(Rochester, New York) Avec ses vêtements discrets et ses lunettes, Keith Primeau ressemble bien plus à un professeur d’université en congé qu’à un ancien attaquant de puissance craint de tous dans la LNH des années 1990.

Publié le 27 mai
Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse

Mercredi, il était assis dans la rangée tout juste devant une loge des médias du Blue Cross Arena pour assister au troisième match de la série entre le Rocket de Laval et le Crunch de Syracuse. Ça a pris le collègue de RDS Patrick Friolet pour repérer Primeau, parce qu’un bon attaquant de puissance sait en reconnaître un.

Sauf que le temps de ce match, Keith Primeau n’était ni un professeur d’université ni un ancien joueur. Sa femme, Lisa, et lui étaient simplement des parents venus voir leur fils, Cayden, jouer au hockey.

Il était assez rigolo d’assister à cette soirée dans la même section que les Primeau. Toutes les cinq minutes, des hurluberlus assis quelques rangées devant se mettaient à crier « Primeau, Primeau, you suck ! ». Chaque fois, les parents restaient de glace, du moins de dos.

Au deuxième entracte d’un match qui a nécessité six périodes, on se lance donc dans une conversation avec le paternel.

Je n’ai pas de problème avec les fans qui le narguent. Ça me fait rire, c’est l’univers que je connais ! Mais ma femme n’est pas capable. Tu vois ses écouteurs ? Elle écoute de la musique. Ils insultent son bébé !

Keith Primeau, en souriant

Au moment de l’entrevue, le Rocket venait de marquer quatre buts sans riposte pour prendre une avance de 4-2. Le club-école du CH était à 20 minutes de passer en demi-finale. Ça a finalement pris 62 minutes plutôt que 20, mais le Rocket l’a emporté 6-5.

On aurait aimé parler à Keith Primeau entre deux périodes de prolongation, mais pour des raisons de logistique, il fallait assister aux périodes supplémentaires au niveau de la glace. Cela dit, même au deuxième entracte, avant que les choses ne se corsent, il se disait nerveux.

« Je suis meilleur qu’avant, assure-t-il. Mais ce n’est pas facile d’être parent d’un gardien. Mon autre fils [Chayse] est attaquant, je peux lui parler, je comprends son jeu. Mais je ne comprends pas les subtilités des gardiens. Donc je laisse ça à son coach des gardiens. »

Les bienfaits de la victoire

On l’a souvent dit : l’avenir du Canadien ne se joue pas nécessairement à Laval cette saison. Les espoirs les plus prometteurs, de Kaiden Guhle à Sean Farrell, en passant par Justin Barron, n’y sont pas.

Primeau fait néanmoins partie de ceux qui sont encore assez jeunes pour espérer devenir permanents dans la LNH. Et selon son père, une conquête de la Coupe Calder ne serait que bénéfique. Il sait de quoi il parle ; en 1992, à sa deuxième année chez les pros, il a fait partie des Red Wings des Adirondack, champions de la Ligue américaine.

Il nous rappelle qu’un jeune Martin Lapointe était aussi membre de cette équipe. Ajoutons Mike Sillinger et Jason York, qui ont également connu de longues carrières dans la LNH.

« Je n’ai jamais gagné la Coupe Stanley, mais la Coupe Calder et l’or au Championnat du monde sont les faits saillants de mes 15 ans de carrière professionnelle. Ça a été super bon pour moi. C’est du développement. »

Tu dois vivre des expériences pour gagner en maturité. Les habiletés sont une chose, mais il y a aussi des rites de passage à vivre.

Keith Primeau

Le Rocket attend de connaître son prochain adversaire, soit le gagnant de la série entre les Checkers de Charlotte et les Thunderbirds de Springfield, menée 2-0 par Springfield. Que le parcours se conclue par un championnat ou non, Cayden Primeau aura néanmoins réussi à se racheter pour une saison pénible. À Montréal, sa moyenne de 4,62 a été la pire pour un gardien du Canadien en une saison depuis le 4,66 de Georges Vézina, à l’époque de la création de la Société des Nations.

Primeau a aussi connu ses difficultés à Laval, si bien que c’est Kevin Poulin qui a amorcé le premier match des séries. Mais Primeau a obtenu le départ dans le deuxième match et n’a jamais perdu son filet. Sa moyenne s’établit à 1,93 et son efficacité, à ,936.

« Ç’a été frustrant, il cherche simplement de la constance, a plaidé Keith Primeau. Ce n’est pas facile quand tu montes et descends au gré des rappels. Mais Cayden est un sacré gardien. Il essaie juste de trouver sa voie.

« Il a eu quelques moments d’épiphanie cette saison. Des moments difficiles où les choses n’ont pas été en sa faveur, où il a compris certains trucs. Ces moments l’ont marqué. Il va en sortir grandi. »