Sur papier, le programme de hockey féminin des Patriotes du cégep de Saint-Laurent est tout près d’être sauvé. Avec une douzaine de joueuses qui ont déjà confirmé leur intention d’être de la formation l’automne prochain, il ne manque plus que quelques athlètes pour que la saison 2022-2023 ait lieu.

Mis à jour le 18 mai
Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

Dans la réalité, c’est un peu plus complexe. Il demeure néanmoins que les chances de sauver cette équipe sont meilleures qu’elles ne l’étaient il y a une semaine.

La fin du programme annoncée a fait grand bruit dans le petit monde du hockey québécois. Les explications invoquées par le collège ont causé davantage d’incrédulité qu’autre chose.

Après une saison particulièrement pénible sur la glace, on avait essentiellement expliqué cette décision draconienne par des difficultés à recruter des joueuses et à pourvoir des postes vacants derrière le banc, dans un contexte où la première division féminine du Réseau du sport étudiant du Québec (RSEQ) devait, de toute façon, faire passer le nombre d’équipes de sept à six en 2023.

Différents médias ont également décrit des relations difficiles à l’interne au sein même des Patriotes, notamment des tensions entre les joueuses et l’ancien personnel d’entraîneuses. La volonté exprimée par le directeur sportif Hugo Lamoureux de prioriser l’embauche d’un homme comme entraîneur avait également été très mal reçue.

Plusieurs voix s’étaient élevées contre le gâchis que représentait la fin d’un programme établi et respecté, à plus forte raison au moment où le Comité sur l’avenir du hockey québécois vient de déposer un rapport dans lequel il souligne à grands traits l’importance de développer le hockey féminin dans la province.

Encore vendredi dernier, l’établissement projetait de mettre la clé sous la porte. Lundi, les choses ont commencé à bouger, et mercredi, la direction a indiqué avoir bon espoir que l’équipe soit sauvée.

L’un des éléments qui ont changé, dans l’intervalle, est l’abandon du projet de réduire le nombre d’équipes en division 1.

La Presse a pu confirmer auprès du cabinet de la ministre déléguée à l’Éducation et responsable des Sports et des Loisirs, Isabelle Charest, qu’on garderait une ligue à sept équipes jusqu’à nouvel ordre. Hockey Québec et le RSEQ, qui avaient pris la décision initiale il y a déjà trois ans, se sont entendus pour respecter le statu quo.

Nouvel entraîneur

En outre, Daniel Continelli, qui a été entraîneur-chef des Patriotes pendant 11 ans au début des années 2000, a offert à la direction du cégep de reprendre du service. On l’a accueilli à bras ouverts.

Avec Danielle Malkassoff, directrice des services aux étudiants et des communications du cégep, M. Continelli a rencontré un groupe de joueuses et de parents mardi soir. Selon Mme Malkassoff, 12 d’entre elles ont d’emblée confirmé qu’elles étaient prêtes à rebâtir les ponts et à rejoindre les Patriotes. Cinq autres sont toujours incertaines et doivent confirmer leurs intentions au cours des prochains jours.

Dès qu’on a 16 étudiantes, le programme repart.

Danielle Malkassoff, directrice des services aux étudiants et des communications du cégep de Saint-Laurent

Voilà pour la bonne nouvelle. Or, des nuances s’imposent : 16 joueuses, c’est en réalité le minimum imposé par le RSEQ pour qu’un match soit disputé – 14 patineuses et 2 gardiennes. Dans un monde idéal, ce serait donc un total « de 18 à 20 filles » qu’il faudrait convaincre, souligne Daniel Continelli en entrevue.

Non seulement il faut trouver des joueuses de calibre pour la division 1, un défi historiquement complexe pour toutes les équipes du circuit, mais il faut également s’assurer de les loger si elles viennent de l’extérieur de Montréal.

