(Tokyo) L’Éthiopien Selemon Barega a décroché le premier titre de l’athlétisme des Jeux olympiques de Tokyo, en dominant vendredi le grand favori ougandais du 10 000 m Joshua Cheptegei au terme d’une course étouffante.

Keyvan NARAGHI Agence France-Presse

Longtemps placé, le champion d’Europe Morhad Amdouni a coincé dans l’emballage final mais pris une honorable 10e place, terminant premier européen en 27 min 53 sec 58. Il doit encore courir le marathon le 8 août.

Comme de tradition, Selemon Barega s’est emparé du drapeau rouge jaune et vert de l’Éthiopie, a salué une grappe remuante de « supporters » issus de sa délégation, avant d’effectuer un drôle de tour d’honneur devant les travées vides du grand stade olympique de Tokyo.

Mais rien n’était trop grand vendredi pour le vice-champion du monde du 5000 m, vainqueur à 21 ans au finish d’une course indécise, pour inscrire fièrement son nom sur le palmarès du 10 000 m à la suite des légendes de son pays Kenenisa Bekele (titré en 2004 et 2008), Haile Gebrselassie (1996 et 2000) ou encore Tirunesh Dibaba chez les femmes (2008 et 2012).

« Marquer l’histoire »

« Gagner ici c’est une manière de marquer l’histoire puisque Abebe Bikila avait gagné le marathon à Tokyo en 1964 et je suis très fier de ça. J’avais déjà l’expérience de victoires sur des courtes distances donc j’étais très confiant dans les 400-200 derniers mètres. Mais ça a été une grosse lutte », a indiqué le vainqueur.

Ce 10 000 m ouvre une nouvelle ère du fond mondial après le « double-double » du Britannique Mo Farah (titres sur 5000 et 10 000 m en 2012 et 2016), qui avait échoué fin juin à se qualifier pour Tokyo.

Cette ère devait être celle de Joshua Cheptegei, grand favori à 24 ans après avoir battu le record du monde de la distance (26 : 1100) en octobre 2020. Mais l’Ougandais, champion du monde en titre et également recordman du monde du 5000 m, a du se contenter de la 2e place juste devant son compatriote Jacob Kiplimo.

Barega a maîtrisé les attaques de cette course faite d’à-coups et disputée dans des conditions étouffantes (environ 30 degrés et 93 % d’humidité), avant de porter l’accélération décisive dans le dernier tour.

L’Ethiopien est jeune (21 ans), mais son nom résonne pour l’athlétisme international depuis 2017 et sa 5e place aux Mondiaux de Londres sur 5000 m à seulement 17 ans.

Cet enfant de fermier de la zone Gurage, dans le sud de l’Ethiopie, a couru toute sa vie comme ses sept frères et sœurs, d’abord pour aller chercher de l’eau, pour un simple achat, ou partir à l’école.

Fan de football et de Manchester United, il a prévu de se consacrer à la course sur route après les Jeux, où il n’est pour l’instant pas inscrit sur 5000 m, contrairement à Cheptegei, qui aura une nouvelle occasion de décrocher un premier or olympique (finale le 6 août).

Une occasion en moins pour Felix

L’Ougandais a montré qu’il n’était pas infaillible, comme l’avait laissé voir son raté sur le 5000 m de Florence en juin (seulement 6e).

« Mon plan était d’attendre les trois derniers tours et d’accélérer mais je n’étais pas à l’aise avec mon tendon. Cette année a été très dure pour moi, j’ai cette douleur depuis avril. Cela m’a empêché d’attaquer et j’étais obligé de juste suivre le rythme », a-t-il expliqué.

Avant la seule finale pour clore la soirée, la surprise est venue de la disqualification en séries du relais 4x400 m mixte américain pour une faute lors d’un passage de relais.

Ménagée vendredi, la star Allyson Felix aura ainsi une occasion de moins de gonfler son total de médailles (9 dont 6 titres) et de dépasser la légende Carl Lewis (10 médailles dont 9 titres). Déjà l’athlète féminine la plus médaillée de l’histoire, elle ne pourra pas égaler le record du Finlandais Paavo Nurmi (12 médailles) puisqu’elle doit désormais disputer le 400 m et le relais 4x400 m femmes.