(Yokohama) Au téléphone, Danielle Lawrie essayait de consoler sa fille de 7 ans, découragée. Madison était en pleurs.

Joshua Clipperton La Presse Canadienne

Une défaite crève-cœur contre le Japon, quelques heures plus tôt, signifiait que les joueuses de l’équipe de softball du Canada ne reviendraient pas des Jeux olympiques de Tokyo avec une médaille d’or autour du cou.

« Chérie, dans le sport, il n’y a rien de garanti », a fait remarquer Lawrie, qui en est à sa dernière aventure au sein du programme national, à son aînée.

Tu as la capacité de te lever et de travailler avec ardeur. C’est tout ce que nous pouvons contrôler.

Danielle Lawrie

La releveuse et ses coéquipières bataillaient avec acharnement depuis un certain temps déjà. À travers les déceptions, la chaleur, la pandémie et l’incertitude que tout ce dur labeur rapporterait des dividendes, en fin de compte.

Mais lorsque Lawrie retrouvera Madison et Audrey, sa sœur cadette de 4 ans, à l’aéroport plus tard cette semaine, elle pourra leur montrer quelque chose qui prouve que tous ces sacrifices en auront finalement valu la peine.

Le quatrième retrait au bâton de Lawrie en deux manches et un tiers de travail, mardi, a concrétisé une victoire de 3-2 du Canada face au Mexique lors du match pour la médaille de bronze.

Du coup, pour la première fois de son histoire, le Canada a touché à l’une des marches du podium en softball olympique.

« Dans une conversation comme ça avec une enfant de 7 ans […], peut-être qu’elle n’en saisit pas toute l’importance sur le coup, a déclaré Lawrie. Mais dans l’avenir, elle se dira : “Si ma mère est capable de faire quelque chose qui la passionne, pourquoi ne pourrais-je pas ?” »

PHOTO ADRIAN WYLD, LA PRESSE CANADIENNE

Kelsey Harshman a fait marquer le point gagnant pour le Canada dans le match pour la médaille de bronze.

Kelsey Harshman a fait marquer le point brisant l’égalité grâce à un ballon sacrifice et Emma Entzminger a ajouté deux points produits pour assurer au Canada cette troisième place, 13 ans après une douloureuse quatrième place aux Jeux olympiques de Pékin en 2008.

Quatre vétéranes de cette équipe – Lawrie, Jenn Salling, Lauren Regula et Kaleigh Rafter – se sont présentées à ces Jeux en quête de rédemption.

Elles voulaient l’or, mais le bronze leur a tout de même mis un sourire sur le visage.

Ça vaut plus que tout.

Jenn Salling

« Je n’ai jamais joué avec une meilleure équipe et la culture en place est l’une des meilleures que j’ai connues, a déclaré celle qui, à l’âge de 34 ans, prendra sa retraite. Sur le plan personnel, c’est le meilleur cadeau qu’on pouvait me faire. Je ne peux pas trouver les mots pour décrire ce que ce dénouement représente pour moi, ni le fait de le réaliser avec ce groupe de femmes. »

Plus tard mardi, le Japon a surpris les États-Unis 2-0 pour remporter la médaille d’or.

Se relever

Les rêves d’une médaille d’or du Canada se sont éteints à la suite d’une défaite en manches supplémentaires dimanche, mais les 15 femmes composant l’équipe se sont relevées pour prendre part à un match sans importance contre l’Italie, 24 heures plus tard, sachant que l’histoire était à leur portée.

« C’est la résilience, l’amour et l’altruisme que tout le monde partage, a ajouté Salling. C’est tellement sympathique. Nous prenons vraiment soin les unes des autres. Nous nous aimons toutes sincèrement. »

Lawrie, qui surnomme son mari le « joueur le plus utile de la famille » pour avoir veillé au grain à la maison pendant qu’elle pourchassait cet objectif, a pris une longue pause du softball pour fonder une famille. Mais la passion ne l’avait jamais quittée, et elle est retournée dans l’entourage de l’équipe canadienne en 2017, les yeux tournés vers Tokyo.

« Pour les mamans qui pensent qu’elles doivent arrêter de faire quelque chose parce qu’elles ont des enfants, […] ce n’est pas facile de s’éloigner de sa famille », a déclaré la sœur aînée de Brett Lawrie, un joueur d’avant-champ des Blue Jays de Toronto.

« Mais j’ai appris que si je ne suis pas heureuse dans ce que je fais, je ne suis pas une excellente mère. Ça m’a fait réaliser que de pouvoir faire ceci et de faire partie de quelque chose de plus important que moi font de moi une mère encore meilleure. »

Lawrie a raconté qu’une connaissance lui a envoyé une vidéo montrant Madison sautant dans les bras de son père après le dernier retrait – bien après l’heure où, en temps normal, elle serait couchée.

C’est tellement spécial. Ça ne s’écrit pas.

Danielle Lawrie

Le Canada a pris les devants 2-0 en fin de deuxième manche, quand Entzminger a cogné un simple de deux points au champ gauche. Salling et Erika Polidori ont profité d’une erreur commise plus tôt dans la manche pour croiser le marbre.

Le Mexique a répliqué après deux retraits en début de troisième manche, quand Brittany Cervantes a frappé un simple pour pousser Sydney Romero à la plaque.

Les Mexicaines ont créé l’égalité en début de cinquième manche, à la suite d’un simple après deux retraits de Suzannah Brookshire. Romero a une fois de plus touché le marbre.

La formation de l’unifolié s’est propulsée en avance pour de bon en fin de cinquième manche. Janet Leung a d’abord réussi un simple à l’avant-champ et Hayward a suivi avec un simple sur un amorti. Larissa Franklin a fait progresser les coureuses grâce à un amorti, mettant la table pour le ballon-sacrifice de Harshman.

Après avoir concédé un simple à la première frappeuse de la sixième manche, Lawrie a été parfaite par la suite.

« Je vous l’avais dit que je réussirais ! », a-t-elle crié avant d’être assaillie par ses coéquipières.

« Nous avons traversé des moments difficiles », a fait remarquer Lawrie.

« La pandémie nous a rendues meilleures de bien des façons. Ça nous a forcées à puiser profondément en nous afin de trouver une manière de nous améliorer. »

Le softball et le baseball ont été exclus des Jeux olympiques en 2012 et en 2016 et ne seront pas présentés à Paris en 2024. Les deux sports devraient faire un retour en 2028, à Los Angeles.