(Sunrise) Les entrevues sur la patinoire avec les champions de la Coupe Stanley sont toujours interrompues. Normal : entre leurs adorables enfants, leur douce moitié, leurs bons amis, leurs fidèles collègues et les satanés journalistes, le choix est facile.

C’est encore plus vrai avec ceux qui ont beaucoup de famille. Comme Sylvain Lefebvre, qui, en quelques minutes devant nous, naviguait entre ses rôles d’entraîneur, de grand-père, de père et de mari.

Sa fille Alexanne l’enlace. « Elle est née en 1996, elle a été baptisée dans la Coupe Stanley. Là, elle a un petit gars qu’elle veut baptiser dans la Coupe. On pense que c’est la première fois que ce sera fait ! », lance l’entraîneur à une poignée de reporters québécois autour de lui, pendant les célébrations lundi.

Il interrompt son récit le temps d’un portrait de famille. « Il manque ma plus vieille, Jade-Isis, elle est enceinte et sur le point d’accoucher. Ce sera mon sixième petit-enfant, dit-il fièrement. De pouvoir vivre ça tout le monde ensemble… Ce ne sont pas juste mes efforts, ce sont leurs efforts à eux aussi. Ce qu’on a eu à vivre ces dernières années, on l’a fait en gang et ça nous a rapprochés encore plus. »

Un chemin compliqué

Lefebvre vit l’euphorie d’une Coupe Stanley pour la deuxième fois de sa carrière. La première fois, c’était comme joueur, avec l’Avalanche en 1996. C’était d’ailleurs ici même, en cette vaste étendue d’asphalte qu’est le sud de la Floride, puisque l’équipe du Colorado avait justement vaincu les Panthers en finale.

C’est toutefois une victoire bien improbable qu’il a savourée lundi, car les détours ont été nombreux depuis.

On peut penser à son séjour avec le club-école du Canadien, dans un contexte difficile pour plein de raisons. Ses six saisons à la barre de l’équipe se sont déroulées dans trois villes (Hamilton, St. John’s et Laval), à une époque où le service du recrutement amateur enchaînait les échecs. En six ans, l’équipe a participé une seule fois aux séries.

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Sylvain Lefebvre lorsqu’il dirigeait le Rocket de Laval en 2018

Sauf que la réputation de notre homme est restée bonne malgré tout, puisque les Panthers sont la troisième équipe à l’avoir embauché depuis. Il a fait trois ans avec les Gulls de San Diego, club-école des Ducks d’Anaheim. Puis, en 2021, les portes de la LNH s’ouvraient enfin à lui, de nouveau, quand les Blue Jackets de Columbus l’ont engagé à titre d’adjoint à Brad Larsen. Il n’a toutefois jamais pu entreprendre ce mandat puisqu’à la mi-septembre, il devait renoncer à son poste en raison de son refus de recevoir le vaccin contre la COVID-19.

Un an plus tard, une fois tombées les exigences de vaccination, il recevait l’appel de Paul Maurice pour se joindre aux Panthers.

« Si j’ai un message d’espoir à lancer, c’est de croire en soi, de croire en la vie, a lancé Lefebvre. Si une porte se ferme, une autre va s’ouvrir, normalement une meilleure. J’ai cru en la vie, j’ai cru en mes valeurs. J’ai cru que si tu prends une décision avec ton cœur, c’est normalement la bonne. Même si je ne revenais pas dans la Ligue nationale, c’était correct, j’étais capable de vivre avec ça. Je savais qu’il y avait des étapes à suivre et que quand viendrait le moment, ce serait le bon moment.

« Vous savez tous ce qui est arrivé avec Columbus. Mais si ça ne s’était pas passé, je ne serais pas ici. Chaque chose arrive pour une raison. »

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Sylvain Lefebvre (à droite) célèbre sur la patinoire avec son petit-fils.

Un personnel uni

Avec Maurice, Jamie Kompon, Myles Fee et Tuomo Ruutu, les Panthers comptaient sur un personnel d’entraîneurs visiblement uni.

Dans son point de presse de lundi, Maurice a d’ailleurs raconté que c’est grâce à Lefebvre qu’il a compris que le championnat était acquis. « La dernière fois que j’ai regardé le cadran, il restait 1 min 23 s. Le jeu a continué, puis la rondelle a abouti dans le coin, et Sylvain m’a pris par la tête, il a dit : “Bravo, Bear.” Rendu là, je savais qu’on avait de bonnes chances ! »

« Je suis tellement fier pour Paul Maurice, fier qu’on ait gagné ça pour lui, a ajouté Lefebvre. Il a une carrière incroyable. De dire qu’un match va déterminer son héritage, c’est de la chnoute. J’apprends tous les jours avec lui. C’est un gars très brillant, humain, qui veut que les gars autour de lui aient du succès. »

Un recordman de McGill

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L’entraîneur adjoint des Panthers de la Floride Jamie Kompon

Ça n’a pas exactement fait la une des journaux locaux, mais Jamie Kompon, un autre adjoint de Paul Maurice, soulevait quant à lui la Coupe Stanley pour la troisième fois de sa carrière, après des triomphes avec les Kings de Los Angeles (2012) et les Blackhawks de Chicago (2013). Il est ainsi devenu le premier entraîneur adjoint de l’histoire de la LNH à remporter la Coupe Stanley avec trois équipes différentes. Kompon a par ailleurs ses liens avec Montréal : il a joué quatre ans à McGill et y a été entraîneur pendant cinq ans. « McGill a gagné la médaille de bronze [au championnat universitaire canadien] cet hiver et là, c’est la cerise sur la Coupe ! », a-t-il lancé à La Presse. Il a abouti à Montréal par hasard. « L’entraîneur de McGill était un bon ami d’un de mes profs au secondaire, ils avaient joué ensemble à McMaster. J’avais les notes pour être admis, donc j’ai été accepté dans l’équipe de hockey. Je n’avais jamais mis les pieds là-bas, et m’y voilà à 18 ans ! Mes années à McGill m’ont ouvert des portes et j’en suis très content. » Kompon, un Ontarien de Thunder Bay, s’est excusé d’avoir perdu les bases de français qu’il avait apprises. « Mon cochambreur était francophone, donc on alternait : il devait lire le journal en anglais et je devais lire le journal en français. Mais j’ai tout perdu. Je ne veux pas me vieillir, mais ça fait si longtemps ! »