Le 2 juillet, Mathieu et Pierre-Olivier Joseph étaient assis sur leur divan, à suivre l’action qui se déroulait à Wimbledon. Mathieu le faisait en tant que membre des Sénateurs d’Ottawa. Pierre-Olivier, en tant que joueur autonome en attente de décrocher un contrat.

Un coup de téléphone à Mathieu et une manche de tennis plus tard, les deux frères étaient coéquipiers pour la première fois de leur vie. Non pas chez les Sénateurs, mais chez les Blues de St. Louis.

On comprend donc mieux la première réponse de Mathieu Joseph, lors de sa rencontre avec RDS et La Presse, lundi, au tournoi de golf Jonathan Huberdeau : « Ça s’est passé pas mal vite ! »

C’est un message de l’adjoint au directeur général des Sénateurs qui a déclenché les évènements. « J’ai regardé mon frère, j’ai fait : hum, il y a des chances que je me fasse échanger », raconte Mathieu.

Nouveau regard vers le jeune frère, une fois qu’il a su que St. Louis était sa nouvelle destination. « Je lui ai dit : “C’est une des équipes avec qui tu as eu des pourparlers !” Une demi-heure après, ça s’est fait. Les deux, ça nous a rendus heureux », a lancé l’aîné.

Ça m’a remis le sourire aux lèvres d’aller passer une belle année avec mon frère à St. Louis.

Pierre-Olivier Joseph

Mathieu, 27 ans, est un attaquant qui n’avait joué jusqu’ici que pour les deux cousins de l’expansion de 1992 que sont les Sénateurs et le Lightning de Tampa Bay. Pierre-Olivier, un défenseur de 25 ans, fut un choix de premier tour des Coyotes de l’Arizona en 2017, mais qui faisait partie de l’organisation des Penguins de Pittsburgh depuis 2019.

En raison de leur écart d’âge, ils n’ont jamais été coéquipiers. « On a deux ans de différence. Donc un était dans le pee-wee, l’autre bantam. Un dans le midget, l’autre bantam, résume Mathieu. On a joué un contre l’autre dans le junior, la Ligue américaine et la LNH. Et on a failli aller au Championnat du monde ensemble [en 2023], j’ai regretté de ne pas y être allé. »

De simples colocs l’été, ils deviendront donc maintenant coéquipiers pendant au moins une saison, à moins d’un autre changement imprévu. Ils espèrent évidemment que l’association durera au-delà de 2025. Pierre-Olivier a même qualifié sa décision de se joindre aux Blues de « familiale ». « On n’aura pas souvent la chance de jouer ensemble, donc de le faire une première fois, c’est excitant pour tout le monde », dit-il.

On avait un rêve pour notre fin de carrière. Je n’aurais jamais pensé le faire à 27 ans. C’est un rêve de jeunesse pour moi. Le fait de se retrouver aussi jeune, je dois me pincer pour y croire !

Mathieu Joseph

Des chemins différents

Le tournoi de golf Jonathan Huberdeau a comme objectif d’amasser des fonds pour la Fondation Cité de la Santé, de l’hôpital du même nom. « C’est là qu’on est nés ! », a lancé Pierre-Olivier, comme s’il venait de faire le lien à ce moment précis.

De ces origines communes, les deux frangins sont toutefois arrivés à St. Louis par des routes bien différentes.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Mathieu Joseph, Pierre-Olivier Joseph et Jonathan Huberdeau

Mathieu était membre des Sénateurs depuis un peu plus de deux ans. Sa production en 2023-2024 (35 points en 72 matchs) était relativement en phase avec son salaire (2,95 millions). Selon des données encore accessibles de CapFriendly, son coût par point le classait au 148rang parmi les 434 attaquants qui ont disputé au moins un match dans la LNH la saison dernière.

Sauf que les Sénateurs suffoquaient sous le plafond. Selon Puckpedia, ils n’ont que 1,9 million de dollars de marge de manœuvre et auraient donc été excédentaires s’ils n’avaient pas conclu la transaction avec les Blues.

Mathieu Joseph se retrouvait donc au cœur des rumeurs de transaction depuis « une bonne année », calcule-t-il. « Quand des fans, des gens de ta famille t’en parlent, ça devient un peu lourd. Mais c’est bon d’avoir un nouveau départ. J’ai adoré mon temps à Ottawa. Ça n’a pas nécessairement marché, mais ça fait partie de la business. »

Pierre-Olivier, lui, venait de boucler une deuxième saison complète chez les Penguins. Employé une quinzaine de minutes par match, il a inscrit 11 points en 52 matchs. Il devenait joueur autonome avec compensation le 1er juillet. Dans un tel cas, l’équipe doit simplement déposer une offre qualificative pour conserver les droits sur le joueur, le temps que les négociations se poursuivent. Sauf que les Penguins n’ont pas soumis d’offre et ont donc renoncé à leurs droits sur le grand gaucher.

Ses droits appartiennent maintenant aux Blues pour un an.

« Je croyais vraiment que je resterais avec Pittsburgh, admet-il. Mais c’est une business, et je l’apprends de plus en plus. Mais dans les circonstances, je vais jouer avec mon frère dans une jeune équipe qui a beaucoup d’ambition et de talent. Je suis content ! »