(Sunrise) Si des psychologues du sport cherchent des sujets pour de futurs travaux, la finale 2024 de la Coupe Stanley constituera un fabuleux laboratoire.

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Après avoir vu les Oilers combler un retard de 0-3 pour créer l’égalité, après avoir passé les deux derniers jours à répondre aux questions de journalistes qui doutaient de leur capacité à rebondir, les Panthers de la Floride se sont ressaisis au bon moment.

Lundi soir, dans un Amerant Bank Arena bipartisan, les Panthers ont retrouvé leur identité des 20 premiers matchs de ces séries. Ils ont été hermétiques comme en avril. Ils ont pilonné les défenseurs adverses comme en mai. Sergei Bobrovsky a recommencé à faire les arrêts. Et les as marqueurs Carter Verhaeghe et Sam Reinhart ont de nouveau trouvé le fond du filet, comme ils l’ont fait toute l’année, sauf depuis le début de la finale.

PHOTO JIM RASSOL, USA TODAY SPORTS

Carter Verhaeghe a marqué le premier but du match.

Après avoir « oublié comment jouer », dans les mots de l’entraîneur adjoint Jamie Kompon, les Panthers ont retrouvé leurs repères. Et les voici champions de la Coupe Stanley pour la première fois en 31 ans d’histoire.

« Ce n’est certainement pas facile quand tu mènes 3-0 et que tu sais que tu as plusieurs matchs pour te reprendre, a lancé Reinhart. C’est une position dangereuse quand tu dois achever une équipe comme celle-là. Mais ce soir, c’était notre meilleur effort. On a démontré de la persévérance. »

Les fameux détails

Ce gain permet à Paul Maurice de remporter la première Coupe Stanley de sa longue carrière. Avec 1849 matchs derrière le banc, il vient au 2rang de l’histoire, derrière le grand Scotty Bowman. Mais dans la colonne des championnats, il y avait toujours un 0.

Comme tout entraîneur-chef, Maurice a évidemment son mot à dire. On pourrait se lancer dans les savantes théories de plan de match, les fameux X et O. Mais le coach doit parfois gérer d’autres éléments. Toute autre tâche connexe, comme le disent les offres d’emploi.

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L’entraîneur-chef Paul Maurice a soulevé le trophée pour la première fois de sa longue carrière.

« J’arrive à l’aréna tôt le matin, a raconté Maurice. On a six télés, et sur une d’elles, la surimpression dit : si les Panthers perdent, est-ce le plus grand effondrement de l’histoire du sport ? Et le bandeau reste là. Tu attends que ça change. Et ça reste là pendant 15 minutes ! Alors j’ai attendu que notre responsable de la vidéo arrive, pour lui dire : change de poste !

Je suis là, j’ai 57 ans et je n’aime pas ça. Imagine nos joueurs qui ont 25 ans et qui doivent se dire : j’ai encore 50 ans à vivre en tant que victime du plus grand effondrement de l’histoire du sport.

Paul Maurice

On ignore si Maurice a évité de quelconques tourments à ses joueurs avec sa gestion des téléviseurs, mais les Panthers n’ont jamais eu l’air d’une équipe qui avait peur de perdre. Dès la première présence, le toujours rugueux Sam Bennett a brassé le pommier du jeune défenseur Philip Broberg. Les joueurs de soutien Ryan Lomberg et Kevin Stenlund ont suivi. Après neuf minutes, les Panthers totalisaient déjà 16 mises en échec.

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Sergei Bobrovsky fait le grand écart pour arrêter un tir de Connor McDavid.

Défensivement, ils sont parvenus à résister à l’irrésistible Connor McDavid, qui a fini les séries sans point à ses deux derniers matchs. Le 97 allait obtenir sa meilleure chance de marquer avec sept minutes à jouer, mais il a été incapable d’obtenir un tir franc sur un retour de tir. C’est comme s’il avait été incapable de patiner avec son aisance habituelle, comme s’il n’avait jamais le temps ni l’espace pour le faire.

Avec tout ça, les Panthers ont fait oublier tous les doutes qui ont pu s’installer à leur sujet ces derniers jours, depuis cette fameuse varlope de 8-1 dans le match numéro 4, à Edmonton, varlope qui a insufflé aux Oilers l’énergie nécessaire pour revenir dans le coup.

L’image d’un Bill Zito bouillant de rage, dans sa loge, à lancer une bouteille d’eau, incarnait à elle seule le lent effondrement des Panthers.

Sur la glace lundi soir, Zito était tout aussi émotif, mais dans le bon sens du terme. Chacune des accolades avec ses proches rougissait davantage ses yeux.

« C’est étrange, a-t-il indiqué à La Presse. C’est dur de le décrire en mots. C’est une très bonne leçon pour la suite des choses. Comment composer avec une telle situation ? Ça vaut pour tout le monde, peu importe le domaine. »

Les gens ont dit toute la semaine qu’on était une honte. J’ai des enfants, je leur ai dit : n’allez pas sur l’internet, vous allez lire que votre père est un pourri ! Mais à l’interne, dans notre vestiaire, tout était assez normal. C’est ça, notre histoire.

Bill Zito

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Sam Reinhart a marqué le but décisif.

C’était normal, mais il y avait tout de même du travail à accomplir, des détails à fignoler. Maurice a donné l’exemple de l’avantage numérique, en panne dans cette série (1 en 19). Des « petits ajustements » ont été apportés, et Carter Verhaeghe a marqué quatre secondes après l’expiration de la première pénalité du match. Un but « de facto » en avantage numérique.

« Je n’ai jamais été dans une telle situation, a rappelé Maurice. Tu te demandes : est-ce que j’ai gaffé ? Donc dans les trois jours depuis le dernier match, le petit peu de hockey qu’on a fait, j’ai senti hier que ça allait.

« Au bout du compte, on avait besoin d’être bon dans l’environnement le plus stressant qui soit. Rappelez-vous : le bandeau disait : plus grand effondrement de l’histoire ! Les gars ont vraiment fait un bon travail. »