Moins d’une semaine après la conclusion de son troisième Tour de France consécutif, le cycliste Hugo Houle épinglera un dossard olympique pour la troisième fois, le 24 juillet, premier jour de compétition aux Jeux olympiques de Tokyo. En attendant, petit entretien comparatif entre les deux évènements.

Simon Drouin
Simon Drouin La Presse

À son retour des Jeux olympiques de Rio, à l’été 2016, Hugo Houle admettait que le Tour de France restait « l’évènement ultime » pour un cycliste.

Depuis, l’athlète de Sainte-Perpétue a vécu cette consécration à trois reprises, en 2019, en 2020 et cette année, où il s’est distingué en participant à une échappée de plus de 150 km à la 10étape, ce qui lui a valu le prix de la combativité.

Après ces trois semaines en France, le coureur de 30 ans s’envolera dimanche soir pour Tokyo en vue de sa deuxième expérience olympique. Avec son ami Guillaume Boivin, il épaulera le grimpeur Michael Woods.

« Ce que j’ai le plus apprécié à Rio, c’est surtout qu’on sort de notre environnement quotidien, a expliqué Houle dans une entrevue menée avant le départ du Tour. On est habitués à être dans une certaine bulle. Ça faisait changement de côtoyer d’autres athlètes, de voir comment ils fonctionnent, de constater que certains sont trois fois plus grands et trois fois plus gros que nous… »

En pénétrant pour la première fois dans l’immense cafétéria du Village des athlètes, quelques jours avant la cérémonie d’ouverture, le Québécois s’était demandé à quoi pouvait bien servir tout cet espace. Au fil du temps, les lieux se sont remplis, au point d’être accaparés presque 24 heures sur 24.

Après ses compétitions – abandon à la course en ligne après avoir chaperonné Woods diminué par une blessure (55e) et 21e du contre-la-montre –, Houle a pu assister à une compétition de plongeon et à un match de tennis.

« On avait un accès un peu privilégié, on pouvait être plus proches de l’action, voir ça d’un angle différent, suivre leur routine par rapport à la nôtre. C’est quand même très, très cool. Je retiens surtout l’ambiance assez festive, le fait que tout monde est ensemble, comme à la Maison du Canada, où tout le monde est logé. »

Son aventure tokyoïte sera forcément contrastée avec toutes les restrictions sanitaires et l’absence de public. L’équipe canadienne s’installera dans un hôtel à proximité du parcours où les coureurs visiteront le pied du mont Fuji avant de rallier l’arrivée au Fuji Speedway, célèbre circuit de course automobile.

On ne risque pas d’aller au Village olympique. C’est clair que ça change l’expérience pour nous. Les Jeux olympiques, c’est tout ce qu’il y a autour. […] Je ne sais pas trop à quoi m’attendre précisément. Ce sera un peu spécial.

Hugo Houle

Ce contexte particulier a probablement entraîné le désistement de quelques coureurs de renom, selon Houle. Dans le peloton, l’intérêt pour les cinq anneaux olympiques est aussi variable.

« On a beaucoup de compétitions. C’est différent de certains autres sports où ils ont les Jeux olympiques tous les quatre ans et où c’est vraiment le moment de se faire justice. Nous, si tu fais de mauvais Jeux olympiques, ça ne change rien à ta carrière professionnelle. »

Pour Houle, la motivation ne sera pas difficile à générer : Woods, bien en vue sur le Tour, représente un véritable espoir de médaille à la course sur route pour le Canada à Tokyo.

Questions et réponses

PHOTO THOMAS SAMSON, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Hugo Houle préférerait gagner le Tour de France plutôt qu’une médaille d’or olympique.

Q. Gagner le Tour de France ou une médaille d’or olympique ?

R. Gagner le Tour de France.

Q. Gagner une étape du Tour ou une médaille olympique ?

R. [Il hésite.] Je choisirais de gagner une étape au Tour. C’est mon objectif de gagner une étape pour mon frère*. C’est ça qui fait la différence. Il reste qu’une médaille olympique, c’est quelque chose. Dans le cheminement d’un cycliste, c’est assez proche, mais on va y aller avec le Tour.

Q. Porter le maillot jaune une journée ou une médaille olympique ?

R. Gagner une médaille olympique.

Q. Village des athlètes ou village-départ du Tour ?

R. Assurément le Village des athlètes. Le village-départ du Tour est moins impressionnant, ça, c’est certain !

Q. Plus dur d’être dans une échappée au Tour de France ou aux Jeux olympiques ?

R. Ça dépend du maillot que tu portes et des circonstances de la course, mais je pense que c’est plus dur au Tour. Sur des étapes clés, c’est beaucoup plus difficile qu’aux Jeux olympiques. Sur certaines courses aux Jeux, tu sais manifestement que l’échappée n’ira pas au bout. C’est complètement contrôlé, c’est assez facile si tu ne fais pas partie d’une nation forte.

Q. Un repas au Village des athlètes ou un repas dans un hôtel du Tour de France ?

R. Un repas au Village olympique pour l’expérience. Honnêtement, on mangeait très bien aux Jeux. Il y avait plusieurs options, rien à redire. Sur le Tour, ça dépend des hôtels. Maintenant, on a un chef sur la majorité des courses.

Q. Le maillot que tu es le plus fier de porter, celui de l’équipe olympique canadienne ou celui d’Astana-Premier Tech ?

R. Astana-Premier Tech. Je trouve ça plus impressionnant d’avoir un partenaire du Québec qui a réussi à être propriétaire d’une équipe WorldTour sur le Tour de France quand on sait que les places sont chèrement acquises. Pour moi, c’est plus significatif que le maillot du gouvernement du Canada.

Q. Le public du Tour ou le public des Jeux olympiques (quand il y en a…) ?

R. Indéniablement le Tour de France. Par rapport à Rio, c’était différent. Honnêtement, le grand départ de mon premier Tour, à Bruxelles, c’était à un autre niveau. Sur 200 km, il y avait du monde qui encourageait partout. J’avais rarement vu une telle chose, c’était complètement fou.

* Pierrik Houle, frère cadet de Hugo, est mort à l’âge de 19 ans en décembre 2013, happé par un chauffard en état d’ébriété pendant qu’il faisait un jogging dans son village de Sainte-Perpétue.