(Tokyo) La façon la plus sécuritaire de tenir les Jeux olympiques de Tokyo est d’interdire la présence de spectateurs, estime le principal conseiller médical du gouvernement japonais dans un rapport publié vendredi.

Stephen Wade et Mari Yamaguchi Associated Press

La recommandation du Dr Shigeru Omi ne le placera pas dans les bonnes grâces des organisateurs et du Comité international olympique (CIO), alors que les Jeux de Tokyo doivent s’ouvrir dans cinq semaines, le 23 juillet.

Les partisans étrangers ont déjà été interdits d’accès il y a plusieurs mois. Le comité organisateur doit annoncer la semaine prochaine sa décision quant à la présence ou non des partisans nippons.

« Nous croyons que le risque d’infection sur les sites de compétitions serait à son plus bas si les partisans n’avaient pas accès », lit-on dans ce rapport compilé par un groupe de 26 experts menés par Omi, ancien dirigeant de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Le rapport a été soumis au gouvernement et aux dirigeants olympiques.

Selon plusieurs rapports, le gouvernement japonais souhaiterait allouer la présence de 10 000 spectateurs pour certains évènements sportifs et culturels. Cette politique devrait s’appliquer aux JO, avec un nombre moins élevé de spectateurs admis pour les plus petits sites de compétitions et des capacités maximales différents selon que l’amphithéâtre est extérieur ou intérieur.

« Nous croyons qu’il serait préférable qu’il n’y ait pas de partisans, a réitéré Omi lors d’une conférence de presse, vendredi. Que les Jeux aient lieu ou non, le Japon risque une recrudescence des cas d’infection qui met une pression sur le système médical. »

Omi précise que le risque est accru par la présence de partisans dans les enceintes, mais également lors des mouvements de foule à la fin des compétitions. Comme les Olympiques attirent davantage l’attention que d’autres évènements sportifs, ils risquent d’entraîner de plus grands déplacements et de plus nombreux rassemblements.

La présidente du Comité organisateur des Jeux de Tokyo, Seiko Hashimoto, a déclaré que la décision finale devrait être prise lundi au cours d’une réunion avec le CIO, le gouvernement métropolitain de Tokyo, le gouvernement japonais, et le Comité international paralympique.

Hashimoto a ajouté que si les Jeux permettent la présence de partisans japonais, les règles devront être plus strictes que pour les stades à moitié remplis au pays pour des matchs de baseball ou de football. Elle a aussi déclaré que les organisateurs devront être prêts à interdire l’accès aux partisans si la situation devait changer.

« Le Dr Omi a indiqué qu’idéalement, les Jeux auraient lieu à huis clos. C’est sa recommandation, a-t-elle dit. Mais si nous allouons la présence de spectateurs, le Dr Omi a aussi fait des recommandations en ce sens. »

Hashimoto a consulté les dirigeants du baseball et du football japonais, qui ont accueilli des partisans sans rencontrer beaucoup d’ennuis.

« Mais le Dr Omi a aussi mentionné que les Jeux olympiques et paralympiques sont très spéciaux, a ajouté Hashimoto. C’est pourquoi nous devons être plus sévères que pour les autres évènements sportifs. Nous devons donc évaluer des règles plus strictes. Il y a le risque que des gens, après avoir assisté à des évènements des JO, s’arrêtent dans des bars ou des restaurants avant de rentrer à la maison. Il est donc recommandé d’encourager les gens à se diriger directement chez eux après avoir assisté à un évènement. »

Les ventes de billets devaient rapporter 800 millions US aux organisateurs. La majeure partie de cette somme sera perdue et les différentes institutions gouvernementales combleront ces pertes.

Les organisateurs disent qu’entre 3,6 et 3,7 millions de billets sont toujours détenus par des Japonais. Environ 800 000 billets vendus au Japon ont été retournés.

Environ 7,8 millions de billets pour l’ensemble des JO avaient été mis en circulation.

Les Jeux olympiques de Tokyo ont officiellement coûté 15,4 milliards, mais des audits gouvernementaux estiment que ce coût devrait être revu à la hausse. Seuls 6,7 milliards ont été payés par des fonds privés.

Le CIO souhaite aller de l’avant avec les Jeux de Tokyo puisque près de 75 % de ses revenus proviennent de la vente des droits de retransmission. Les commanditaires comptent pour 18 % des revenus.

L’état d’urgence dans plusieurs préfectures japonaises, dont celle de Tokyo, doit être levé dimanche. Des mesures sanitaires demeureront toutefois en place pour limiter les heures d’ouverture des bars et des restaurants.

Le Japon compte environ 14 000 décès attribués à la COVID-19 et a contrôlé le virus mieux que plusieurs pays, mais pas aussi bien que ses voisins d’Asie. Seulement 15 % des Japonais ont reçu au moins une dose du vaccin contre le coronavirus et une grande partie du public est opposée à la tenue des Jeux.

L’Asahi Shimbun, quotidien au deuxième tirage dans le pays, estime également que les Jeux devraient être annulés.