Les nageuses Mary-Sophie Harvey et Katerine Savard applaudissent la sortie de la gymnaste Simone Biles.

Simon Drouin
Simon Drouin La Presse

Le retrait percutant de la vedette de la gymnastique Simone Biles a résonné fort chez les athlètes. Il a provoqué une discussion entre les nageuses Katerine Savard et Mary-Sophie Harvey, qui souhaitent que la sortie de l’Américaine mette en lumière les enjeux de santé mentale chez les athlètes.

« Ça prend tellement de force, tellement de courage », s’est exclamée Harvey après la finale du 4 x 200 m libre, jeudi midi, où le Canada a terminé au pied du podium. L’athlète originaire de Trois-Rivières avait pris part aux préliminaires en compagnie de Savard.

« Chaque athlète fait face à des obstacles, a ajouté Harvey. Malheureusement, on ne les voit pas toujours. Comme athlète, on est catégorisé invincible. Simone Biles, c’est l’image, l’icône des États-Unis et de la gymnastique. On dirait qu’elle n’a pas droit à l’erreur. La vérité, c’est que chaque personne est humaine et tout le monde fait des erreurs une fois de temps en temps. Tout le monde a besoin d’aide. »

Dans un article de la section « Podium » sur le site web de Radio-Canada, la nageuse de 21 ans a témoigné de ses propres difficultés au fil de sa carrière. Une dépression l’a même menée à une tentative de suicide peu de temps avant sa participation aux Jeux panaméricains de 2019, où elle a gagné quatre médailles.

De son côté, Savard a vécu sa part de remises en question après sa médaille de bronze au relais aux JO de Rio en 2016. Deux ans plus tard, elle a arrêté le sport pendant des mois avant de graduellement retrouver l’amour de la natation.

« Le sport de haut niveau, c’est difficile, a fait valoir l’athlète de 28 ans. Ça n’a pas l’air de ça parce qu’on voit les gens sur le podium. C’est ce dont on entend parler. Mais ce qui se passe à l’extérieur, ce que ça prend pour se rendre jusque-là, l’après-podium où on a l’air d’être sur un nuage… Ce n’est pas vrai que tout le monde le vit comme ça. »

Ressources insuffisantes

Les ressources sont-elles suffisantes ? « À 100 % non, a tranché Harvey. Je pense que c’est mieux, ça commence à faire parler. C’est bien, il faut continuer, parce que tout le monde a ses [côtés sombres], ses obstacles. On dirait qu’on a peur de le dire parce qu’on ne veut pas être jugé. »

Selon Savard, « trop d’athlètes sont laissés à eux-mêmes devant ces difficultés ». En ce sens, les déclarations de Biles et leur retentissement international pourraient contribuer à faire évoluer les mentalités.

« J’espère que ça va ouvrir les yeux du monde, a souhaité Savard. Un athlète, c’est avant tout un être humain. Et un être humain, ça a des sentiments, des émotions. C’est juste important de normaliser le fait que ce n’est pas toujours facile. Vraiment pas. »

Harvey conclut que les athlètes de tous les niveaux pourraient en tirer profit : « Je pense que ça va inspirer les autres, de voir une icône dans le monde du sport dire qu’elle a des problèmes mentaux également. Elle est humaine, ça va faire du bien pour les jeunes, qui sont peut-être dans cette situation-là et qui ne veulent pas le dire. »

Le gestionnaire supérieur des communications de Natation Canada, Nathan White, a précisé que la fédération offrait aux athlètes brevetés un accès au programme d’aide de ses employés par l’entremise du cabinet Morneau Sheppell.

« Ils peuvent recevoir des services et du soutien de façon confidentielle et nous avons accru les ressources proposées pendant la pandémie », a-t-il souligné. La psychiatre du sport Carla Edwards fait également partie intégrante du personnel de soutien de l’équipe depuis le stage préparatoire de Vancouver.

Le relais mixte ne passe pas

Le relais mixte, dont Savard assurait la portion du papillon, s’est classé 13e des préliminaires, à 2,60 s de la 8place et d’une qualification pour la finale de vendredi matin. Le Canada ne figurait pas parmi les prétendants à cette nouvelle épreuve au programme des JO.