Parce que le défi premier à relever en séries éliminatoires est de gagner au moins un match sur la route pour soutirer à son adversaire l'avantage de la patinoire, le Canadien devrait normalement être heureux.

François Gagnon LA PRESSE

Car ce défi, le Tricolore l'a relevé de brillante façon avec sa victoire en prolongation de 3-2 lors du tout premier match de la série qui l'oppose aux Capitals.

Mais la réalité est tout autre.

Pourquoi?

En raison de la défaite de samedi.

En fait non : en raison du fait que le Canadien a échappé une victoire qu'il n'avait pas le droit d'échapper. Car c'est bien plus le Canadien qui a perdu le match de samedi, que les Capitals qui l'ont gagné.

La nuance est importante.

Combien de fois le Canadien a marqué cinq buts ou plus dans un même match cette saison?

La réponse est 13.

Combien de défaites le Canadien a encaissées lorsqu'il a marqué cinq buts ou plus dans un même match?

La réponse est aucune.

Si le Canadien avait été déclassé samedi. S'il n'avait pas touché à la rondelle, si les Capitals avaient marqué deux ou trois buts en attaques massives personne n'aurait été surpris.

Après tout, c'est quand même l'équipe championne en saison régulière qui affronte un club qui a eu besoin d'une victoire en prolongation lors de son dernier match pour assurer sa place en séries.

Après tout, c'est la meilleure offensive de la LNH qui affronte l'offensive la plus timide de la LNH à cinq contre cinq.

Si le Canadien s'était fait planter samedi, on pourrait effectivement dire qu'il a bien meilleure mine, ce matin, que ce qu'on anticipait à l'aube de la série.

Et que oui, il a causé une belle surprise en soutirant aux Caps l'avantage de la patinoire.

Sauf que ce n'est pas ça qu'on retient du match de samedi.

Ce qu'on retient, c'est que le Canadien a bousillé des avances de 2-0, de 4-1 et de 5-4 dans les derniers instants de la troisième période pour se priver d'une victoire qui semblait acquise trois fois plutôt qu'une.

Et c'est ça qui fait mal. Non : très mal!

Oui, bien sûr, le Canadien a été victime du tourbillon des Capitals samedi. D'un but, de quatre points, de huit mises en échec d'Alexander Ovechkin. Du tour du chapeau de Nicklas Backstrom.

Mais parce que le Canadien a marqué cinq fois sur les huit occasions seulement qu'il a générées, parce qu'il menait par trois buts en deuxième période, jamais, au grand jamais, il n'aurait dû donner la chance à ce tourbillon de se lever et de prendre l'ampleur qu'il a pris.

À ce chapitre, il me semble qu'un temps d'arrêt aurait été nécessaire après le troisième but des Capitals. Histoire de casser le rythme, de calmer Halak, de permettre à tout le monde de retrouver ses esprits.

Mais bon...

Les Capitals auraient-ils pu combler un déficit de 0-2?

Peut-être. Ils l'ont d'ailleurs fait pas plus tard que l'an dernier en première ronde après avoir perdu les deux premiers matchs aux mains des Rangers de New York.

Ils auraient donc pu répéter l'exploit cette année.

Mais la grande question n'est pas ce matin de savoir si les Capitals auraient pu revenir dans la série. Ils sont déjà de retour.

La grande question est de savoir si le Canadien, après le gaspillage éhonté de samedi, pourra s'en remettre et gagner une autre partie?

La réponse n'est pas évidente.

Car déjà qu'il savait que ses chances de battre les Capitals étaient minces, le Canadien a réveillé un géant qui dormait profondément samedi. Un géant qui dormait à poings fermés. Maintenant qu'il est réveillé, et bien réveillé, il sera difficile de le convaincre de retourner se coucher...