(Buffalo) Entendons-nous : Alexis Bernier a très peu de recul lorsqu’il parle de Justin Poirier. « C’est probablement mon meilleur ami dans l’équipe », concède le défenseur du Drakkar de Baie-Comeau.

C’est pourquoi le peu d’amour que reçoit Poirier des recruteurs le fait réagir. Peu d’amour parce qu’il a été ignoré au match des meilleurs espoirs du hockey junior canadien en janvier, ignoré au camp d’évaluation de la LNH à Buffalo et classé 82e espoir nord-américain par la Centrale de recrutement du circuit.

Or, l’athlète de 17 ans – un des plus jeunes espoirs disponibles cette année puisqu’il est né le 4 septembre, 11 jours avant la date limite – a connu une campagne hors du commun. En saison, il a inscrit 51 buts, un sommet dans la LHJMQ, en 68 matchs. Le dernier joueur de 17 ans de la LHJMQ à avoir atteint la cinquantaine ? Sidney Crosby.

Le Campivallensien a visiblement pris goût au premier rang puisqu’en séries, ses 18 buts (en 17 matchs) ont aussi représenté un sommet.

Sachant qu’un match de hockey se gagne au total des buts marqués, c’est là une qualité commode à posséder.

C’est pourquoi Alexis Bernier s’est emporté lorsqu’il s’est fait questionner sur l’absence de Poirier au camp d’évaluation.

« Je trouve ça plate pour lui. Je ne pense pas qu’il a la reconnaissance qu’il mérite, a plaidé Bernier, samedi. Je n’ai pas besoin d’en dire plus : 51 buts en saison, 18 buts en séries. C’est un scoreur.

« Non, il n’est pas le plus grand, son jeu défensif n’est peut-être pas sa force, mais il fait beaucoup plus que juste compter des buts. Il mesure 5 pi 7 po, mais il est aussi fort que moi. Il patine, il s’est amélioré sur les replis. Mais je ne suis pas inquiet pour lui et je suis sûr qu’une équipe va avoir vu quelque chose et va le choisir au début du repêchage. »

Disons-le platement : Poirier n’est pas victime d’un complot. La liste des joueurs invités est déterminée à partir des demandes des 32 équipes et si Poirier n’y était pas, c’est qu’il ne faisait pas partie des 100 joueurs les plus demandés. Deux équipes consultées ont d’ailleurs confirmé ne pas avoir demandé sa présence à Buffalo. Un recruteur rappelle toutefois que la LNH recueille les votes plusieurs semaines en avance.

Ce qui n’empêche pas les recruteurs régionaux de s’organiser pour le rencontrer, pendant la saison ou après.

Si on le veut, ce sera à moi de me battre. Mais on connaît tous ses forces et ce qu’il doit améliorer.

Le recruteur d’une équipe qui souhaite rester anonyme

Un élément intéressant : à 190 lb sur 5 pi 7 po, il est fort possible qu’il soit déjà, physiquement, un produit « fini ». Autrement dit, personne ne s’attend à ce que, à cette grandeur, il fasse carrière à 210 lb, une réalité qui simplifie évidemment les projections. C’est tout le contraire des nombreux « chocolats vides », ces joueurs de bon gabarit, mais pas encore parachevés physiquement. Pensez au défenseur de l’Océanic Spencer Gill, à 6 pi 3, mais 183 lb.

À défaut de rencontrer Poirier, les équipes ont profité de la présence de ses coéquipiers du Drakkar pour se renseigner. Alexis Bernier dit s’être fait poser « beaucoup » de questions sur Poirier. « Ils m’ont demandé pourquoi il n’est pas là et comment je le trouve. J’ai juste de bons mots, comme joueur et comme personne. Les gens ne le savent pas, mais c’est un super bon gars, drôle. Les gars aiment être autour de lui. »

Sa situation n’est pas sans rappeler celle d’un autre espoir de la LHJMQ, Jordan Dumais, il y a deux ans. Comme Poirier, Dumais est de petite taille et certains recruteurs entretenaient des doutes sur son jeu d’ensemble et son attitude.

Repêché au troisième tour en 2022 par Columbus, Dumais a enchaîné avec une saison de 140 points, mais une blessure et une arrestation pour conduite avec les facultés affaiblies ont fait dérailler sa campagne 2023-2024.

Dans le calepin

La respiration de Maxim Massé

Il a beaucoup été question des rapports médicaux que Cayden Lindstrom a remis aux équipes de la LNH pour les rassurer sur l’état de son dos. Mais Maxim Massé a lui aussi pris les devants. L’attaquant des Saguenéens, 30e espoir selon la Centrale de recrutement, était souvent critiqué par les recruteurs pour son niveau d’énergie, jugé un peu trop variable, particulièrement lorsque ses présences s’étiraient. Or, il appert qu’en investiguant davantage, les médecins ont découvert un problème, potentiellement une obstruction au niveau du larynx.

Son camp a remis un rapport médical aux 32 équipes et un recruteur a admis que ce nouveau développement pouvait tout de même influencer la projection qu’ils font du Rimouskois de 18 ans. La suite des choses n’est pas claire, mais le simple fait d’avoir un début de solution l’encourage, car il trouvait « frustrant » d’entendre des recruteurs remettre en doute son niveau de forme. « Ça me fâche parce que je m’entraîne depuis que je suis petit pour jouer au hockey, je suis en excellente forme et je suis allé faire les tests VO2 max à l’UQTR pour me pratiquer avant et j’avais de super bons résultats. Je me disais : pourquoi les gens disent ça ? D’avoir ces résultats, ça aide. J’ai encore des rendez-vous avec l’ORL et des spécialistes », détaille-t-il.

Bernier et Mateiko ont excellé

Parlant des tests, Alexis Bernier et Eriks Mateiko ont été les espoirs de la LHJMQ qui ont signé le plus grand nombre de top 10 dans les 17 tests auxquels ils ont pris part. Bernier s’est classé quatre fois dans les 10 premiers (sur un peu plus de 90 joueurs) dans quatre catégories, dont les deux catégories mesurées lors du toujours exigeant test du Wingate. Mateiko, attaquant des Sea Dogs, a lui aussi réussi quatre top 10.

Le français de Spencer Gill

Parmi les six espoirs de la LHJMQ, on trouve quatre Québécois (Massé, Bernier, Raoul Boilard et Tomas Lavoie), un Letton (Mateiko) et un Néo-Brunswickois (Spencer Gill). Ce dernier a accordé à La Presse une entrevue d’une quinzaine de minutes en français, et ce, même s’il ne l’a jamais parlé à la maison. Gill vient de Riverview, en banlieue de Moncton, mais n’est pas d’origine acadienne. « J’ai fait de l’immersion française de la 6e à la 9e année, a-t-il raconté. Ensuite, j’ai fait mon école secondaire en anglais, mais quand je suis arrivé à Rimouski avec l’Océanic, mon français est revenu. » En début d’entrevue, Gill avait prévenu qu’il passerait peut-être à l’anglais pour quelques réponses, mais il a finalement répondu à toutes les questions en français. Gill a reconnu avoir entendu parler de ce que Sidney Crosby avait accompli 20 ans avant lui, apprenant lui aussi le français. « Si tu fais un effort, les fans vont aimer ça, même si ce n’est pas parfait », a ajouté Gill.