(Tampa) Pierre-Cédric Labrie est aujourd’hui membre du Crunch de Syracuse, dans la Ligue américaine. Patrick Maroon, lui, tente de remporter une quatrième Coupe Stanley de suite.

Publié le 22 juin
Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse

Leurs vies sont parties dans des directions opposées depuis, mais il y a une dizaine d’années, les deux colosses se sont croisés par hasard au restaurant dans une ville de la Ligue américaine. Labrie a oublié les circonstances, mais il se souvient d’une chose : Maroon était abattu et s’interrogeait sur son avenir au hockey.

L’athlète de Baie-Comeau nous a raconté cette histoire le mois dernier pendant la série contre le Rocket de Laval. La semaine dernière, on a évoqué l’anecdote à Maroon lui-même.

« Je me souviens de la rencontre, mais pas de la conversation en détails. Mais à cette époque, les Flyers [de Philadelphie] venaient de me renvoyer à la maison, raconte Maroon. Je me suis ensuite fait échanger à Anaheim. Je n’avais pas eu une bonne année, pas tant sur la glace, mais surtout mentalement. Quand je me suis fait renvoyer, je me suis demandé si j’allais jouer de nouveau. »

Les Ducks m’ont offert une deuxième chance, et je ne saurais comment les remercier.

Patrick Maroon

Maroon a rendez-vous avec l’histoire dans cette finale. Le Lightning de Tampa Bay vise une troisième Coupe Stanley de suite, mais ce serait une quatrième d’affilée pour lui, parce qu’il a aussi triomphé avec les Blues de St. Louis en 2019. Sa présente séquence de 15 séries consécutives gagnées est du jamais-vu depuis les Islanders de New York du début des années 1980, où une poignée de joueurs avaient remporté 19 séries de suite.

Doit-il se pincer ? « Juste en gagner une, c’est fou ! rétorque-t-il. Des gars passent 10, 12 ans sans atteindre la finale ou même la finale d’association. C’est le trophée le plus dur à gagner dans le sport. »

De Texarkana à Philadelphie

Le parcours de Maroon est atypique. Il commence en 2005, à Texarkana, ville nommée ainsi parce que sise sur la frontière entre le Texas et l’Arkansas. Comme si une super-ville du nom de Gattawa était créée.

Son entraîneur ? Un certain Jon Cooper, celui-là même qui le coache depuis trois ans. « Il avait la même mentalité, il était le même entraîneur, mais aujourd’hui, il compose avec des joueurs de la LNH. Il comprend la communication », se souvient Maroon.

Son club de Texarkana, qui déménagera ensuite à St. Louis, évolue dans la NAHL, obscure ligue d’où à peine deux ou trois joueurs se font repêcher chaque année. Maroon est ignoré à sa première année d’admissibilité, avant d’être réclamé au 161e rang par les Flyers l’année suivante.

Marc-André Bourdon a joué avec Maroon pendant un peu plus d’un an dans les filiales des Flyers. Celui qui est aujourd’hui directeur général des Huskies de Rouyn-Noranda se souvient d’un « super bon gars, apprécié de ses coéquipiers ».

C’est un gros bonhomme, son surnom est Big Rig. Comme aujourd’hui, son patin n’était pas sa force, mais il était bon autour du but, il avait de très bonnes mains et une certaine toughness. Il avait du potentiel.

Marc-André Bourdon

À sa troisième année, la marmite saute. Les détails sont flous, mais il y avait mésentente entre Maroon et son entraîneur-chef chez les Phantoms. L’équipe le met carrément à l’écart et l’échange aux Ducks en novembre 2010.

« Quand tu vas jouer dans la Ligue américaine à 20, 21 ans, t’es lâché lousse sans encadrement. Sans entrer dans les détails, ça a peut-être joué », estime Bourdon.

La transformation

Maroon a roulé sa bosse, d’abord à Anaheim, puis à Edmonton, où il a connu sa meilleure saison offensive avec 27 buts, en 2016-2017. Il aidera d’ailleurs les Oilers à participer aux séries éliminatoires pour la première fois en 11 ans.

Aujourd’hui âgé de 34 ans, il joue évidemment un rôle de soutien, étant employé au sein du quatrième trio. Mais il est là tous les soirs. Il a été en uniforme pour les 68 matchs du Lightning en séries depuis 3 ans et avait aussi disputé tous les matchs des Blues lors de la conquête de 2019.

Il profite au maximum de ses minutes limitées, comme en font foi ses 4 buts en 20 matchs ce printemps. Lundi, il a participé au réveil de son équipe en préparant le but d’Anthony Cirelli en première période. Il a aussi touché la cible en milieu de match.

« Il était offensif, mais il avait d’autres qualités, rappelle Bourdon. Il y a un entonnoir pour les joueurs offensifs dans la Ligue américaine, ils ne peuvent pas tous rester offensifs en haut.

« Aujourd’hui, il est en fin de carrière, mais comme c’est un bon individu qui accepte de jouer dans le quatrième trio, il a encore sa place. Il a compris son rôle. Et ça lui a apporté trois Coupes. »