une seule tentative pour s’y attaquer, en dosant puissance et justesse technique, les bras brûlés par l’acide lactique.

L’heure des voltigeurs était arrivée : celle du puissant Autrichien Jakob Schubert, 30 ans et ramené à la 4e place du général, ou du prodige américain Colin Duffy, 17 ans et 3e au général : « être au lycée tout en préparant les Jeux, c’était clairement un défi », a-t-il raconté.