Blessé à un pied il y a trois semaines, le coureur Charles Philibert-Thiboutot espère rebondir dès mardi en France.

Simon Drouin
Simon Drouin La Presse

L’horizon s’est éclairci pour le coureur Charles Philibert-Thiboutot. Trois semaines et demie après une blessure bête qui aurait pu plomber sa tentative de qualification olympique, il reprendra la compétition dès mardi à la rencontre de Montreuil, dans la région de Paris.

Le spécialiste du 1500 mètres s’élancera dans un peloton relativement relevé qui, espère-t-il, le conduira directement vers le standard de sélection pour Tokyo (3 min 35 s 00).

« Ça fait 11 mois que je m’entraîne de façon constante, a-t-il rappelé au téléphone lundi. Même si je n’ai pas couru pendant huit, dix jours, on s’est rendu compte que je n’ai pas perdu grand-chose. On s’est donné une chance de faire le standard en allant en Europe. »

À son dernier départ à l’Oregon Twilight, le 7 mai, Philibert-Thiboutot a terminé quatrième avec un chrono de 3 min 37 s 08, son meilleur en près de cinq ans.

« On a vraiment ralenti au troisième tour, a-t-il noté. Quand j’ai fini la course, je me sentais super bien au niveau de l’aérobie. On sait que tout ce qui manque, c’est un troisième tour plus rapide, où ça ne ralentit pas. C’est la différence entre 3 min 37 et 3 min 34 ou 3 min 35. »

On sait ce qu’on a à faire. J’ai parlé à d’autres gars qui sont ici. Ils veulent également avoir le standard. On s’aligne sur ça.

Charles Philibert-Thiboutot

Le demi-fondeur de 30 ans avait subi une entaille au tendon d’Achille droit en début d’épreuve à Eugene, conséquence du cramponnage d’un concurrent. Le choc a « réveillé » une tendinose, a-t-il appris quelques jours plus tard à son grand désarroi. Cette blessure a aussi ravivé les stigmates d’une fracture de stress subie au même pied, ce qui l’avait mis sur la touche pendant toute la saison 2019. Une série de traitements – physio et prolothérapie – et une injection de cortisone ont cependant eu des effets bénéfiques.

Samedi, l’ancien champion canadien s’est donc envolé pour l’Europe, où il prendra part également à une compétition à Prague, le 7 juin. Si tout se passe bien, il pourrait recevoir une invitation pour la rencontre de Marseille (9 juin). Ces trois compétitions font partie de la catégorie bronze de World Athletics.

« Il y a des points bonis pour les huit premiers au classement, a souligné son entraîneur Félix-Antoine Lapointe. En faisant ces deux, trois courses, on évite que tout repose sur les essais olympiques [de Montréal, du 24 au 27 juin]. On arriverait là avec de la pression supplémentaire. Ça ne veut pas dire que ça n’aurait pas fonctionné, mais on aime mieux l’autre scénario où il n’aurait qu’à consolider sa place plutôt que de devoir faire une performance exceptionnelle. »

« J’ai perdu trois semaines »

Après une dizaine de jours de pause, Philibert-Thiboutot a pu effectuer deux séances sur piste qui l’ont convaincu de traverser l’Atlantique.

Plus prudent que son protégé, Lapointe juge « ambitieux » un standard de 3 min 35 mardi à Montreuil. « Une étape à la fois, a suggéré le coach. S’il fait plus ou moins 3 min 36 s, qu’il finit dans le top 5 à deux reprises, il va s’approcher pas mal de ce que ça prend [pour se qualifier pour les JO]. »

Le diplômé en communication publique de l’Université Laval occupe actuellement le 52e rang de sa discipline au classement olympique de la fédération internationale. Une seule performance équivalente à ses dernières courses dans la prochaine semaine le remonterait au-dessus de la 45e place, la dernière donnant accès aux JO, selon la nouvelle méthode de sélection.

La compétition est dense à Montreuil. Autant il pourrait finir dans le top 3, autant il pourrait se classer 10e s’il a une performance ordinaire.

Félix-Antoine Lapointe, entraîneur de Charles Philibert-Thiboutot

Parmi les partants annoncés, le Marocain Brahim Kaazouzi, médaillé d’argent aux Jeux de la Francophonie en 2017, le Tchèque Jakub Holusa, ancien champion d’Europe en salle, et le Kényan Charles Cheboy Simotwo, troisième des Jeux d’Afrique en 2019, ont tous déjà couru en 3 min 32 s ou mieux.

Classé cinquième de la liste de départ en vertu de son meilleur temps à vie (3 min 34 s 23 en 2015), Philibert-Thiboutot estime que la victoire n’est « pas hors de [sa] portée ».

« Au début de saison, les choses allaient tellement bien que je laissais aller les courses. Pas que je les subissais, mais je ne faisais pas en sorte de prendre les devants. […] Là, j’ai perdu trois semaines. La qualification est un peu plus critique. L’état d’esprit est plus d’aller chercher le standard. »

La période de sélection pour Tokyo se termine le 29 juin, date de la Classique d’athlétisme de Montréal, une compétition de catégorie bronze prévue au complexe sportif Claude-Robillard, deux jours après les essais olympiques. Dans un monde idéal, Philibert-Thiboutot y serait avec l’assurance d’être déjà qualifié pour ses deuxièmes Jeux.

Suivez la course à 15 h 10 mardi