Un énorme calendrier orne un tableau blanc installé sur un mur du gigantesque gymnase qui appartient à la famille de Simone Biles, sur lequel apparaissent la plupart des grandes compétitions de gymnastique en 2020, dont les Jeux olympiques de Tokyo.

Will Graves Associated Press

Lorsque les Jeux de Tokyo ont été officiellement reportés à l’été 2021 en raison de la pandémie de la COVID-19, l’une des entraîneuses de la championne olympique en titre s’est précipitée vers le tableau pour effacer l’évènement. La gymnaste étoile âgée de 23 ans a reconnu avoir été ébranlée lorsqu’elle a vu Cecile Landi effacer le calendrier qu’elle avait soigneusement planifié depuis des mois.

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L'Américaine Simone Biles avec ses cinq médailles d'or aux Championnats du monde de gymnastique à Stuttgart, en Allemagne, le 13 octobre 2019.

Certes, plusieurs athlètes ont rapidement réagi à l’annonce du report des Jeux olympiques de Tokyo. Mais pas Biles ; elle avait besoin de temps pour encaisser le choc et trouver une façon de préserver sa motivation.

« C’est une déception, a admis Biles en entretien téléphonique avec l’Associated Press mercredi. C’est difficile de se dire :’il faut patienter une autre année’. »

Ébranlée par l'année de plus

Il n’y a pas de doute. Lorsqu’elle a été questionnée à savoir si elle prévoit toujours s’entraîner en prévision des JO en dépit du report, sa réponse a paru hésitante.

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Simone Biles aux Championnats américains de gymnastique le 11 août 2019 à Kansas City, au Missouri.

« Et bien, rien n’est coulé dans le béton pour le moment, a-t-elle confié. Nous tentons de déterminer le bon régime d’entraînement afin de préserver la forme mentale et physique, afin d’être au sommet de ma forme. Mais nous y allons un jour à la fois, et j’essaie d’écouter mon corps. »

Si la gymnaste la plus décorée de l’histoire est honnête, elle avait vraiment hâte à la pause de la mi-août. Elle effectuait un décompte dans sa tête depuis son retour à la compétition en 2018. Et le fait de devoir le recommencer est difficile à avaler.

« Il (ce décompte) m’obsédait, j’étais tellement prête et je ne m’attendais pas à ça.»

Je me disais que tout ça toucherait à sa fin dans trois mois. C’est difficile à encaisser, mentalement.

Simone Biles

Pour ceux qui croient que ce n’est « qu’une année de plus », elle répond qu’elle a passé sa vie au gymnase depuis qu’elle a l’âge d’aller à l’école primaire. La lumière était finalement visible au bout du tunnel. Ce n’est plus le cas.

Un sport qui use

« Une année, c’est énorme dans la vie d’une athlète de pointe, a-t-elle dit. C’est beaucoup plus qu’une simple année de plus sur ton corps, croyez-moi. Surtout en gymnastique, à cause des impacts qu’on encaisse. C’est tout ton corps ; ce n’est pas seulement les jambes, les pieds ou les bras. Il faut s’assurer que toutes les parties du corps soient en santé. »

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Simone Biles aux Championnats américains de gymnastique le 11 août 2019 à Kansas City, au Missouri.

D’une certaine façon, Biles tentera de miser sur l’expérience qu’elle a vécue après avoir pris une pause sabbatique de 15 mois à la suite des Jeux olympiques de Rio en 2016. Elle avait alors été prudente afin de ne rien précipiter, préférant attendre de voir comment elle allait se sentir lors de son retour au gymnase à l’automne 2017.

Elle devait retrouver ce qui la motivait au départ. Elle y est éventuellement parvenue, contribuant à rehausser la popularité de son sport, une routine à la fois. Ses performances sont d’ailleurs devenues des incontournables dans les foyers américains, et son sourire mettait même la touche finale à la plupart des publicités du réseau NBC en prévision des Jeux olympiques d’été.

C’est lourd à porter. Très lourd.

Je ressens une certaine pression. Cette année, je le faisais pour moi, sans aucune attente. Maintenant, tous les yeux seront tournés vers moi. On demandera : ’Peut-elle le faire, maintenant qu’elle est un an plus vieille ?’ Et tu te dis :’Oh non’.

Simone Biles

Au moins, la pause actuelle lui permettra de reposer son corps et de récupérer des séances d’entraînement éreintantes, bien qu’elle admette elle-même avoir dû procéder à certains ajustements en cours de route.

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Simone Biles sur la poutre aux Championnats du monde de gymnastique artistique à Stuttgart, en Allemagne, le 10 octobre 2019.

Parfois, mes entraîneuses disent :’Et bien, elle ne fait pas ceci. Développons davantage ses réflexes, retournons aux bases’ », a cité Biles.

Il n’empêche que le report des JO l’a épuisée. La prochaine étape, pour elle, consistera à retrouver l’étincelle qui lui a permis de devenir l’une des athlètes les plus respectées du mouvement olympique.

« Ce sera difficile mentalement de me motiver pour une autre année, parce que nous nous étions préparées pour cette année, a-t-elle expliqué. Lever le pied de l’accélérateur et relancer le compte à rebours, c’est difficile, parce que j’étais en train de vider mon réservoir et que je dois maintenant trouver une façon de le remplir de nouveau. »