On dit que l’herbe paraît toujours plus verte chez le voisin. Dans le cas qui nous intéresse, c’est le désert qui semblait plus alléchant.

Après avoir signé un contrat d’un an avec le Rocket de Laval, Laurent Dauphin fera un deuxième passage au sein de l’organisation du Canadien. Il l’avait quittée en 2022, persuadé que ses chances de percer la LNH étaient plus élevées chez les Coyotes de l’Arizona. Les deux organisations lui offraient des contrats d’un an, d’une valeur similaire.

« Avec le recul, je n’ai pas pris la bonne décision », avoue-t-il à La Presse. « Quand j’ai signé, ça me semblait logique, je pensais être 12e ou 13e attaquant en Arizona, et le 14e ou 15e à Montréal. »

Dauphin se trouvait en position de force. À 27 ans, il venait de connaître la meilleure saison de sa carrière. Il avait disputé 38 matchs avec le Canadien. Mais avec l’ajout de Kirby Dach et d’Evgenii Dadonov et l’émergence potentielle de jeunes joueurs comme Jesse Ylönen, les places à l’attaque semblaient limitées.

Il aurait été impossible de prédire que la saison suivante serait un concert de blessures chez le Canadien. À un point tel que l’équipe a été forcée d’employer 25 attaquants.

Même le pire gérant d’estrade pourrait vous l’expliquer : dans de telles circonstances, Dauphin aurait probablement disputé plusieurs parties avec le CH s’il était resté.

Pendant ce temps, avec les Coyotes, il n’a enfilé l’uniforme que pour 21 parties. Au camp d’entraînement, l’équipe a opté pour une formule à 11 attaquants et 7 défenseurs, plutôt que de faire appel à lui. Une décision qui l’a surpris.

La transition en Arizona a été difficile. L’ambiance des arénas de la Belle Province lui a rapidement manqué. « Quand tu passes du Centre Bell à la Ligue américaine, dans un aréna avec 3000 partisans, c’est sûr que ce n’est pas évident. »

Eurotrip

Quitter Montréal n’aura toutefois pas eu que du mauvais. Dauphin a toujours voulu disputer une saison en Europe, un objectif qu’il a atteint l’an dernier.

« Montréal était encore intéressé, mais on voulait vraiment profiter du congé de maternité de ma conjointe pour vivre une saison en Suisse. On ne pouvait pas passer à côté de l’offre d’Ambri-Piotta. »

Son équipe évoluait à Quinto, un petit village de 1000 résidants situé dans la partie italienne du pays du chocolat. Cette petite communauté parvenait à remplir la Pista Valascia, l’amphithéâtre de 7000 sièges de l’équipe.

« L’ambiance est vraiment différente, vraiment intense là-bas. Tout le monde crie et danse pendant les matchs. Tu entends à peine tes coéquipiers. Ça m’a demandé une période d’adaptation, mais d’un autre côté, ça me donnait beaucoup d’énergie sur la patinoire. »

Pour la famille

Deux saisons plus tard, Dauphin revient au bercail. Son retour se fait avec des compromis. Le Québécois a accepté un contrat à un volet dans la Ligue américaine, ce qui signifie qu’il sera impossible pour lui d’être rappelé par le Canadien au cours de la saison.

« Au début, j’ai été déçu de ne pas recevoir d’offre de contrat à deux volets, confie-t-il. Je sais que je suis capable de jouer dans la Ligue nationale. »

PHOTO GRAHAM HUGHES, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Laurent Dauphin avec le Rocket de Laval en 2021

Au moins, avec un contrat à un volet, l’attaquant sait qu’il n’aura pas à faire le yo-yo entre la LNH et la Ligue américaine. « Ma copine est bien contente du contrat à un volet : maintenant, elle va toujours savoir où je suis », lance Dauphin en riant.

« En Arizona, les gens venaient parfois nous visiter, mais au moment où ils arrivaient, je n’étais plus là, parce que j’avais été rappelé dans la Ligue nationale. »

« Je suis rendu à un point dans ma carrière où je ne veux plus faire ça, des allers-retours », ajoute-t-il plus sérieusement.

Je ne me fais plus d’attentes, mais si jamais le Canadien veut convertir mon contrat pour me permettre d’aller dans la Ligue nationale, je serai prêt.

Laurent Dauphin

Dauphin ne saura jamais s’il aurait pu obtenir un contrat à deux volets ailleurs. Dès qu’il a reçu une offre de la part du Canadien, il y a environ trois mois, il a décidé de s’engager avec l’équipe, sans écouter les autres propositions. Il s’est entendu officieusement avant que le contrat ne soit dévoilé officiellement le 1er juillet.

Sa priorité était de rentrer au Québec pour offrir de la stabilité à sa famille et surtout à son petit garçon, âgé d’un peu plus de 1 an. Ce retour permettra aussi à sa copine de se concentrer sur sa carrière. Elle travaille pour une entreprise spécialisée en transport à Sainte-Martine.

Toujours sans entraîneur

Si Dauphin a trouvé la stabilité qu’il recherchait chez le Rocket, l’organisation, elle, peine à faire de même derrière le banc.

Lorsqu’il s’est entendu officieusement avec le Rocket, le résidant de Candiac croyait que l’entraîneur-chef Jean-François Houle serait de retour avec l’équipe. Le pilote venait de parapher une prolongation de contrat de plusieurs saisons.

Puis, coup de théâtre, moins d’un mois plus tard, Houle quittait l’organisation pour diriger le programme de l’Université Clarkson dans la NCAA. « Ça a pris tout le monde par surprise quand la nouvelle est sortie », relate Laurent Dauphin.

J’aurais bien aimé jouer pour Jean-François Houle, mais je respecte sa décision.

Laurent Dauphin

Peu importe qui le dirigera, Dauphin sait le rôle qu’il occupera. « On va me demander d’être un bon vétéran capable d’encadrer les jeunes, de les aider à bien performer. Et je suis prêt. »

La vertu qu’il souhaite le plus inculquer aux espoirs du Canadien, c’est la patience. Le monde du hockey peut parfois être cruel. Même lorsque l’on performe bien, les occasions peuvent parfois prendre du temps avant de se présenter.

« Il ne faut pas que tu penses aux opportunités en haut, il faut que tu te concentres sur ton jeu. Un jour, tu auras ta chance. Et quand ce jour arrivera, tu fais mieux d’être prêt. »

Le capitaine du Rocket de Laval, Gabriel Bourque, n’a toujours pas d’entente avec l’équipe en vue de la prochaine saison. Son remplaçant pourrait-il être Laurent Dauphin ?

« C’est sûr que si on me l’offre, je serais bien content, répond-il. Je suis certain qu’ils prendront la bonne décision. Si c’est moi qu’ils choisissent, je suis prêt pour ça. »