Dans l’attente des réponses des indécises, on a tendu la main vers des joueuses additionnelles. En plein mois de mai, on ne se berce pas d’illusions, alors que les équipes de la ligue sont déjà complètes pour l’automne. « Ce n’est pas fait, confirme M. Continelli. Je dirais qu’à 80 %, on a confiance que le programme va rouvrir. Mais ça se pourrait que ça n’arrive pas. C’est une possibilité réelle. »

On affiche la même prudence au RSEQ, où on attend que le cégep de Saint-Laurent présente un plan clair avant de se prononcer sur la suite des choses. On s’attend à une réponse d’ici la fin de la semaine. Si toutefois on présentait une liste complète de joueuses, il ne serait pas difficile d’inclure les Patriotes au calendrier de 2022-2023.

Un mal pour un bien

Avant que les choses ne se précipitent dans ce dossier, les médias avaient été convoqués, mercredi, à une prise de parole de joueuses et d’anciennes joueuses des Patriotes. Les députés libéraux Christine St-Pierre, Enrico Ciccone et Marwah Rizqy étaient sur place afin de les appuyer.

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Enrico Ciccone

La défenseure Megan Miron a communiqué avec M. Ciccone la semaine dernière. L’ex-joueur de la LNH a uni ses efforts à ceux de Mme St-Pierre, représentante de l’Acadie, où se trouve le cégep, afin d’interpeller les cabinets d’Isabelle Charest et de Danielle McCann, ministre de l’Enseignement supérieur.

Au point de presse, on se réjouissait évidemment de la sauvegarde possible du programme. Mais on ne cachait pas que cet évènement a mis en lumière le fossé qui persiste entre les sports masculins et féminins.

Avant de se joindre au programme national, Caroline Ouellette a disputé deux saisons avec les Patriotes à la fin des années 1990. Elle ne garde que de bons souvenirs de son passage au cégep de Saint-Laurent, où elle a profité d’un « véritable tremplin » pour sa carrière.

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Caroline Ouellette

Celle qui est aujourd’hui entraîneuse associée des Stingers de l’Université Concordia juge donc « inacceptable » que le cégep, qui possède son propre aréna, ait été si prompt à abandonner son programme féminin, et ce, alors qu’il possède deux équipes masculines.

« À Concordia, oui, je veux que mes athlètes s’améliorent, mais ma plus grande mission, c’est de les aider à prendre confiance en elles pour qu’elles deviennent des leaders de la société, a-t-elle poursuivi. Qu’elles deviennent entraîneuses ou officielles, qu’elles travaillent dans le sport. »

Puis, désignant la quinzaine d’étudiantes portant des chandails des Patriotes : « C’est ce que feront ces jeunes femmes si on leur donne la chance de jouer. »

Isabelle Leclaire, entraîneuse-chef des Carabins de l’Université de Montréal et elle aussi une ex-Patriote, a souligné que, malgré la décision malheureuse du cégep de couper les vivres à son équipe, cet évènement « mettra en lumière des enjeux auxquels il faut s’attarder ».

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Isabelle Leclaire

« Je pense que des lacunes ont été exposées et qu’il faut travailler à les corriger », a-t-elle ajouté, précisant que la disparité de traitement entre les équipes masculines et féminines n’étaient « pas uniques à Saint-Laurent ».

Elle souhaite aujourd’hui que les autres collèges qui auraient entrepris des processus de transfert avec les hockeyeuses déçues des Patriotes soient ouverts à laisser les joueuses retourner à leur équipe d’origine si elles le désirent.

L’attaquante Anaëlle Cordon est de celles qui avaient commencé à évaluer d’autres options après que tout le personnel d’entraîneuses eut été congédié au terme de la dernière saison.

Elle est prête à passer l’éponge, mais s’attend à ce que le cégep apprenne de ses « erreurs ».

« On a toujours senti qu’on était délaissées et que le D2 masculin passait avant nous, a-t-elle déploré en entrevue. Le niveau collégial, c’est le plus haut niveau de jeu chez les filles de 17 à 21 ans. On s’attend donc à être traitées comme tel. Comme des joueuses du plus haut niveau. »